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Ma mère se fait du blé à Vegas grâce à mes grands-parents morts

Je suis au chômage et je viens de perdre 600 dollars de vos impôts à Las Vegas. J’y ai passé une putain de semaine, si je fais abstraction du fric qui ne m’appartient pas et que j’ai perdu.

Je suis au chômage et je viens de perdre 600 dollars de vos impôts à Las Vegas. J’y ai passé une putain de semaine, si je fais abstraction du fric qui ne m’appartient pas et que j’ai perdu. Et puis, j’étais pas venu pour jouer mais pour célébrer la fête des mères. Peut-être que pour la majorité d’entre vous, cette journée consiste à serrer les dents, le cul posé sur la banquette du Buffalo Grill où vous avez doigté votre première copine, mais c’est pas le cas dans ma famille. Ça fait deux ans que presque chaque fois que ma mère parie, elle gagne. Quand on lui demande d’où lui vient cette chance, elle répond que ça n’a rien à voir avec la chance. Ça fait aussi deux ans que sa mère Baubie est décédée. Depuis, ma mère est incontrôlable. J’ai beau être un athéiste convaincu, je suis presque sûr que mes grands-parents décédés ont donné à ma mère le pouvoir de tout rafler à Vegas.

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Ma mère a toujours eu une connexion au monde des esprits qui m’échappe complètement. Quand j’étais gamin, elle a vu le fantôme de Montezuma en visitant des ruines aztèques et juste après, le vent de la chance a soufflé sur ma famille. Quand son père, mon papi, est mort, elle disait qu’il lui rendait tout le temps visite. Selon elle, il n’aimait pas le fait que mon futur beau-père n’était pas encore mon beau-père et pour le prouver, il faisait tout le temps tomber les photos de lui. Sérieux, même les morts de la famille de son ex-mari (mon père) venaient la voir. À chaque fois qu’elle m’en parlait, je souriais en hochant la tête.

« Ah bon, t’as vu [machin] ? Ouah. C’est fou. »

Personnellement, je n’y croyais pas, mais je n’allais pas déballer mes arguments d’athéiste à ma pauvre mère, qui gérait son deuil comme elle pouvait. Ça ne fait de mal à personne, donc elle peut bien croire en ce qu’elle veut, et honnêtement, je ne sais rien. On en peut pas détruire l’énergie, pas vrai ? J’en sais foutre rien. Je viens juste de m’entailler la main en essayant (sans succès) d’ouvrir une bière avec un briquet et j’ai dû finir avec mes dents. Je suis pas vraiment le Maître de la Connaissance.

Mais quand je suis arrivé à Vegas, j’ai entendu parler d’une coïncidence tellement incroyable – si on peut l’appeler comme ça – que j’ai commencé à y croire. Le fiancé de ma mère était parti faire du golf avec son frère, laissant ma mère parier toute seule. Ils devaient se marier le weekend suivant mais il lui a dit pour déconner que si elle sortait une quinte flush royale au poker virtuel, il l’épouserait le lendemain.

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Ça lui a pris vingt minutes. Ma mère dit que d’habitude, ses quintes flush sont à trèfle mais vous vous doutez bien que celle-là était à cœur. C’était un signe. Ma mère a vraiment une chance tarée. C’est pas sa quinte flush royale – une combinaison que la plupart d’entre nous n’a jamais vue – mais la couleur des cartes qu’elle a prise pour un signe. Ah oui, au fait, elle a sorti une deuxième quinte flush royale dix minutes plus tard… à trèfle.

Comme tout individu écumant régulièrement les casinos, ma mère a un système. Mais le sien n’a rien à voir avec les pseudos schémas logiques que les débutants utilisent pour justifier le fait de claquer des centaines de dollars de leurs petits salaires de profs. Le sien est délibérément et orgueilleusement illogique. Chaque carte correspond à une personne qui compte pour elle, et elle leur parle. L’as, c’est son père, le patriarche de toutes les cartes. Son fiancé est le roi, sa mère la reine, moi je suis le valet et ainsi de suite. Ma petite sœur est le 10 parce que selon elle, « avec les 10, c’est je t’aime, moi non plus. Soit ça le fait, soit ils me déçoivent. ».

Au début, je trouvais ça débile et franchement enfantin, mais j’ai appris à respecter son système au cours de ce week-end. Mais pas pour son délire paranormal. La mort est devenue un sujet tabou dans notre société. Il n’y a pas si longtemps, les veuves devaient porter des vêtements spécifiques pour le deuil, parfois pour des années. Les corps sans vie étaient gardés dans les maisons pendant des jours, voire des semaines. Les Romains influents faisaient même des masques mortuaires en cire de leurs ancêtres et les pendaient dans leurs atriums pour se rappeler leur noble ascendance. Le système de jeu de ma mère est un moyen de perpétuer le souvenir de ses parents à une époque où la société ne fait même plus attention aux seniors encore en vie.

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Le samedi, on était dans une petite cabane au bord de la piscine de l’hôtel : ma mère, mon futur beau-père, son meilleur ami, ma sœur et moi. Papa J (ou Pas-Papa, comme je l’appelle), nous a commandé des Mai Tais et on a démarré le mariage. Je devrais préciser que je suis un pasteur certifié en ligne par la Universal Life Church. C’est pas un truc religieux, j’ai juste fait ça pour pouvoir marier mon ancien colocataire à une bouteille de soda vide, mais depuis, j’ai marié quelques couples (gays et hétéros) qui ne voulaient pas d’un mariage traditionnel. J’allais désormais marier ma propre mère, et je ne pouvais pas être plus heureux.

Paré de ma tenue traditionnelle de pasteur, j’ai débuté la cérémonie.

« Mes bien chers frères, nous sommes réunis ici aujourd’hui, au bord de cette rivière statique… »

La cérémonie a été courte et toute mimi. J’ai parlé d’Entourage. Ma mère a pleuré (pas quand j’ai fait référence à Entourage). Tout ça était très spontané et on n’avait pas de bagues. J’ai donc déclaré que chacun devait faire passer l’autre dans une bouée en plastique. Le pote de Papa J a marché sur une bouteille d’eau vide en criant : « Mazel tov ! » C’était le second mariage parfait : pas de stress, pas de traiteur, pas de membres de la famille pénibles venus parce qu’ils se sentaient obligés… Et  tout ça ne serait jamais arrivé si mes grands-parents n’étaient pas morts.

NOTE : À la base, ma mère ne voulait pas que cet article soit publié parce qu’elle avait peur qu’il lui porte malheur. Personnellement, je pense que mes grands-parents adoreraient ce texte. Baubie : dis-toi que le fait que je te cite dans cet article est un premier pas pour ta citation dans le discours de remerciement que je ferai en recevant l’Oscar que tu m’as toujours prédis. Et Zadie : on me paye pour faire ça, je te jure. Vous me manquez tous les deux. Je vous aime.

Josh est sur Twitter : @ShutUpAndrosky

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