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Le soju laisse les Sud-Coréens ivres morts dans les rues

Séoul est la capitale internationale des ramasses.
21 février 2014, 1:41pm

Un homme ivre à Séoul, via

Le soju est un alcool qui vous explose le crâne en moins de deux. À peine la bouteille finie, l’alcool vous rend saoul instantanément. C'est un truc que je sais depuis mes 16 ans, tandis je n'étais encore qu'un pauvre ado américano-coréen du Queens. Mais je n'avais pas totalement sais l’étendue du concept jusqu'à ce que je parte en vacances à Séoul il y a trois ans. C'était ma première nuit dans la capitale de Corée du Sud. J'étais avec mon cousin et son groupe de potes. On avait l'intention de se balader dans les rues bondées près de de Kang-Nam, l'une des stations de métro les plus fréquentées de Séoul. Cette zone est pleine de bars remplis de troupeaux interminables de mecs qui se rassemblent là pour participer à l'un des passe-temps nationaux – se biturer la tronche.

Nous étions tous sobres en début de soirée, jusqu’à ce que notre groupe se mette à élaborer un plan pour se défoncer la gueule le plus vite possible. Peu avant 19 heures, le soleil brillait toujours et les rues grouillaient de soulards assoiffés formant des hordes qui nous retardaient dans notre course jusqu'à une table. J'ai pris un moment pour m'imprégner de ce nouvel environnement. Pour la première fois, je vivais dans la patrie de mes parents, où tout le monde me ressemblait et où j'étais censé me mouvoir mieux que jamais. C'était l'endroit où je devais me sentir proche de mes compatriotes, où je pouvais fusionner avec eux si nous nous mettions par exemple à chanter Arirang à l'unisson. Mais en réalité, il n'y avait que des gens bourrés qui déambulaient tant bien que mal tout autour de moi.

L'excitation du vendredi soir était palpable. Les fêtards de Séoul avaient l'air déjà cuits. Les jeunes Coréens se saluaient chaleureusement en se faisant des câlins. On en voyait attendre, debout, s'interrogeant sur l'endroit où ils allaient enchainer leurs prochaines tournées. D'autres en étaient déjà à leur troisième verre.

Mais il y avait d’autres mecs, à l'écart, notamment un homme d'âge moyen que j'avais déjà vu plus tôt, une bouteille à la main. Il était désormais là, manifestement bourré, une bouteille vide à proximité de son corps, preuve de son ivresse infernale. Il ronflait et puait le soju.

Personne ne semblait remarquer sa présence ni se soucier de cet homme ivre, couché maladroitement sur ses côtes. Les gens essayaient juste de l'éviter quand ils s’approchaient de lui, comme s’il s’agissait d’un tas de merde accroché au trottoir. Peu de temps après, j'ai commencé à remarquer des flaques de vomi frais qui parsemaient le macadam tous les 50 mètres – pâtés que les gens ignoraient complètement. Personne ne semblait choqué en voyant ces rues jonchées d'obstacles beiges-marrons. Parce qu’en réalité, Séoul, c’est ça. À 19 heures, tout le monde avait autre chose en tête que de protéger un monsieur ivre. Parce que de fait, tout le monde était ivre. Sauf moi.

Premiers consommateurs mondiaux de spiritueux forts, les Sud-Coréens aiment boire. Beaucoup. Le soju, alcool national, est l'alcool fort le plus vendu dans le monde, devant la vodka, le whisky et le rhum, avec 90 millions de caisses vendues chaque année. Le soju est généralement servi frais et consommé en shot. Il est distillé le plus souvent à partir de riz, mais il peut également être obtenu à partir d'autres céréales telles que le blé, l'orge, le tapioca ou la patate douce. Les campagnes marketing coréennes en font évidemment des tonnes au sujet du soju – partout, on tombe sur des photos de célébrités coréennes et de mannequins locales montrant leur ventre en buvant une bouteille ou passant lascivement  leurs jambes dénudées autour de bouteilles de soju géantes.

Photo via

Le marché coréen rassemble une grande variété de marques de soju, dont la popularité varie selon les régions. Cependant, deux marques se distinguent : Chamisul et Cheoeum Cheoreom. Le Chamisul classique possède un taux d'alcool de 20,1%, et est fabriqué par Hite-Jinro, le plus gros vendeur d'alcool de la planète. Hite-Jinro produit également le Chamisul Fresh, qui a une teneur en alcool légèrement inférieure, avec 19,5%. La seule vraie concurrence du Chamisul, c’est le Cheoeum Cheoreom du groupe Lotte, qui contient un niveau d'alcool de 19,5%. Tout comme la guerre fratricide entre Coca et Pepsi pour le cola, ces deux marques règnent sans partage sur le soju et peuvent être commandées dans presque n'importe quel bar ou restaurant du pays.

En 2012, 3 milliards de bouteilles de soju ont été vendues en Corée du Sud. Boire de l'alcool – du soju en particulier – est tellement ancré dans la culture coréenne que toute célébration, veillée mortuaire, ou drame de quelque sorte – vous pouvez rajouter à la liste : une personne en dépression, un mec qui cherche à dormir vite, des adolescents un jour de fête de fin d’année – ne seraient pas les mêmes sans cet alcool. D’autant plus que ce n’est pas cher – à peu près un euro dans n'importe quel épicerie. Dans un pays où trouver de la dope est aussi fréquent que de découvrir un puits de pétrole, toxicomanes et alcooliques coréens s'unissent autour d’un amour commun pour un breuvage au goût de médicament.

Lorsque je repense à ce mec évanoui aperçu lors de ma première nuit en Corée, il est logique qu'aucun d'entre nous n'ait fait attention à lui. Dans le cas contraire, cette vision de tristesse infinie nous aurait convaincus de faire demi-tour et de rentrer chez nous. Là-bas, le soju a été le bon pote vers lequel je me tournais quand l’occident me manquait. Il peut vous mettre d'humeur joyeuse et rendre la fête plus sympa. Il peut aussi faire office d'épaule sur laquelle pleurer après une rupture. Cette phrase est probablement mentionnée dans les réunions des AA, mais le soju est le sérum de vérité qui vous emmène directement à l'endroit où vous voulez être, même si cet endroit idyllique est un trottoir, à côté d’une épaisse couche de vomi.