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Vice Blog

BERLIN - QUAND BOIRE REVIENT A FAIRE DE L'ART ET QUAND FAIRE DE L'ART DEVIENT UNE EXCUSE POUR BOIRE

8.10.09

Le fait d' « être artiste » sous-tend parfois directement le fait de « se la mettre » sans que personne n'ait quelque chose à y redire, tellement ces deux notions sont proches dans la tête des gens normaux. Mais qu'en est-il lorsqu'on les superpose, c'est à dire que l'on fait de l'art en se bourrant la gueule ? Eh bien ça donne des documentaires comme Berlin Drinking Battle, réalisé par Rolf S. Wolkenstein et son compère Wolfgang Hogekamp. Le film a été fait en une seule nuit, la veille de la chute du mur de Berlin. Ils ont voulu laisser une trace vidéo de leur longue beuverie (largement avant la création de la DV) pour être considérés comme les princes des ramasses à tout jamais. On voulait savoir comment ils avaient eu cette idée, et on est donc allés discuter avec Rolf S. Wolkenstein pour savoir ce qu'il pensait du cinéma et du schnaps.

Vice : C'était comment le cinéma underground berlinois dans les années 1980 ?

Rolf S. Wolkenstein : Quand j'ai commencé à étudier, les écoles de cinéma étaient remplies de hippies et de gens influencés par les idées révolutionnaires de 1968. Il n'était question que de « cinéma collectif », tu vois, il fallait être pertinent à tous prix, appliquer une certaine dialectique à son travail etc. Bien entendu, comme nous étions jeunes, nous désapprouvions totalement ce genre de raisonnement. Si bien que l'on a décidé de faire quelque chose par nous-mêmes. On a du faire comme ça puisqu'aucune fac ne nous aurait soutenus de toute façon. T'étais plus ou moins forcé d'expérimenter les choses tout seul. OK, mais comment vous avez fini par filmer vos propres murges ? Tout a été organisé par le barman du café dans lequel on allait, qui s'appelait le Mittenwalder. C'était notre bar préféré, qui restait ouvert jusqu'à très tard dans la nuit. L'idée nous est probablement venue lorsque nous étions complètement soûls, mais c'était relativement radical pour l'époque. Quelqu'un avait même programmé cette petite application disponible sur les Atari ou les Amiga qui permettait de conserver une trace digitale des shoots de la veille. D'ailleurs, comment s'est déroulé le tournage cette nuit-lа ? On s'y est pris seulement une heure à l'avance. Mon ami Wolfgang, qui a produit le film, est venu me voir et m'a dit ce qu'il avait envie que l'on fasse. C'est le mec qui a gagné le défi, par ailleurs. On devait payer l'entrée 20 Deutsch Marks, pour pouvoir participer au concours. Il y avait 14 participants, et beaucoup d'entre eux ont dû arrêter au 30ème verre de tequila. Plus de la moitié il me semble. Wolfgang a gagné en s'en enfilant 40 dans la nuit, talonné de peu par un autre mec qui en avait bu 39. Un autre type, celui qui voulait vomir sur la caméra dans le film, est arrivé à 38. Malheureusement,  je n'ai pu garder sur vidéo que 75 minutes de cette nuit. Qu'est-ce que vous pensez du film, vingt ans aprиs sa sortie ? C'est un document contemporain. Je suis arrivé à Berlin pendant l'ère du post-punk. Notre manière de nous habiller, de parler et de faire les cons sont des témoignages de cette époque. Nous vivions dans toute cette folie, et quelquefois, nous en étions l'origine. Je pense juste que toute cette culture liée à l'alcool et la défonce n'a fait qu'empirer aujourd'hui. Justement, le film voulait mettre en lumière tous ces abus, non ? Je n'ai jamais bu d'alcool de ma vie, donc je ne suis peut être pas le plus disposé à en parler. Berlin était à l'époque cette grande métropole de la RDA, censée être totalement perméable au reste du monde. Du coup, on ne devait pas parler de tous ces problèmes d'alcool qu'il y avait dans le pays. Il n'empêche que, je le répète, je crois que c'est bien pire aujourd'hui .

INTERVIEW DE FELIX NICKLAS