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Vice Blog

ON A POSÉ DES QUESTIONS À UN EX-MUSULMAN

23.11.10

Mozz

Comme vous le savez peut-être, l'Aïd el-Kabir, la fête du sacrifice musulmane, c'était mardi dernier. C'est l'une des fêtes les plus importantes pour les pratiquants, qui commémore le jour où Abraham a failli tuer son fils parce que des voix - comprendre : Dieu - lui sommaient de le faire.

Comme son nom l'indique, la célébration consiste traditionnellement à sacrifier un animal (une chèvre, un mouton, un chameau, une vache, etc.) et à distribuer la viande aux pauvres ou à sa famille. L'Aïd el-Kabir commence un jour après le haji, l'immense pèlerinage que tout musulman doit faire au moins une fois dans sa vie (sauf s'ils sont trop pauvres ou physiquement incapables de le faire). C'est précisément ce festival qui nous a donné envie de parler avec une personne plus familière avec la foi islamique que nous, mais notre conversation a dévié sur de nombreux aspects de sa culture.

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Vice : Tu peux te présenter en quelques mots ?

Mozz Manzoor : Je suis né au Koweït et ma famille vient du Pakistan. J'ai été élevé dans la tradition musulmane. On a fait des allers-retours entre le Pakistan et le Koweït, et quand j'ai eu six ans, on a déménagé à Brooklyn. Là-bas, nous continuions à vivre selon la tradition. Quand j'ai eu dix ans, on est retournés au Pakistan pendant deux ans. C'était une période de ma vie très intéressante, parce que j'étais totalement immergé dans la culture et la religion.

Puis vers l'âge de 12 ans, on est revenus aux États-Unis. J'étais le parfait petit musulman. C'est seulement au lycée, quand j'ai eu 16 ou 17 ans que j'ai commencé à me demander quelles étaient vraiment mes croyances - que je sois en accord ou pas avec ce que nous faisions. À partir de là, j'ai découvert d'autres religions ainsi que d'autres philosophies, et je suis devenu athée.

Aujourd'hui, je dirige le Sage Divine Group où j'apprends aux gens à prendre des drogues psychédéliques comme la Salvia. C'est aux antipodes de mon éducation musulmane.

Prof de Salvia ? J'ai fumé ce truc une fois. Je ne recommencerai plus.

Pourquoi, t'as eu une mauvaise expérience ?

J'avais l'impression d'être attaché à mon canapé avec de la cellophane. J'étais paralysé et j'ai commencé à baver. Ce n'était pas horrible, mais pas non plus très amusant.

C'est une drogue très puissante et assez capricieuse.

Ce métier te permet de payer tes factures ?

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Non, mais j'espère qu'un jour ce sera le cas. La journée, je représente une compagnie de cartes de crédit, ce qui est extrêmement chiant, et j'ai aussi lancé un truc avec mon meilleur ami. C'est un site d'actualités sur la lingerie et c'est bien plus intéressant.

Comment tu as commencé ?

Ces six dernières années, j'ai travaillé pour une entreprise de lingerie. Je viens de démissionner avec mon meilleur ami, et on a lancé notre propre site.

Tes parents sont toujours religieux ?

Plus que jamais.

Que pensent-ils de ton site de lingerie et de ton nouveau style de vie ?

Les choses sont comme elles sont. Il leur a fallu beaucoup de temps pour se faire à l'idée que je ne suis pas comme eux. Au final, ils ont fini par me dire de faire de mon mieux. Maintenant, ça commence à démarrer. Ils espèrent que ça marchera pour moi et que je deviendrai une figure noble avec des horaires fixes et tout ce qui va avec.

Ils te soutiennent ?

Ils font du mieux qu'ils peuvent. Ils sont bien plus conciliants que la plupart des parents musulmans. À un certain niveau, je reste un musulman. J'ai ma propre philosophie, mais je leur dis que je crois toujours en Dieu, ça les apaise.

Le père de Mozz

Pourquoi avez-vous fait des allers-retours entre le Pakistan et les États-Unis ?

Je pense que c'était parce qu'on était des immigrés et qu'il fallait qu'on obtienne le statut de citoyens américains pour rester.

Tu penses que ces déménagements ont influencé tes croyances actuelles ? Est-ce que tu serais plus religieux si tu étais resté au Pakistan ?

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C'est une question très intéressante. Probablement, oui. C'est une remarque intéressante sur la quête existentielle que chacun mène. Si j'étais resté, je serais probablement tombé dans cette culture, parce que c'est ce qu'on attendait de moi et ce que tous mes amis ont fait. En même temps, je doute un peu de ce concept de « quête existentielle ».

Je voulais te poser une question sur les fatwas. Est-ce qu'on peut se prétendre érudit musulman et lancer une fatwa à tout moment ?

Je ne sais pas si on peut les qualifier d'érudits. Tu vois, il y a différentes sectes qui naissent au cœur même de la religion, et une certaine région d'un certain pays dira « OK, on va suivre ce mollah ». D'autres choisiront de suivre un autre mollah, tu vois.

Un mollah, c'est un genre de prêtre, non ?

Je suppose qu'on peut dire que ce sont des prêtres ou des pasteurs, même s'ils ont un peu plus de pouvoir.

Est-ce qu'il existe un mollah aux règles moins strictes qu'il serait bon de suivre ?

En règle générale, il faut suivre les décisions de ta famille. Quand les gens se soumettent à un certain mollah, c'est parce que leur famille a été élevée selon ses croyances. Les différences sont relativement mineures, cela dit.

Les musulmans sont toujours énervés contre Salman Rushdie ? Il y avait une fatwa sur lui à un certain moment.

Oh, ils sont toujours énervés. Pas autant qu'avant, mais par exemple si mon père venait à le croiser, il grommellerait probablement quelques insultes dans sa barbe avant de partir. Je ne pense pas que les gens prennent ça au sérieux au point de l'attaquer s'ils le voyaient, mais bon, ils le traiteraient probablement d'enfoiré.

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Ils ne l'aiment pas trop.

Non, pas vraiment. Ils peuvent entrer dans des débats sur lui particulièrement enflammés et finir par s'énerver, mais je pense que personne ne serait prêt à lever la main sur lui. Après, ce serait peut-être autre chose en Irak ou en Afghanistan.

Il aurait peut-être des problèmes s'il se risquait à aller là-bas.

En ce qui concerne les musulmans américains, je pense que la hache de guerre est enterrée.

Je sais que beaucoup de musulmans ont certaines règles en ce qui concerne la musique. J'ai entendu dire que le seul instrument qu'ils autorisent s'appelle l'ad-duff, une sorte de tambourin. On peut en jouer lors de grandes occasions, comme un mariage. À part ça, les musulmans désapprouvent la musique ?

Non, je ne pense pas que ce soit une haine répandue. Je vivais au Koweït, où on compte beaucoup de militants musulmans, mais je me rappelle que lorsque j'étais enfant, avec nos voisins, on étalait un grand drap blanc sur lequel la nourriture était posée. On s'asseyait et on mangeait, et à un certain moment, un type sortait un de ces instruments qui ressemble à une guitare - en plus rond - et tout le monde chantait en cœur. Je n'ai jamais vu de réticences face à la musique. Les percussions font fureur. Tout le monde adore les percussions.

Qu'en est-il de Yusuf Islam, l'artiste qui officiait auparavant sous le nom de Cat Stevens ? Si j'ai bien compris, il a arrêté de faire de la musique parce qu'il s'est converti à l'Islam.

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Je ne suis pas sûr, je pense qu'il a arrêté car la musique occidentale est souvent perçue comme viscérale et sexuelle. Certaines personnes mettent la musique au même niveau que l'alcool et la drogue. C'est une chose mal vue. Ce qui était intéressant, c'était de voir que chaque chanson qu'on pouvait entendre lors de ces petites réunions était en fait une chanson religieuse.

Tu pourrais me donner une définition plus précise de ce qu'est l'Aïd-el Kabir ?

C'est une de mes fêtes préférées. Je ne suis pas d'accord avec le message véhiculé, mais ça a toujours été une fête très amusante. En gros, on regarde un animal se faire massacrer.

Ça pourrait se traduire par « le festival du sacrifice » ?

Oui. Il faut se rappeler qu'Abraham a manqué de sacrifier son propre fils, alors on doit sacrifier une vache ou une chèvre à la place. Un jour, j'ai vu un chameau mourir. C'était intéressant.

Tu les as vus sacrifier un chameau ?

Ouais. C'était intense.

J'imagine qu'il n'y a pas d'équivalent de la PETA au Pakistan.

Non pas du tout. C'est presque triste, car il y a beaucoup d'animaux sauvages fantastiques dont l'espèce est en voie d'extinction. Personne ne les protège, tout le monde s'en fiche.

C'était une expérience plutôt intéressante, parce que je ne savais rien de ce qui allait arriver. Un jour, mon père et mon oncle sont allés au marché et ont ramené deux chèvres. Elles étaient trop mignonnes. On les a gardées dans notre jardin et on jouait avec elles. Mes cousins et moi avons lié une grande amitié avec elles - elles étaient devenues nos animaux de compagnie. Et puis un jour, on a appris qu'elles allaient être massacrées. Je me rappelle très bien de ce moment. Quand le boucher est arrivé, on s'est tous alignés dans les escaliers. Il a pendu les chèvres et les a découpées. J'ai pleuré comme jamais. Mes cousins aussi. On hurlait « Vous assassinez nos chèvres ! Vous assassinez nos chèvres ! »

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Je croyais que c'était l'une de tes fêtes favorites.

Avec du recul, c'est plutôt drôle. Je pense que cette expérience a largement participé à mon évolution personnelle, parce qu'elle m'a appris de façon très élémentaire comment la nourriture arrivait dans nos assiettes. Une fois que l'animal était tué, ils coupaient la viande et en donnait un tiers aux mendiants et aux pauvres. Puis on se partageait les restes avec la famille, et on les mangeait immédiatement. C'était intéressant, et je chéris cette expérience car je ne pense pas que les gens d'ici aient une telle connexion avec leur nourriture, ou ils ne saisissent pas le sacrifice nécessaire pour avoir un morceau de steak à manger le midi.

Tu peux décrire comment ils tuaient les animaux ?

C'était assez fou. J'ai vu une chèvre, un énorme taureau, et un chameau se faire liquider au Koweït. Le boucher arrivait à la maison, la chèvre était à l'extérieur dans une espèce d'enclos. Il y avait deux types qui entouraient la chèvre, ils prenaient ses pattes et les tiraient, pour ensuite la retourner et l'attacher très rapidement. Puis le boucher posait son genou sur le cou de la chèvre et disait « Allah Akbar », puis lui coupait la gorge. Ils la laissent ensuite saigner pendant un moment, avant de la retourner et de la pendre. La chèvre n'était pas complètement décapitée et sa tête pendouillait. Le but est de laisser le corps se vider de son sang. Après, ils l'ont dépecée, et ont laissé la carcasse pendre. Quelques heures plus tard, ils sont revenus pour couper la viande.

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Comment procèdent-ils pour les autres animaux ? Ils attachent aussi les chameaux ?

Quand j'ai vu le chameau, il était déjà assis, les pieds liés. Ils l'ont fait sur le côté et lui ont tranché la gorge. Selon la tradition, il faut toujours dire « Allah Akbar » avant d'égorger, puis laisser le sang s'écouler et débiter la viande.

C'est comment la viande de chameau ?

Pour être honnête, je ne m'en souviens pas, j'étais encore petit à l'époque. Je me souviens du chameau, et du chaos qui régnait dans la maison, mais pas du goût de la viande.

C'est un plat commun ?

Pas vraiment. Les chameaux sont bien trop chers et ont une grande valeur au Koweït, donc on ne les mange que pour les grandes occasions. Mais en termes de sacrifice, le chameau constitue un très grand geste. Si tu possèdes un chameau, c'est que ta famille a beaucoup d'argent.

Est-ce qu'on peut sacrifier n'importe quel animal ?

Il faut que l'animal soit halal. Ça ne peut pas être un cochon, il faut que ce soit une vache, une chèvre, ou du bétail que la loi musulmane autorise à manger.

Je me suis toujours dit que ce qui était arrivé à Abraham, en réalité, c'était juste une connerie de la part de Dieu. Envoyer un type très religieux porter son enfant à l'autel, puis faire « Mais non, je déconnais Abe, tiens, voici un bélier ».

C'est essentiellement pour ça que la religion est un problème dans notre société. Ça donne aux gens une raison « crédible » de faire abstraction de la logique, de renoncer au rationnel.

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Est-ce que tu connais des gens dans la ville qui font ce genre de sacrifices ?

Non. Je me rappelle qu'il y a 20 ans, les gens le faisaient dans leur jardin. Les enfants des voisins assistaient au spectacle depuis leur balcon, et leurs parents traînaient les musulmans en justice. Ça faisait à chaque fois un sacré boucan, mais la famille musulmane finissait toujours par gagner. La loi établie faisait de cette célébration une chose légale, à condition de se cacher afin que personne ne puisse voir. C'est un compromis. Je suis sûr que certains continuent à le faire, mais je ne sais pas où.

Mozz

Les Juifs en revanche ont le droit de faire leur cérémonie des Kapparot, ce truc bizarre avec les poulets, la veille de Kippour.

Les Juifs sont plus acceptés car ils sont plus profondément ancrés dans le pays. La communauté juive s'entraide beaucoup plus. Ici, la communauté musulmane est très éparpillée. Il n'y a pas de leadership, ni de camaraderie. Il y a une réelle division. La foi juive est très centralisée, et tout le monde est en accord, ce qui leur donne un pouvoir politique, une manière d'être pris en compte. Je pense que c'est pour cela qu'ils peuvent dire fermement « Ce sont nos croyances, et vous devez les respecter ».

Que penses-tu du festival qui marque la fin du Ramadan, l'Aïd el-Fitr ? On doit très bien bouffer là-bas.

Oui, c'est au lycée que j'ai enfin réalisé que je ne voulais plus me plier à cette culture, pendant le ramadan. Tout le monde mangeait des frites et du bacon, et je devais jeûner. Mes amis me disaient « Mec, mange ! Ça ne veut rien dire et tu le sais très bien ! » Après ça, ils m'ont harcelé pendant une demi-heure et j'ai fini par me dire « Mais pourquoi je fais ça ? Ça n'a aucun sens ». À partir de ce moment, j'ai aussi réalisé que je n'aimais pas leur façon de traiter les femmes, et j'ai tout remis en question.

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Tu le cachais à tes parents ?

Oui, je l'ai fait pendant très longtemps. Le Ramadan oblige à se lever à 4h30 et manger tout ce que l'on peut pour tenir pendant le reste de la journée. Tu t'empiffres et tu ne manges plus jusqu'à ce que le soleil se couche. C'est assez difficile. Il faut le faire pendant un mois, et à la fin toutes les familles se rassemblent et font un énorme festin avec toute la nourriture. C'est notre Noël à nous. On n'échange pas de cadeaux, mais de l'argent. Les plus vieux donnent de l'argent aux jeunes.

C'est génial.

Ouais, c'était assez cool.

Selon ton expérience, qu'est-ce que tu penses du traitement des femmes dans les communautés musulmanes ?

Beaucoup d'aspects de l'Islam sont très agréables, mais il y a des idées complètement inacceptables. Traiter les femmes comme du bétail en fait partie.

D'après toi, pourquoi les femmes ne se rebellent pas contre ce système ?

Les gens n'ont pas le choix. C'est un système où chaque personne est forcée d'adhérer jusqu'à ce que ça fasse partie intégrante de leur vie, c'est un vrai lavage de cerveau. Les musulmans ne comprennent pas pourquoi on ne traite pas les femmes comme une propriété. Malgré ce que l'on en dit, je pense que c'est de là que tout part : les libertés accordées aux femmes. Les hommes ne cherchent même pas à gagner l'affection d'une femme. On leur en donne une et c'est tout. Les hommes ne pensent même pas « Oh, il faut que je me fasse beau » ou encore « Oh, je vais essayer d'avoir un bon boulot pour m'attirer les faveurs d'une femme ». Ça crée une société ultra machiste.

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Ils ne se font jamais refouler dans un bar, c'est ça l'idée ?

Ils se feraient refouler si on leur en donnait l'occasion. C'est dommage, car ça fait grandir les gens et ça les empêche d'être des connards puérils quand ils ont 40 ou 50 ans. Ce qui les effraie le plus chez les Occidentaux, c'est leur vision des femmes. Les hommes musulmans ont peur que les femmes soient aussi responsables que les hommes. Ça, ils ne peuvent pas le supporter.

OK, mais est-ce que tu penses que ton père voit ta mère comme un animal ? Tu ne penses pas que dans une certaine mesure, les hommes musulmans aiment aussi leurs femmes ?

Dans une certaine mesure. Il y a une nuance entre l'habitude, l'attachement et l'amour. Si tu sors d'un mariage arrangé, tu te dis que c'est la seule option qui s'offrait à toi, qu'il faut t'y faire et tu finis par t'y habituer. Tu es obligé de t'attacher à cette personne, et une sorte de dépendance s'installe. Ce n'est pas de l'amour. L'amour est, par essence, le fruit d'un choix. Les gens de cette culture te diront que l'amour vient après le mariage - tu épouses quelqu'un, puis tu finis par en tomber amoureux. Tu ne tombes pas réellement amoureux - tu tombes dans une routine, une dépendance mutuelle, et tu essaies de t'y faire.

Le mariage arrangé ne se pratique que dans les sociétés musulmanes ? Est-ce qu'il est encore répandu dans les communautés musulmanes conservatrices américaines ?

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Si tu es musulman, il y a de fortes chances qu'on organise ton mariage. C'est un peu différent maintenant, mais pas tant que ça, Il y a des endroits aux États-Unis où on présente d'abord les deux futurs mariés, et la femme musulmane peut refuser si elle est vraiment contre. Mais pour autant, elle n'a pas le droit de se marier à qui elle veut. C'est toujours « Voilà tes options, dis-moi si l'une d'elles te convient ». Donc oui, la majorité des mariages musulmans sont arrangés.

Par exemple, ma sœur n'avait jamais le droit de sortir. Elle ne pouvait pas se faire d'amis. Son adolescence a été un long combat. Quand elle était au lycée, elle a traîné avec les mauvaises personnes et a commencé à se droguer. Mes parents ne savaient pas comment s'occuper d'elle. La solution aurait été de la traiter comme un être humain à part entière, mais en même temps la religion leur disait que c'était impossible. Avec une fille aussi intelligente et têtue que ma sœur, ce projet était voué à l'échec. Alors ils lui ont trouvé un mari et l'ont contrainte à se marier – pour qu'elle devienne le problème de quelqu'un d'autre. Ils ont trouvé un type au Pakistan, et ma sœur était très partante car elle s'était dit que si elle pouvait se dégager de l'emprise de mes parents, elle aurait plus de chance s'en sortir.

Elle avait quel âge à l'époque ?

17 ans. Ils l'ont envoyée au Pakistan et le mariage a eu lieu. Elle s'est mariée à ce type et elle était aux anges. Il avait l'air très gentil au début, et elle s'était dit qu'elle pourrait passer le reste de sa vie avec ce type plutôt que de rester dans une maison où on ne la laissait pas être elle-même. Par la suite, ce type s'est avéré être un sacré enculé. C'était un pakistanais typiquement macho. Elle m'a dit qu'elle s'était retrouvée dans la maison de sa famille - ils étaient assis en train de boire du thé, et sa mère s'est levée pour demander « Qui veut boire du thé ? », ma sœur lui a répondu « Je veux bien » et son mari lui a dit « Non, tu n'en auras pas ». Quand elle lui a demandé ce qu'il entendait par là, il a répondu « Je ne prends pas de thé, moi ».

Elle était clairement sa propriété, et il la traitait comme il l'entendait. Ils ont déménagé à Londres, et un jour elle lui a dit qu'elle allait voir sa famille. Elle est venue nous voir et lui a téléphoné le lendemain pour lui dire « Va te faire foutre, je ne reviendrai pas ». Je lui ai demandé ce qu'il lui était arrivé et elle m'a répondu « C'est horrible, ce mec est un vrai connard. Un jour, il m'a jetée contre un mur ». J'ai failli péter un plomb. Je lui ai demandé si elle plaisantait, ce à quoi elle a répondu « Je m'en suis chargée ». Elle m'a dit qu'elle l'avait attrapé par la pomme d'Adam, qu'elle l'avait obligé à s'asseoir en lui disant « Ne me touche plus jamais ». C'est moi qui lui ai appris cette technique de la pomme d'Adam.

T'étais fier qu'elle utilise une méthode que tu lui avais enseignée ?

Oui, c'était un moment incroyable. J'étais heureux de voir qu'elle avait su s'en sortir toute seule. Elle disait « J'emmerde ce mec, je ne reviendrai pas, vous pouvez tous aller vous faire foutre ». Elle est revenue chez nos parents pendant un petit moment, puis elle a rencontré un mec très sympa dans un bar. Ils ont commencé à sortir ensemble et elle a emménagé chez lui. Ma famille n'a pas du tout apprécié. Ils ne voulaient plus lui parler, ni même la voir. Puis un jour ils ont appris qu'elle était enceinte. Ma mère a failli avoir une crise cardiaque. Pour ne pas perdre la face, ma soeur a organisé une fausse cérémonie où il est allé à la mosquée pour se convertir officiellement à l'Islam. Puis ils ont organisé un mariage musulman. Il a fait tout ça pour lui faciliter la vie. Puis ils ont eu une petite fille adorable, et nos parents sont beaucoup plus cool avec lui depuis qu'elle est née.

Et la relation entre ta sœur et tes parents a fini par s'améliorer ?

Tout à fait. Le bébé a tout arrangé. Elle a deux ans et demi, et c'est la chose la plus mignonne du monde. Toute cette épreuve d'assimilation aux familles des mariés est imposée par la culture musulmane, et c'est vraiment très con. Même si le politiquement correct interdit aux gens de l'affirmer.

INTERVIEW DE JONATHAN SMITH