FYI.

This story is over 5 years old.

LE NUMÉRO TECHNOLOGIE

Video game killed the radio star

J’aimerais qu’on me dise depuis quand s’est organisé un lobby zombie qui m’impose de dire « infecté » plutôt que zombie, comme si ce qualificatif manquait de respect à qui que ce soit.
17 mai 2009, 11:00pm

RESIDENT EVIL 5
**Plates-formes : **Xbox 360, PS3
**Éditeur : **Capcom

J’aimerais qu’on me dise depuis quand s’est organisé un lobby zombie qui m’impose de dire « infecté » plutôt que zombie, comme si ce qualificatif manquait de respect à qui que ce soit. Déjà, je dois me contenir pour pas apostropher le frère dèp de ma meuf en disant : « Eh dèp, t’as débloqué Seth à Street Fighter 4 ? », ou mon copain négro en lui demandant : « Eh négro, c’est quand que tu viens à Paris ? », parce que c’est mal vu.

Est-ce que c’est depuis qu’ils vendent des jeux par millions que les attachés de presse des morts-vivants peuvent me dire comment je dois parler ? Niquez-vous, je continuerai de vous appeler zombies quand bien même ça irait contre la bonne conscience puritaine.

Capcom a dû se faire la même réflexion que moi en réagissant de manière bien plus subversive. OK, Resident Evil 5 ne sera pas un jeu de zombies, ce sera un jeu d’infectés. Et après l’Europe de l’Est espagnole du précédent épisode, l’action se déroulera en Afrique. On y incarne le légendaire Chris Redfield, archétype du bon américain WASP qui vient enquêter sur une industrie pharmaceutique, filiale de l’armée, pratiquant des tests biologiques qui infectent par la même occasion les tribus locales. Infecter ? Les mecs, vous allez pas nous la faire, on va prendre un synonyme et on va dire « contaminer » à la place. Chris et sa partenaire Sheva vont alors se retrouver poursuivis par une horde d’Africains contaminés qu’ils seront obligés de descendre sauvagement, comme dans tout jeu de contaminés qui se respecte. Le tout en ramassant tout l’or et les diamants qu’ils trouvent pour pouvoir les revendre et augmenter la puissance de leurs armes qui leur serviront à descendre encore plus d’Africains contaminés. Vous avez besoin d’un résumé ? Ouvrez un Pariscope et regardez celui du Cauchemar de Darwin, c’est à peu près la même chose. Capcom a illustré en un jeu la tragédie qui frappe le continent africain. C’est moche ? Ouais, mais c’est la réalité à peine transcendée.

Si le jeu est super beau, il reste le fidèle descendant du précédent avec un mode coop en ligne bien kiffant. Comme tous les_ Resident Evil_, il réserve son lot de bravoure et d’hystérie jouissive, mais ce qui le démarque des autres jeux de la série et des autres jeux de zombies en général, c’est ce mauvais esprit et cette faillite morale qui ont poussé Capcom à se laisser aller à ce coup de poing dans la gueule et cette porte ouverte au racisme ordinaire. On ne va pas se voiler la face, une partie en réseau de_ Resident Evil 5_ sera forcément rebaptisée « négricide » par n’importe quel joueur qui rigolera honteusement ensuite. Vous acceptez le deal ou non. Vous allez jouer à un truc super mauvais esprit mais bien dans ses baskets. Au final, il a beau être le jeu de zombies le moins original du monde (Left 4 Dead proposait il y a quelques mois une alternative un peu plus fraîche), il a l’intérêt, et à mes yeux c’est super important, d’être le jeu le moins politiquement correct du monde. Ça, ça le rend bien plus fort que les autres, surtout dans le monde aseptisé du jeu vidéo qui manque cruellement de soul, aussi noire soit-elle.

AL BATARD

PROFESSEUR LAYTON ET L’ÉTRANGE VILLAGE
Plate-forme : Nintendo DS
Éditeur : Nintendo

Quand j’étais petite et choupette, dès que je le pouvais, je menais l’enquête. Avec un pote, on s’était même créé un QG comme dans les bouquins d’Hitchcock pour enfants, qu’on dévorait façon petits pains. On se planquait, on s’inventait des codes, on avait des talkies-walkies et on espionnait des gens en prenant des notes, en cherchant « la faille » chez Graton ou Ouin Ouin, nos proies préférées. Une vingtaine d’années plus tard, j’aime toujours autant les énigmes. Je suis allée chercher mon cadeau du printemps : la Nintendo DSi, et même qu’on m’a donné Professeur Layton avec. On pouvait difficilement me combler plus. Déjà la DSi, c’est une tuerie. Non seulement elle a un joli design mais la définition de l’écran et les nouvelles possibilités de jeu online sont énormes. Avec des points DSi (achetés, gagnés…), on peut télécharger des jeux mais aussi toutes sortes d’application DsiWare. J’ai envie de dire : « ça promet », vu le nombre de gadgets idiots qu’il y a déjà avec l’appareil photo : déformer la tronche de ses amis, leur mettre des petits cœurs sur les yeux, des fausses moustaches, tout ça… C’est même mieux que les effets de mon Mac, génial. Cela dit, pour en revenir à notre sujet et loin de ces digressions nigaudes, notons qu’il est rare que les jeux vidéo fassent vraiment appel à nos méninges. Avec Professeur Layton, j’ai l’impression de faire un test de QI à chaque énigme. Et même si je dois avouer que c’est pas toujours du gâteau – parce qu’on ne naît pas tous égaux – ça fait du bien de se creuser le ciboulot. C’est un mélange de film d’animation hyper joli, hyper british, qu’on peut situer entre les jeux d’entraînement cérébral et le point & click. Genre ultra passionnant, ultra énervant, ultra chiant par moments, ultra cool, surtout. L’idéal, maintenant, serait d’avoir un talkie et d’essayer de trouver les soluces avec mon vieux pote. Mieux, revenir à mes 10 ans… Soupir.

EMMA HOLMES