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Sexe

Issei Sagawa

On vous raconte l'histoire pour le moins déconcertante d'un meurtrier cannibale relâché par la justice française et renvoyé dans son Japon natal. Et on vous prévient : ça secoue.
18.11.10

NEWS

À TABLE !

Entretien avec Issei Sagawa, cannibale

Par Tomokazu Kosuga

(mais bien dégueu)

L’après-midi du 11 juin 1981, un Japonais du nom d’Issei Sagawa marchait pepax dans le bois de Boulogne, deux valises à la main. La veille, cet étudiant en troisième cycle à la Sorbonne avait tué par balles une jeune fille qui était en cours avec lui, elle aussi en échange universitaire. Après en avoir mangé des morceaux, il a essayé de se débarrasser de son corps dans une zone discrète du lac. Des témoins l’ont aperçu et il a rapidement été arrêté. Il aurait déclaré aux policiers qui ont fait irruption chez lui : « Je l’ai tuée pour la manger. » Les psychologues français l’ont déclaré fou au moment du crime et, par conséquent, inapte au procès. Il a été extradé dans son pays, où les autorités japonaises ont essayé de l’inculper pour meurtre. La justice française ayant refusé de transmettre les pièces nécessaires pour continuer les poursuites, il a été une nouvelle fois remis en liberté.

Personnellement, nous ne mangerions de la chair humaine qu’en cas d’énorme famine, type siège de Stalingrad, ou alors si on nous promettait 100 millions d’euros par an et la garantie de ne pas contracter une diarrhée. Mais pourquoi diable irions-nous manger de la viande d’homme ? Qu’est-ce qui a fait plonger Sagawa là-dedans ? Le rédacteur en chef de Vice Japon, Tomo, qui ferait un plat plutôt exquis lui-même, a courageusement rendu visite au cannibale pour avoir le fin mot de l’histoire.

Vice : Parlez-moi de votre première faim de cannibale.

Issei Sagawa : Je suis né physiquement faible. Mes jambes étaient si maigres qu’on aurait dit des crayons. C’est au CP que j’ai pensé pour la première fois que les cuisses d’un camarde de classe feraient un bon goûter. Je me suis dit : « Miam, ça a l’air délicieux. » Mais je ne suis pas homosexuel, et à partir du moment où je suis entré au collège, j’ai été obsédé par l’actrice occidentale Grace Kelly. Cette obsession a duré jusqu’au lycée. Ça a marqué le début de ma tocade pour les occidentales. Avant même que je ne m’en sois rendu compte, les grandes et belles occidentales déclenchaient chez moi des fantasmes liés à la viande humaine. J’imagine que mon engouement pour ce genre de femmes émanait du fait que j’étais petit, laid et que je faisais un complexe d’infériorité. Par conséquent, je me suis mis à la recherche de gens qui m’étaient diamétralement opposés. Et puis, j’ai commencé à ressentir une forte envie de leur mordre dedans : pas pour les tuer ou les manger, mais simplement pour grignoter leur chair. C’était une forme de désir purement sexuel, pas comme si j’avais envie de manger quelqu’un à chaque fois que j’avais faim. Mais vous savez comme moi que le désir sexuel est plus fort après un bon repas. Un jour, j’ai ressenti une forte envie de manger une fille. C’est absurde, n’est-ce pas ? En soi, c’est une faim différente de celle que l’on peut ressentir en face de la nourriture. Quand j’ai envie de manger de la chair humaine, j’ai une espèce d’appétit sexuel : si je ne suis pas sûr d’éjaculer assez fréquemment, le désir devient de plus en plus fort.

Et vous avez tellement refoulé cette envie irrépressible qu’elle a explosé sous la forme de… disons, l’« incident » de Paris ?

En allant étudier à Paris, je n’ai pas fait disparaître mes pulsions cannibalesques. Presque toutes les nuits je ramenais des putes chez moi, et je tentais de leur tirer dessus, par-derrière, pendant qu’elles se rinçaient le vagin dans le bidet. J’ai essayé des centaines de fois, mais pour des raisons obscures mes doigts se bloquaient et je ne pouvais pas appuyer sur la gâchette. À l’époque, c’était plus pour tuer une fille, peu importe comment, que pour la manger. Plus que la morale, c’était l’instinct qui arrêtait ma main. Quelque part dans mon esprit, je savais que moi et le reste du monde volerions en éclats au moment où j’appuierais sur cette gâchette. Quelque temps après, j’ai repéré la fille qui deviendrait plus tard ma victime. Elle assistait à un cours avec moi à la fac. Toutes les Françaises que j’avais rencontrées auparavant étaient belles, mais coincées et distantes. Cette nana, elle, était sympa et amicale. J’ai su après le meurtre qu’elle était juive, c’est probablement la raison pour laquelle un Japonais comme moi s’est trouvé plein d’affinités avec elle. Quoiqu’il en soit, nous sommes devenus amis. Puis, un jour, on a décidé de se faire une sukiyaki party (une fondue, ndlr) rien que nous deux, à la maison. Au moment où je l’ai vue se laver les mains dans la salle de bain, cette image a chevauché celles des putes se lavant dans le bidet, et inévitablement elle est devenue une autre candidate pour mon « rituel ». À partir de cet instant, chaque fois qu’elle venait chez moi, je me voyais la mettre en joue, de derrière. Mais, j’étais toujours incapable de tirer. Puis, un jour, un employé de mon père est venu à Paris, il m’a invité à manger japonais. J’ai eu de la fièvre ce jour-là, ce qui m’a sans doute rendu un peu délirant. Je n’arrêtais pas de penser à elle, au fait qu’elle me rendrait visite le lendemain. J’avais peur que le poisson cru que je mangeais ne me file une intoxication alimentaire, ce qui m’aurait empêché de réaliser ce fantasme qui m’obsédait depuis à peu près trente-deux ans.

Et vous avez donc ressenti d’autant plus la nécessité de le faire…

Oui. Le lendemain, donc, je l’ai braquée dans son dos, et je n’ai pas pu. Ça m’a d’autant plus excité, et j’ai su qu’il fallait simplement que je la tue. Je l’ai invitée à la maison deux jours plus tard, et comme d’habitude je me suis lentement faufilé par-derrière, j’ai pris une grande inspiration, je l’ai retenue quand mes poumons ont été à moitié pleins, et j’ai pressé la gâchette. Cette fois-ci, j’ai pu tirer. La fille a été tuée sur le coup, sans la moindre douleur. L’autopsie a montré que le flingue n’était pas suffisamment puissant pour que la balle traverse son squelette, donc elle a ricoché dans sa tête, encore et encore. Un instant, j’ai pensé appeler une ambulance, puis je me suis dit : « Attends, ne sois pas stupide. Tu en as rêvé pendant 32 ans et ça arrive maintenant ! » En premier, je lui ai entaillé les fesses. Sans me soucier de la profondeur. J’ai tranché, et tout ce que j’ai vu, c’est la graisse sous la peau. Ça ressemblait à du maïs, et il m’a fallu un petit moment un petit moment pour atteindre la viande saignante. Au moment où j’ai vu la barbaque, j’en ai extirpé un gros morceau avec mes doigts et je l’ai jeté dans ma bouche. C’était vraiment un moment historique pour moi. Ceci dit, ça n’était pas comme si je crevais d’envie de taillader son cadavre, alors c’est difficile pour moi de revivre cet incident et d’en parler, même aujourd’hui…

Mouais…

Ça doit paraître dingue venant de moi, mais au moment où cette fille est devenue un cadavre, j’ai réalisé que je venais de perdre une amie très chère et j’ai même regretté, un instant, de l’avoir tuée. Ce que je voulais, au fond, c’était la manger vive. Personne ne me croit, mais mon intention de départ était de la manger, pas de la tuer. Depuis ce jour, je me dis encore : « Si seulement elle m’avait laissé goûter, rien qu’un petit peu… » Si nous avions dîné encore une fois ensemble et parlé de nos familles, je n’aurais jamais été capable de la tuer. En d’autres termes, je ne peux pas projeter mes fantasmes sur quelqu’un qui m’est familier. C’est pourquoi mes candidates de départ étaient toutes des putes. J’ai connu beaucoup de femmes, mais je n’ai jamais songé à les manger à partir du moment où je les ai considérées comme des êtres humains, avec leur individualité propre. Les gens me disent que je l’ai tuée parce que je l’aimais, mais pourquoi aurais-je tué une fille que j’aimais vraiment ?

Vous l’avez mangée crue ?

En grande partie, oui. D’abord j’ai mordu dans son cul, je voulais tout de suite mâcher, mais c’est impossible ! La peau humaine est trop épaisse. J’ai fini avec la mâchoire endolorie, bien que je me sois arrangé pour laisser des traces de dents. J’ai fini par avaler son clitoris et des poils pubiens sans les mâcher parce qu’elle avait ses règles et l’odeur était tout simplement atroce. Mais c’est à ce moment-là que j’ai ressenti une espèce d’orgasme, comme si je me consumais de l’intérieur. Aussi, vous savez comment la viande de bœuf ou de baleine peut sentir, une odeur bestiale, assez forte ? La viande humaine est inodore. Je pense, à vrai dire, que la chair humaine est la plus goûtue qui soit. Cela n’a rien de faisandé. Quand j’en ai remangé quelques jours plus tard, juste avant mon arrestation, la viande s’était attendrie et avait un goût délicieux. La chair sur la plante de ses pieds puait, en revanche, et ça n’avait pas très bon goût. Le meilleur étant le cou. La viande a un goût plus délicat lorsque l’on remonte le long du corps, particulièrement sur le torse. Sa langue était délicieuse, aussi. Je l’ai sortie de la bouche et mâchée crue. Ni le cou ni la langue ne sont charnus, donc si vous voulez vraiment faire ripaille, il faut manger les cuisses.

Pour son nouveau livre, Fantasmes extrêmement intimes avec de belles filles, Sagawa a fait des dessins et parlé de femmes célèbres, dont Audrey Hepburn, Grace Kelly, Leni Riefenstahl et Julie Delpy

Je vais juste continuer tranquille avec mes questions comme ça je pourrais me tirer d’ici. Vous vouliez lutter contre votre sentiment d’insécurité en mangeant de la viande humaine ?

Non, ça n’est pas aussi conceptuel que ça. C’est simplement du fétichisme. À côté de ça, je voulais simplement lui mordre dedans et en connaître la saveur, plutôt qu’en manger la viande. Bien sûr, j’ai toujours cet appétit sexuel, je veux toujours manger une belle femme. Par exemple, si un type normal a envie d’une femme, il a naturellement envie de la voir aussi souvent que possible, d’être proche d’elle, de la sentir et de l’embrasser, non ? Pour moi, la manger est juste une extension de tout ça. Évidemment, la plupart des gens ne comprennent pas. Ce qu’il y a de certain, c’est que je veux manger la fille, mais ça n’implique pas nécessairement de la tuer. Une fois qu’elle est morte, elle n’est plus qu’un corps – une

chose

. Si cela avait été possible, je l’aurais mangée vive. Franchement, je ne comprends pas pourquoi personne ne ressent ce besoin de manger, de consommer d’autres gens. Vous n’avez jamais ressenti ça ?

Je dirais que mordiller tout doucement, ça me suffit.

C’est ce que tout le monde dit. Où est le problème, hein ? Georges Bataille disait que le baiser est le début du cannibalisme, et je suis d’accord avec lui. J’ai l’impression que le baiser est issu du même instinct, celui de vouloir goûter autrui. Mais c’est juste une opinion perso.

Donc vous ressentez toujours ces besoins cannibaliques.

Oh oui, très certainement. Ce désir de manger des gens devient tellement intense aux alentours de juin, lorsque les femmes se mettent à porter moins de vêtements et montrent plus de peau… Rien qu’aujourd’hui, j’ai vu une femme avec un très joli derrière sur le chemin de la gare. Quand je vois des trucs pareils, je me dis que je veux manger quelqu’un d’autre avant de mourir. Donc oui, j’entretiens toujours ce désir, et je veux manger une japonaise, la prochaine fois. Par ailleurs, je pense que le

sukiyaki

ou le

shabu shabu

(

de fines tranches à peine bouillies, ndlr

) sont les meilleures façons de préserver la saveur de la viande. Pouvez-vous s’il vous plaît passer un message à l’attention de celles qui souhaiteraient se faire manger par moi dans votre magazine ? À une condition : j’examinerai seulement les candidatures des belles jeunes femmes.

OK, je pense que ça peut se faire. Allons-y… Hey, les meufs – et particulièrement les jeunes et jolies Japonaises – qui lisent ça : Issei Sagawa aimerait vous manger. Si vous voulez être assassinées et bouffées par lui, n’hésitez pas à contacter Vice Tokyo, nous vous mettrons en contact.

Remarquez, ce que je dis c’est que je ne supporte pas l’idée de quitter ce monde sans goûter ce derrière que j’ai vu ce matin, ou ses cuisses. Je veux en remanger pendant que je suis en vie, alors je mourrai satisfait. J’imagine que je deviens égocentrique, mais si je peux aller au bout de ça, je n’éprouverai alors aucun désarroi à être guillotiné ou pendu, peu importe. Tout ce que je sais, c’est que je veux manger de la chair humaine une dernière fois. C’est quelque chose de délicieux. Il est pourtant notoire que la chair humaine n’a pas bon goût, mais cette rumeur a été répandue pour ne pas inciter les gens à transgresser ce tabou. Si les gens savaient la vérité, je suis sûr que tous les hommes se mettraient à manger des femmes. Donc personne n’en parle car cela créerait le bordel, mais je vous le dis, la viande humaine est extrêmement goûteuse.

Êtes-vous intéressé par d’autres trucs que la viande humaine ? Quid des excréments, par exemple ?

Manger des excréments ça va trop loin, mais j’ai une copine qui me laissait toujours boire sa pisse et sa salive. Elle refuse depuis qu’elle est mariée, mais avant elle se mettait au-dessus de ma tête et elle me pissait directement dans la bouche. C’était délicieux, et ça ne sentait pas du tout bizarre. Ce que j’ai trouvé étrange, c’est qu’après avoir accouché, elle s’est mise à déposer des bouteilles de son urine chez moi, pour que je les boive, mais je ne pouvais pas. Ça avait des relents de maternité, d’une mère qui prend soin de son bébé. C’est une chose horrible à dire, mais je crois que j’ai commencé à la voir plus comme une mère que comme une femme désirable.

Avez-vous un message à faire passer à toutes les nanas de la planète qui lisent ça ?

Bien sûr, j’aimerais inviter chaque femme qui veut me tuer à venir à ma rencontre. Les belles seulement. Ça serait pour moi la façon idéale de mourir. Peut-être qu’elle pourraient me faire une injection de morphine, comme ça je ne sentirais pas la douleur, bien que j’imagine que la douleur fasse partie du plaisir. Mourir instantanément est ennuyeux, donc je veux me délecter d’être tué. Une autre solution consisterait à me noyer dans leur salive. Ne serait-il pas merveilleux d’être englué dans leurs crachats ? Si je pouvais mourir ainsi noyé, mon rêve ultime deviendrait réalité. Je suis un mec plutôt lâche, qui a tué quelqu’un d’autre, et je ne me vois pas me suicider. Donc j’imagine que mourir de la main d’une femme serait ma voie vers la rédemption.

Qu’est-ce que vous feriez aujourd’hui, si vous n’aviez pas pressé cette gâchette à Paris ?

À mon âge, ça n’est pas anormal d’avoir des gosses. Mon plus grand regret est de n’avoir pas su donner des petits-enfants à mes parents. Mais pourquoi donc a-t-il fallu que j’appuie ce jour-là sur la détente ? Ça a eu un tel impact sur ma vie. Au moment où je l’ai tuée, d’instinct je me suis dit : «

Je ne suis plus un être humain.

» Je crois qu’il m’aurait été plus facile d’être condamné à la peine capitale. C’est tellement dur de vivre avec ça. C’est une raison suffisante pour ne jamais commettre à nouveau le même crime ! Vous ne pouvez pas imaginer à quel point il est difficile de vivre en observation. À cet égard, je pense sincèrement que la peine de mort sort les gens du misérabilisme, et va totalement à l’encontre de son but punitif. La famille de la victime dit toujours des trucs genre « je ne pardonnerai jamais, même si on le met à mort ». Ça n’a vraiment pas de sens. Même avec la prison à perpétuité, on vous donne des vêtements, de la nourriture et un abri, et en plus on vous permet de travailler. Mais si on vous laisse dehors, il vous faut trouver une façon de gagner votre vie et un endroit où vivre. Quelle est la pire punition ? C’est vachement brutal.

Vous gagnez votre vie en ce moment ?

Pendant l’été 1989, un tueur en série nommé Tsutomu Miyazaki a assassiné quelques jeunes filles, et les

mass media

se sont attroupés chez moi, pour connaître mon opinion sur lui. Ce genre d’exposition médiatique m’a finalement conduit à publier mes essais dans divers magazines. Depuis, je sors un ou deux bouquins par an. J’ai publié dernièrement mon vingtième ouvrage. C’est titré

Gokushiteki Bijogenso

. Cela dépeint mes sentiments à l’égard des femmes, sans pour autant s’attarder sur le côté cannibalique. J’espère que ceux qui le liront arrêteront de me voir comme un monstre.

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