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Il aime espionner les putes qui se défoncent en pleine rue

« DC » – c’est comme ça qu’il veut qu’on l’appelle - est un photographe amateur qui a commencé à shooter les prostituées de son quartier en 2007
15.4.10

« DC » – c’est comme ça qu’il veut qu’on l’appelle - est un photographe amateur qui a commencé à shooter les prostituées de son quartier en 2007. Il est directeur de programmation pour une télévision locale, à Miami, et l'essentiel de son œuvre est captée au téléobjectif de derrière les vitres de son bureau. Des images prises sur le vif qu’il publie ensuite sur son Tumblr. Un grand nombre de nanas qu’il a prises ont déjà été en prison pour prostitution, détention de drogue et autres trucs de ce genre. Ce qui l’attire ? La capacité qu’ont ces nanas à faire de leur mieux pour rester présentables malgré des conditions de vie insupportables. « Regarde autour de toi, il y a des rues comme celles-ci dans n’importe quelle ville », il dit. Son but est d’attirer l’attention sur la misère, ni plus ni moins. On a trouvé sa démarche perverse, on l’a pas trouvé super net et du coup, on s’est dit qu’on allait l’interroger.

Vice : Dis-nous dans quelles circonstances tu as commencé à te préoccuper du destin de ces prostituées ?

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DC : Elles vivent toutes autour de l’immeuble dans lequel je travaille, à Downtown Miami. Je les vois tous les jours depuis plus de 20 ans.

Tu les croisais sans les remarquer et un jour, tu t’es dit que tu allais les prendre en photo et les espionner ?

Je ne dirais pas que je les espionne.

D’accord, mais tu es quand même un des plus grands voyeurs que j’aie rencontrés.

Je prends ces prostituées en photo pour que les gens puissent se rendre compte de ce qu’est la vie dans la rue. Mes photos ont pour but de leur faire découvrir un style de vie qui n’a rien à voir avec le leur. Moi, par exemple, j’ai une vie tranquille et une femme formidable, une maison sympa en banlieue. Jamais je ne saurai ce que c’est que d’être clochard, alcoolique ou accro au crack. Imagine ce que c’est de ne pas savoir quand tu pourras manger, comment payer ton prochain fix ou, pire, de ne pas savoir où tu dormiras ce soir ?

Ces femmes sont-elles au courant de ce que tu fais ?

Pas à ma connaissance, mais toute personne photographiée dans un lieu public n’a aucun droit à faire valoir en matière de vie privée. Regarde la définition de « photographie de rue » sur Wikipédia. Elle précise que c’est «  un type de photo dont les sujets sont photographiés dans des lieux publics tels que rues, parcs, plages, supermarchés, rassemblements politiques et autres ».

Tu leur as déjà parlé ? Tu as noué des relations ?

Jamais.

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Tu les shootes sans les aider, donc.

Il y a au moins trois bureaux d’aide sociale à moins de trois kilomètres de l’endroit où elles traînent qui peuvent tous rendre service aux sans abris. Avec ma femme, on a déjà donné plein de fois aux associations du quartier, mais le fait qu’elles restent où elles sont année après année, en se faisant sans cesse choper pour défonce ou racolage, prouve qu’elles n’arrivent pas à s’en sortir malgré toutes les mains qu’on leur tend.

Quel est le truc le plus violent dont tu aies été témoin ?

Une fois, j’ai vu le mec d’une fille la cogner tellement fort qu’elle avait le corps et le visage en sang. C’était en plein jour et c’était sûrement son mac.  Ces nanas se défoncent en pleine rue, aussi.

Comment réagissent les gens du quartier (commerçants, familles…) ?

Le problème de la dope chez les sans abris - et chez les défavorisés en général - est loin d’être résolu. Je n’ai jamais assisté à des interpellations, mais les flics sont très présents dans le quartier et ils sont loin de faire un métier facile. D’ailleurs, ils ne reçoivent pas les témoignages de gratitude qu’ils mériteraient.

J’ai vu que tu publiais sur ton blog les mugshots de celles qui se font arrêter couplées aux photos que tu as faites d’elles. Tu les trouves sur le site de la prison du comté dans lequel tu vis ?

Oui, j’ai vu qu’un autre photographe bossait avec ça et j’ai trouvé que c’était une bonne idée. Je me suis demandé combien de temps ça me prendrait de trouver une fille que je connaissais dans les fichiers. Ça m’a pris cinq minutes ! C’est tellement triste de penser qu’elles connaîtront toujours le même cercle vicieux. Commettre un délit, se faire choper, faire de la taule, être relâchées, retourner tapiner et recommencer à se défoncer. C’est comme s’il n y avait aucune issue possible, tu vois ?

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Comment est-ce que les internautes réagissent à ton travail ?

Il y en a qui me signalent à quel point ce que je fais est « pervers », mais je voudrais juste que ceux-là se rendent compte d'à quel point ils ont de la chance d’avoir une vie aussi confortable et sûre. Ensuite, j’aimerais qu’ils aident leur prochain.

C’est tout ?

Je ne peux pas me préoccuper tout le temps de ce que les gens pensent de mon boulot. Je le fais. J’aime la photo, j’aime prendre des photos. Si ce que je fais pouvait un jour être considéré comme de l’art, je serais super content.

INTERVIEW: CLARISSE ET PAULINE MERIGEOT-MAGNENAT