Le futur du pied-vagin

Après avoir défrayé la chronique le mois dernier, que va devenir le Vajankle ?

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24 Février 2015, 9:00am

Photos publiées avec l'aimable autorisation de Sinthetics

Baiseriez-vous un pied ?

Avec l'existence du Vajankle, un sex-toy en forme de pied pourvu d'un vagin, il semblerait bien que certaines personnes soient intéressées. Le mois dernier, l'objet a défrayé la chronique dans le monde entier. Mais maintenant que la frénésie médiatique s'est calmée, que va-t-il advenir du Vajankle ?

Ce que de nombreuses personnes ignorent, comme me l'a souligné Bronwen Keller de la société Sinthetics – la boîte qui fabrique le Vajankle –, c'est que l'objet a en fait été créé en 2013, lorsqu'un de leur gros client leur a demandé s'il était possible d'intégrer un vagin à un modèle de pied qui existait déjà. « Le client voulait pouvoir regarder le pied et le masser tout en ayant un rapport sexuel avec, explique Keller. C'est comme ça que le Vajankle est né. »

Dans ce cas, pourquoi a-t-il fallu attendre 2015 pour entendre parler du Vajankle ? Selon l'hypothèse de Keller, le fameux pied est devenu célèbre auprès des internautes seulement car Dixie De La Tour, fondatrice de l'émission Bawdy Storytelling, en a parlé sur Twitter. Et pourtant, en dépit du retentissement médiatique, Sinthetics n'a probablement vendu qu'une centaine de Vajankle à ce jour.

Selon Keller, c'est en partie car l'entreprise ne fait pas de publicité. « Nos "foot-guys" se débrouillent très bien pour nous trouver. Nous avons vendu des centaines de paires de pieds au fil des ans. » Si le nombre semble peu élevé, il ne faut pas oublier que la production de chaque pied prend beaucoup de temps pour Matt, le mari de Keller, et son équipe. « Toutes nos pièces sont uniques et fait-main, affirme-t-elle. Nous utilisons de la silicone platinium de qualité médicale – un produit cher qu'il faut manier méticuleusement. Les moules à partir desquels nous les produisons sont fabriqués dans notre atelier, depuis des moulages humains eux-mêmes élaborés par nos soins. Chaque Vajankle se compose de deux différentes parties en silicone. Il doit ensuite être découpé à la main, peint, vernis pour enfin se voir apposer ses ongles. »

« Chaque Vajankle se compose de deux différentes parties en silicone. Il doit ensuite être découpé à la main, peint, vernis pour enfin se voir apposer ses ongles. »

Le Vajankle n'est pas le seul produit de Sinthetics. Personne ne pourrait gagner sa vie de cette façon. L'entreprise est spécialisée dans la fabrication de mannequins humains d'une réalité déconcertante (ils préfèrent éviter d'utiliser le terme « poupée », bien que beaucoup de leurs clients n'ont aucun problème avec ce mot). En réalité, le Vajankle perd un peu de son côté flippant si vous vous attardez sur leur site internet, en partie car il ne représente pas une réplique exacte d'un membre humain – les gens ne développent pas d'excroissances vaginales sur leurs pieds de même qu'un vagin ne ressemble pas souvent à la plaie d'un membre sectionné.

Sur toutes ces choses, Keller reste aussi imperturbable qu'une vendeuse de meubles en kit. On peut penser qu'elle a vu tellement de Vajankle qu'elle en est malade. « Pas du tout, répond-elle. Ce truc est génial ! »

La section du site internet où les « foot-guys » peuvent poser leurs questions sur le Vajankle est une parfaite illustration de l'incommensurable diversité de l'esprit humain. Voici une liste de cinq questions tout à fait sérieuses auxquelles les employés de Sinthetics ont répondu avec application :

1. Les orteils sont-ils suffisamment robustes pour supporter des abeilles ?

2. Pensez-vous mettre un trou du cul sur l'autre pied – celui qui n'a pas de vagin ?

3. Pensez-vous un jour mettre des dents à l'intérieur ?

4. Pensez-vous mettre au point un vagin-bras ?

5. Est-ce que le pied est assez petit pour être introduit dans mon anus ?


Photos publiées avec l'aimable autorisation de Sinthetics

Au-delà du fait que le Vajankle peine à se vendre (et à 150 euros pièce, ce n'est pas étonnant), l'objet a investi les pages des tabloïds où il a d'abord été considéré comme un inoffensif nouvel objet de plus pour le fétichiste.

Sa couverture médiatique semble avoir exagéré sa bizarrerie et laissé à entendre que tous les fétichistes des pieds seraient intéressés par l'objet. Bien entendu, des tas d'entre eux n'auraient pourtant pas envie de s'en taper un en silicone.

Graham*, 19 ans, est un de ceux-là. Je lui ai posé des questions sur l'excitation que les pieds provoquent chez lui. « Je me sentais plutôt mal avec cette passion, m'a-t-il expliqué. Puis j'ai découvert que beaucoup de gens étaient comme moi, même si ce fantasme était enfermée dans leur subconscient. » Son profil Twitter indique « Des orteils dans ma bouche » – sa fascination pour les pieds est donc facile à deviner. Il poste régulièrement des photos de femmes dénudées qui exposent leurs pieds. « Pour moi, il s'agit d'avantage d'un fétichisme assouvi sur Internet que dans la vie réelle, essentiellement parce que ça peut être compliqué à aborder dans la réalité. Je ne parle pas vraiment de cette pratique avec les autres simplement parce que la plupart des gens ne l'apprécient pas. »

Étant donné que Graham est surtout excité par les orteils, il ne pense pas adopter le Vajankle. Bien qu'il admette que l'objet soit « innovant », le vagin est selon lui mal placé car à l'opposée des orteils. En bon fan du footjob, Graham préfère quand ce sont les doigts qui sont à l'action. « Certains aiment les footjob avec la plante des pieds et je les apprécie aussi, mais pas autant qu'avec les orteils. »

Vous devez vous demander comment cet attrait pour les pieds a commencé. Selon Graham, il aurait cette attirance depuis l'âge de trois ans. « Je me souviens que ma tante avait vraiment de jolis pieds, raconte-t-il. À cet âge, vous êtes juste un petit vicieux, curieux de tout. Un jour, alors qu'elle était à la maison, je me souviens avoir remarqué que ses orteils brillaient. J'étais timide, alors je me suis jeté une couverture sur la tête, comme dans Scooby-Doo, et j'ai rampé jusqu'à elle tandis qu'elle téléphonait. Et puis j'ai juste respiré ses pieds. C'était génial. Rien de sexuel, mais j'adorais juste ses pieds. Ma mère m'a éloigné d'elle et j'ai réalisé que ce ne serait pas cool ou acceptable d'être obsédé par les pieds. C'est un peu pour ça que j'ai toujours réfréné cette tendance. »

Graham pense que le fétichisme des pieds est une pratique toujours considérée comme excentrique bien que la situation « s'améliore ». Peut-être que si son fétichisme était accepté, alors les gens comprendraient aussi le désir que peuvent avoir certains d'utiliser le Vajankle. La manière affectueuse avec laquelle Keller parle à ses clients indique qu'elle est parfaitement à l'aise avec leurs incroyables multiples tendances fétichistes et que l'entreprise cherche à conserver sa niche commerciale.

Le Vajankle existe parce qu'un jour, un homme n'a éprouvé aucune gêne à appeler Sinthetics pour leur demander à ce que sa fantaisie sexuelle soit mise au point. En faisant cela, il ne heurtait ni n'imposait quoi que soit à personne et a depuis certainement pu profiter largement des fruits de son audace. Si la perspective de baiser un pied vous enchante également mais que vous avez été trop timide pour vous en procurer un pendant la tempête médiatique, votre heure est peut-être venue.

*Les noms ont été changés.

@OhHiRalphJones