Faire ami-ami avec des prostituées suisses

Pour celles qui veulent faire de leur vagin un outil de travail, la Suisse – juste à la frontière, l’un des seuls pays européens ou la prostitution est parfaitement légale – est un...

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déc. 3 2012, 12:30pm

En Italie, comme dans tous les pays du monde, il n’est pas rare de voire des filles – avec ou sans pénis – rôder à chaque coin de rue sous la coupe d’un maquereau à la coupe de cheveux douteuse portant une veste en plastique imitation cuir. Vendre son corps est légal, mais le promouvoir ne l’est pas, ce qui rend la prostitution un peu délicate surtout quand vous n’avez pas particulièrement envie de passer la soirée en cellule.

Mais pour celles qui veulent faire de leur vagin un outil de travail, la Suisse – juste à la frontière, l’un des seuls pays européens ou la prostitution est parfaitement légale – est un havre de paix pour les travailleuses du sexe. Le Bar Oceano, un hôtel de la petite ville de Lugano à la frontière suisse, est le lieu phare de l’industrie suisse du sexe. Je me suis rendu là-bas avec mon ami Giorgio, pour discuter avec Ulisse, 60 ans, propriétaire de cette maison close et Nicola, son bras droit.

Après avoir été accueillis par un videur monolithique, on a été conduits à la réception. Ulisse était déjà rentré chez lui pour glander en pyjama toute la journée mais sa nièce de 19 ans, Diandra, le remplaçait. Diandra nous a parlé du fonctionnement du bordel. « Le client entre dans le bar, paie son entrée – qui comprend une boisson – puis les filles s’alignent devant lui. »

Elle nous a également donné de précieux conseils, si toutefois nous souhaitions passer du bon temps dans ce type d’endroit : « Ne choisissez jamais la première fille, ce sont toujours les plus désespérées. »

En Suisse, les prostituées doivent se déclarer comme telles, et selon la loi, seuls les citoyens membres de l’Union européenne peuvent exercer ce métier. Jusqu’à l’année dernière, le gouvernement suisse a fermé les yeux et des filles du monde entier (majoritairement des filles d’Europe de l’Est et des Sud-Américaines) ont afflué dans ces bordels. Mais depuis, le gouvernement à sévi et seules les Roumaines ont pu continuer à faire leur métier.


Diandra, à la réception

Tout semblait en règle au Club Oceano, mais Diandra m’a affirmé que le bordel rencontrait fréquemment des problèmes avec la police : « Nos filles ont toutes des visas, mais la police trouve toujours quelques chose à y redire. Soit les prix des chambres sont trop élevés, soit ils accusent les filles d’appâter le client – de racoler –, ce qui est illégal. »

On a demandé à discuter avec quelques filles. Diandra nous a conduits au lounge VIP et nous a sommés de choisir une fille. On a d’abord parlé à Paola, une Roumaine de 27 ans qui vit depuis quelques années en Suisse. Avant, elle travaillait en Espagne. Elle semble ne s’imposer aucune limite, parce que « un job est un job, et c’est fait pour gagner de l’argent ».

Paola fait tout – « tout, tout, tout » – dans sa chambre rose IKEA au parfum âcre : elle pisse sur les clients, leur lèche les pieds, les sodomise, se déguise. Elle s’est même déguisée en chien une fois. Beaucoup de clients sont des Italiens mariés, mais Paola affirme qu’elle ne posera jamais un pied en Italie parce que les prostituées sont « dégueulasses, elles ne se lavent pas et font ça dans des voitures ».

Une fois de retour dans le lounge, on a choisi Sofia, une Roumaine de 26 ans qui a effectué une rotation sensuelle sur ses talons hauts avant de nous mener dans sa chambre du deuxième étage. Sofia vit en Suisse depuis cinq ans et ne semble pas décidée à en repartir. « L’Oceano est le meilleur endroit du monde ! » Sofia parle 7 langues, est diplômée en économie et a obtenu un job de serveuse après ses études. Après avoir décrété que serveuse n’était pas son truc, elle s’est envolée pour le pays des couteaux et du gruyère afin d’y vendre son corps.

Au début, elle n’était pas experte en la matière. Comme toute profession, la prostitution exige un apprentissage. « Quand tu débutes, tu n’es pas habituée à faire de tels trucs avec des gens que tu ne connais pas, explique Sofia. Lorsque j’ai eu mon premier client, je n’étais pas une pro de la fellation, et j’ai fini par lui faire mal. Je l’ai revu trois ans plus tard – il s’est dit très satisfait et m’a complimenté sur mon travail. Ça m’a fait plaisir ; je suis là pour faire du bon boulot. »

Rossana, une Roumaine de 31 ans, a glissé la tête dans la chambre de Sofia et nous a rejoints sur le lit. Rossana n’est en Suisse que depuis 5 mois, mais s’est déjà forgé une bonne réputation et s’est fait sa propre clientèle de fidèles, grâce à sa tendresse, ses câlins et ses massages. Elle nous a confié qu’elle envisageait de retourner en Roumanie, d’ouvrir un salon de coiffure et d’avoir un enfant, mais pour le moment, elle compte bien rester ici et mettre de l’argent de côté. De l’autre côté de la frontière, en Italie, le marché du sexe bat son plein, mais Rossana craint que travailler en Italie ne soit trop dangereux. « Il y a toujours quelqu’un derrière toi et les filles ne voient jamais la couleur de leur argent. C’est pourquoi je dis toujours aux clients de venir ici plutôt que d’aller là-bas. »

Pendant que nous parlions aux filles, le téléphone de Diandra a sonné. Il s’agissait de la maîtresse de sa fille – elle avait oublié d’aller la chercher. Elle nous a brusquement quittés et nous nous sommes retrouvés seul à seul avec Nicola, le gérant nocturne du Bar Oceano. Ce type est un bourreau de travail à en faire pâlir Donald Trump. « Je reçois 30 à 40 appels par jour. Je suis le comptable, le psychiatre, le pasteur et le gérant. Oh, et je suis aussi le traducteur roumain, même si je ne parle pas cette langue. »


Nicola et deux filles de l’Oceano

Nicola, 38 ans, travaille dans ce milieu depuis vingt ans. « C’était mieux avant, nous confie-t-il. Il y avait un tas de Brésiliennes, et ce sont vraiment des filles marrantes – j’ai même fini par me marier avec deux d’entres elles. » Nicola me paraissait nostalgique. « Une Brésilienne vit pour le sexe. Elle se réveille en pensant au sexe, elle se couche en pensant au sexe et elle rêve de sexe. La différence entre vendre son corps et offrir son corps est infime pour elles. Les Roumaines ne sont pas comme ça ; elles le font à contrecœur, se sentent dégradées, et on doit tout leur expliquer – même comment sourire. »

Nicola a monté son affaire comme les autres hommes du milieu : il s’est rendu dans un bordel en tant que client et a choisi les filles qu’il voulait pour son bordel. « Vous savez ce que c’est », nous a-t-il lancé comme si tout le monde avait un jour monté son propre business de viande international. Je lui ai demandé combien d’argent le bordel lui rapportait. « Je ne sais pas. On touche les loyers pour les chambres, et c’est tout. Mais c’était mieux avec les Brésiliennes – elles allaient faire du shopping tous les lundis avec leurs gains du week-end et celle qui dépensait le plus avait gagné. »

Nicola aime raconter des anecdotes plus ou moins dégueu, comme cette histoire d’entonnoir anal – un client « a voulu déterminer quelle quantité d’eau une fille pouvait contenir » – ou la fois où les joueurs de l’AC Milan sont venus : « Dès que les filles les ont vus, elles ont perdu la raison. »

Puis, d’un coup, Nicola a affiché un sourire satisfait, nous présentant fièrement Emily – sa protégée, et la seule Sud-Américaine du bordel – comme le follis de sa collection. « Je l’appelle Blondie, car elle est noire mais très distinguée », nous explique Nicola. Emily ne vit pas en Suisse, mais fait le trajet chaque jour depuis Rome où elle vit avec sa mère et sa fille. Elle étudie l’économie. Emily nous confie que les débuts ont été durs. « Je détestais ça, je pleurais tout le temps, je me sentais sale. » Mais après quelque temps, elle s’est familiarisée avec sa nouvelle profession. Elle la décrit aujourd’hui comme un bon moyen de gagner de l’argent en attendant de devenir comptable.

À ce moment-là, un client l’a appelée. Elle nous a remerciés poliment et nous a quittés. Nicola s’est levé. Son service allait commencer, et il devait s’occuper d’une épidémie de conjonctivite. « Dès qu’une fille tombe malade, elles tombent toutes malades. »

Cette épidémie était une bonne raison de partir, nous avons donc plié bagage. En reparlant de cette expérience, on a réalisé qu’on n’était pas aussi tolérants qu’on le pensait. On se force à considérer la prostitution comme un job parmi d’autres, tant que tout est en règle, mais on se voile la face.

On s’attendait naïvement à se retrouver au milieu de filles qui n’avaient pas l’air de putes – plus féminines, moins vulgaires. Et pourtant. Travailler au Bar Oceano n’est pas si différent que de travailler dans la rue, en Italie. Certes, elles ont à leur disposition des lits et des conditions de travail plus sûres, mais ça ne change en rien le fait qu’elles passent le plus clair de leur temps à se forcer à avoir des relations sexuelles avec des vieux types sordides pour de l’argent.

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