

Du coup, je m’apprêtais à confier mes aventures aux Kids avec une assurance non dissimulée, mais l’un d’eux – un mec en jean serré, avec des cheveux bouclés et une barbe épaisse – a réussi à me ridiculiser. Il nous a raconté comment il avait fisté une femme sur scène en chantonnant et en frappant un rythme sur une batterie improvisée, composée du cul de sa partenaire et de la baignoire équipée d’un micro dans laquelle ils étaient assis. Ainsi s’était faite mon introduction à l’« Impropriety Society » (en français : la société inconvenante), un groupe de libertins de la région responsable d’orgies sidérales qui attirent toujours beaucoup de monde à Humboldt. L’Impropriety Society ou « Imps » est née des cendres d’un groupe de fêtards du sexe plus ancien, connu sous le nom de Club Risqué. Au début, les sauteries organisées par une bande de cinglés du cirque et du théâtre étaient un prétexte pour lever des fonds pour une radio pirate. Ces soirées relevaient plus de l’interprétation et du spectacle olé olé que de l’orgie. Puis, assez rapidement, les gens se sont vraiment mis à baiser. Humboldt étant dépourvu de tout centre urbain digne de ce nom, ces fêtes sont devenues un exutoire pour une ribambelle de pervers convaincus, faute d’autre lieu prévu à cet effet dans les environs. Les soirées étaient même équipées de donjons pour la communauté BDSM du coin.
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La chef des Vibes n’avait pas été témoin de mon échange avec Yacht Rock, elle s’était simplement présentée à moi pour voir si je m’amusais bien. Mais je lui ai quand même raconté ce qui s’était passé avec le type et Dark Lolita, et toute cette histoire d’interruption de scènes. Elle m’a demandé si j’avais lu le règlement en ligne sur le site de l’Imps et dont une copie doit être signée par chacun des participants avant d’entrer. Qu’on soit bénévole, chef de la sécurité, maître des Vibes ou célibataire venu mater, tout le monde doit en passer par là. C’est une liste de Dos & Don’ts qui déchargea l’Imps de toute responsabilité. Je l’avais signée bien sûr, mais je l’avais à peine regardée, comme les conditions d’utilisation à valider pour les logiciels téléchargés. (Il me semble important de préciser que le règlement contenait la clause suivante, en lettres majuscules : JE COMPRENDS QUE MA PARTICIPATION À L’ÉVÉNEMENT NE GARANTISSE PAS QUE JE TIRE MON COUP.) Apparemment j’avais enfreint le protocole en plusieurs points. Mais elle m’a pris sous son aile et m’a expliqué le protocole formel pour interagir avec les autres lors de ces soirées. Personne ne se touche sans demander la permission, même si c’est de manière innocente ou légère. C’est la première étape d’un concept important qui doit être assimilé pour apprécier pleinement une orgie : la négociation de la scène. Qu’une personne soit attachée et pendue à un crochet, que l’on verse de la cire chaude sur vos parties génitales, que l’on vous frappe avec un ustensile en bois jusqu’à ce que vos cuisses et vos fesses se transforment en ecchymoses géantes ou que vous baisiez « normalement », la scène commence souvent par un simple : « Puis-je vous serrer la main ? »
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