Culture

Les origines du « S » que tout le monde dessinait à l'école restent auréolées de mystère

Après des recherches intensives, j’ai cruellement échoué dans mon investigation. Heureusement, des internautes dévoués m'ont fait part de leurs théories.

par Julian Morgans
14 Mars 2017, 5:45am

Comme vous vous en souvenez sans doute, le « S » était omniprésent à l'école. Gribouillé sur des pages d'agenda Quicksilver et taillé au compas sur les tables du fond de la classe, tous les supports étaient bons pour impressionner ses potes. Il faut dire que ce « S » était excessivement cool, mais aussi très mystérieux. C'est sur ce second point que je me suis attardé il y a quelques mois, lorsque j'ai cherché à en découvrir les origines. Mais j'ai échoué. J'avais donc rédigé un article sur tout ce que j'avais pu apprendre, avant de finalement passer à autre chose.

Mais Internet en a décidé autrement. À la suite de ce premier article, de nombreux internautes m'ont fait part de leurs théories sur Twitter et Facebook. C'est devenu intéressant quand certaines théories revenaient régulièrement. Voici mes cinq préférées.

Première théorie : Le « S » a été inventé par le groupe Sacred Reich

Toutes les photos sont de l'auteur.

Toutes les photos sont de l'auteur.

C'est la théorie qui est revenue le plus souvent. Ce « S » serait en fait le symbole d'un groupe de métal basé en Arizona, Sacred Reich. Le groupe fait du trash metal depuis 1985 et a même fait la première partie de Sepultura lors de leur tournée australienne en 1994. Je suis Australien et j'ai grandi dans les années 1990 – il est donc possible que le groupe ait démocratisé ce « S » au cours de leur tournée. Seulement, j'ai contacté le bassiste du groupe qui m'a assuré qu'aucun des membres du groupe n'avait créé ce symbole. « Je suis presque certain que Suzuki l'utilise depuis plus longtemps que nous », m'a précisé Phil Rind. « Notre guitariste Jason l'utilisait sur sa moto, et c'était une Suzuki. Mais bon, c'est toujours sympa que les gens pensent qu'on l'a inventé. Même s'ils se trompent. »

Seconde théorie : c'est l'emblème de Suzuki

Cette théorie a été expliquée au départ par une femme qui travaille dans un magasin de fringues, que j'ai déjà évoqué dans mon article précédent. Au début, je n'y ai pas cru. Mais allez, pourquoi pas. Lewis Croft est marketing manager pour Suzuki. J'ai rédigé un long mail auquel il a répondu : « Le dessin que vous m'avez envoyé n'est en aucun cas une version préliminaire de notre logo officiel. Le premier logo Suzuki est apparu en 1958. »

Le logo que Lewis m'a envoyé est celui que Suzuki utilise depuis cette date. Bien que Suzuki soit une société japonaise et que je me suis entretenu avec son marketing manager australien, ce dernier semblait savoir de quoi il parlait.

Troisième théorie : c'est un truc de gang mexicain-californien

Une autre idée populaire veut que le « S » ait un rapport avec un gang. Beaucoup de personnes semblaient convaincues que ce « S » appartenait aux Sureños – un gang Mexicain lié à la mafia. Des gens de Los Angeles pensaient quant à eux que cela n'avait rien à voir avec les Sureños, mais plutôt un gang de Californie.

J'ai donc posé la question à Richard Valdemar, un ancien flic de la police de Los Angeles. Pendant 33 ans, l'homme a combattu les gangs de la ville, et Police Magazine le fait régulièrement intervenir sur leurs enquêtes. Mais selon Richard, ce « S » n'a rien à voir avec un gang.

« Si cette lettre peut effectivement apparaître dans des graffitis de gang, ce n'est pas le style des gangs de Californie. Souvent, les gangs de latinos ajoutent toujours un chiffre à la suite, comme le 13, genre S-13. C'est parce que le chiffre 13 correspond à la lettre M dans l'alphabet – pour Mafia Mexicaine. Mais le « S » tout seul n'a aucun rapport avec les Sureños ».

Malgré tout, j'ai demandé à Valdemar sa propre théorie au sujet du fameux « S ». Selon lui, il s'agirait plutôt d'un graffiti lambda devenu viral, qui n'appartient sans doute à personne. « C'est comme le Comic Sans MS. Tout le monde l'a utilisé un jour ou l'autre. »

Quatrième théorie : il a été inventé par Nikki, une femme qui réside dans l'État du Delaware

Nikki m'a contacté via Facebook pour m'expliquer qu'elle avait inventé le « S ». Même si je ne suis pas vraiment convaincu, Nikki n'est pas la première personne à estimer qu'elle a inventé quelque chose. À l'aube des années 2000, j'étais par exemple persuadé d'avoir été le premier mec à porter des ceintures en plaçant la boucle sur le côté. Nikki se trompait peut-être à propos de ce « S » – mais après tout, qui suis-je pour juger ?

« J'ai commencé à dessiner le S dans les années 1970-80 », m'a expliqué Nikki. « Ce S provenait en fait de mon pseudo Stormer ! Si vous ne trouvez rien sur le sujet, c'est parce qu'il n'appartient à aucune entreprise. J'ai ensuite montré ce S à ma meilleure amie. Donc désolé, mais ce n'est ni Superman, ni Stussy et encore moins Suzuki. C'est juste mon tag ! »

Cinquième théorie : il s'agit d'une lettrine du Moyen-Âge

Vous savez, les vieux livres que vous ne lisez jamais commencent souvent par une grande lettre calligraphiée. Selon Sonja Drimmer, professeure d'histoire de l'art à l'université du Massachusetts, ce « S » pourrait tirer ses origines du Moyen-âge.

« Récemment, j'ai décidé d'apprendre à utiliser une plume », m'a confié Drimmer. « J'ai donc commencé à fabriquer mes propres plumes à partir de plumes de dinde et à écrire avec de l'encre de plume. À ce moment, j'ai lu votre article et j'ai essayé de réaliser un S, et j'ai découvert qu'il était vraiment difficile de le dessiner avec une plume. » Drimmer m'a précisé que faire un S nécessite de dessiner dans deux directions différentes, ce qui crée deux « C » qui s'opposent  au lieu d'une ligne fluide. Mais ce problème peut être surmonté si vous dessinez un S à grand renfort de lignes verticales. Ce qui est tout de même très complexe.

« Ce n'est qu'une théorie, ajoute-t-elle. Mais peut-être qu'ils ont commencé à faire ces formes élaborées pour pallier ce problème. » Drimmer m'a assuré qu''elle avait vu des initiales décorées en forme de « S » dans des textes de l'Angleterre du VIIIe siècle – bien qu'il n'y ait aucune preuve définitive sur leur origine.

Pour conclure : c'est mon deuxième article sur le sujet et je n'ai toujours pas de réponse satisfaisante à ma question brûlante. La seule chose que je peux vous certifier, c'est que le « S » est toujours aussi cool et mystérieux.

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