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Vice Blog

La Corée du Nord est sur le point de péter les plombs

Les armées américaines et sud-coréennes ont commencé leurs exercices militaires annuels, surnommés « Key Resolve » et « Foal Eagle ».
13 mars 2014, 2:58pm

Photo : via

Le 24 février, les armées américaines et sud-coréennes ont commencé leurs exercices d’entraînement militaire annuels, surnommés « Key Resolve » et « Foal Eagle ». Au fil des années, ces manœuvres militaires sont devenues une sorte de rituel de printemps – un peu comme un bal de promo.

Key Resolve et Foal Eagle coûtent chaque année une fortune. Néanmoins, les différentes manœuvres stratégiques mises à l’œuvre des deux côtés de la zone démilitarisée rendent ces exercices intéressants. Bien que la guerre de Corée se soit terminée il y a plus de 60 ans avec un cessez-le-feu, aucun traité de paix n'a été signé. D’un point de vue technique, cette guerre qui a provoqué 4,3 millions de morts – dont 128 650 militaires américains – ne s’est jamais vraiment terminée. Et ces exercices de haute envergure qui se tiennent des deux côtés de la frontière depuis des décennies constituent une étape-clé de l’évolution de ce conflit.

Ces simulations militaires ont lieu pour deux raisons : déterminer quelles tactiques sont les plus efficaces et entraîner les troupes. Alors que la plupart du temps, les militaires s’entraînent sur des simulations informatiques, les exercices de terrain leur donnent l’occasion de s’entraîner avec de vraies armes, dans le monde réel.

Ces entraînements constituent aussi un bon moyen de montrer aux autres nations de quoi votre armée est capable. Cette année, les exercices impliqueront 12 700 troupes américaines et 190 000 troupes sud-coréennes. Ils se dérouleront jusqu’au 18 avril.

Néanmoins, pour les États-Unis et la Corée du Sud, ces exercices ont pour but principal de dissuader la Corée du Nord de déclencher une nouvelle guerre – ou de continuer celle qui ne s’est jamais vraiment terminée. La guerre de Corée a plus ou moins commencé par une attaque surprise de la Corée du Nord. Depuis, celle du sud s’emploie à ne plus se faire surprendre ainsi. Elle a donc tout mis en œuvre pour s’assurer que l’armée américaine serait en mesure de les aider si la Corée du Nord venait à franchir la DMZ.

À ces exercices, la meilleure réponse que le régime de Pyongyang puisse apporter serait d’organiser ses propres exercices militaires. Mais ceux-ci sont aussi compliqués que chers à organiser. Ainsi, que peut faire un pays comme la Corée du Nord, enlisé dans la pauvreté, pour dissuader ses adversaires ?

La dissuasion implique de se montrer menaçant face à l’ennemi. Il existe deux mesures possibles pour déterminer ce qui constitue une menace : la capacité et l’intention. Pour bien saisir l’envergure d’une menace, il faut déterminer si l’adversaire est capable de nous maîtriser. Beaucoup de gens préfèrent voir les menaces de cette façon parce qu’il est plus facile de compter les tanks et les avions que de lire dans les pensées de l’ennemi. Il est aussi possible de se concentrer sur les intentions de l’adversaire – il est néanmoins difficile de mesurer et de quantifier ce type de sentiments.

La Corée du Nord n’est pas en mesure d’impressionner l’armée la plus importante et la plus riche du monde par la force de ses armes. Mais on sait que les Nord-Coréens sont assez tarés pour déclencher une guerre atroce que personne ne serait en mesure de gagner. Chaque jour, ils s’emploient à montrer aux Américains qu’il est inutile d’essayer de les intimider et sèment la panique afin d’obtenir des concessions d'autres pays lors de négociations.

Afin de repousser toutes les potentielles futures menaces militaires et de se donner un avantage dans des négociations, le régime de Kim Jong-Un organise des événements diplomatiques avant et après les entraînements. L’année dernière, Pyongyang a annoncé pour la sixième fois l'expiration du cessez-le-feu de la guerre de Corée et a sous-entendu qu’une bombe nucléaire allait être lancée sur Austin.

Cette année ne devrait pas faire exception à la règle. La Corée du Nord a qualifié ces exercices de « provocateurs et dangereux » et a affirmé qu’elle souhaitait empêcher les Américains et les Sud-Coréens de se « préparer à envahir le nord ».

Pendant ce temps-là, la Corée du Nord travaille sur son installation de fabrication d’armes nucléaires, sur son site d’essai nucléaire et son silo à missile. Les Nord-Coréens sont parfaitement conscients que les satellites américains voient ces avancées – on peut donc considérer ces progrès comme une première étape de leur stratégie de dissuasion. Ces mesures leur permettront également de tester des bombes nucléaires et de lancer des missiles balistiques internationaux dans les semaines à venir.

En outre, la Corée du Nord a également permis à des familles séparées par la guerre de se réunir. Maintenant que les deux Corées se sont accordées à ce sujet, il ne risque plus d’y avoir la moindre tension sur ce point.

La crise coréenne de l’année dernière était l'une des plus dramatiques de ces dernières décennies – elle a semé de nombreux doutes quant aux capacités du leader Kim Jong-un. Certains experts pensent qu’il devrait se montrer plus ferme pour prouver aux fervents défenseurs du régime de sa capacité à diriger un pays. D’autres se demandent si sa santé mentale ne serait pas encore plus troublée que celle de son père.

À la frontière, les tensions sont toujours palpables. Depuis la fin de la guerre de Corée, plus de 450 Sud-Coréens et plus de 100 militaires américains y ont été tués. Les exercices militaires ont leur part de responsabilité dans ces excès de violence. Chaque année, ils provoquent des tensions et augmentent les risques d'une nouvelle guerre. Néanmoins, ils poussent aussi les deux côtés à reprendre leur posture dissuasive – ce qui montre qu'en réalité, personne n’a vraiment envie de se battre.

Dans les deux mois à venir, les observateurs de la région se devront d'être vigilants. On peut s'attendre à ce que les diplomates se retrouvent contraints à trouver des solutions, à revoir leurs positions et à faire des déclarations formelles très régulièrement. Les commandants militaires devront s’adapter à la situation, de sorte à suivre la volonté de l'opinion publique.. Il y a des chances que, comme chaque année, le monde s’en sorte sans qu’une guerre violente n'explose en Corée. Mais comme toujours dans cette région, rien n'est jamais trop sûr.

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