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On a parlé à Petra Collins de son tee-shirt de vagin sanguinolent pour American Apparel

Quelques commentaires sur une controverse aussi éloquente qu’inutile.

Patrick  McGuire

Patrick McGuire


Voici le plus controversé des tee-shirts sur les saignements menstruels de tous les temps, par Petra Collins. Via American Apparel

Mon amie Petra Collins – qui a rendu toutes sortes de travaux photographiques merveilleux pour VICE, avec son collectif féminin The Ardorous – a provoqué une incroyable tempête de controverse cette semaine. Petra a conçu un tee-shirt pour American Apparel dans lequel de simples traits dessinés représentent une femme aux poils pubiens qui se branle pendant cette période particulière du mois. Toutes les personnes qui ont du mal avec la sexualité féminine ont déclaré que ce tee-shirt était au choix « ignoble», « dégueulasse », « vulgaire », « répugnant ». Le tee-shirt à 20 € de Petra a fait l’objet d’articles sur The Daily Mail, le Huffington Post, TIME et tout un tas d'autres journaux et blogs qui essaient de « comprendre » la controverse.

Pour enfin avoir une conversation rationnelle et intelligente à propos du dessin sur ce tee-shirt qui a bouleversé tout un tas de gens, j’ai skypé Petra avant-hier soir.

VICE : T’en penses quoi de cette tempête médiatique que tu as engendrée ?
Petra Collins : 
C’est cool, mais je ne suis pas surprise. C’est exactement ce que j’espérais parce que ça appuie mon point de vue.

Ah oui, donc c’est un tee-shirt à message. Quel message ?
Que nous sommes encore très choqués et consternés par un truc hyper naturel – et c’est marrant de voir que malgré toutes les images, disponibles partout, sexuellement violentes ou très désobligeantes, ça reste quelque chose d’apparemment très, très choquant. En plus, sur mon tee-shirt, c’est un dessin au trait, ce n’est même pas une image complète.

Ouais. Dans GTA V je peux chasser une personne âgée dans la rue et lui tirer dessus 60 fois avec un fusil à pompe. Je peux faire ça pendant des heures si j’en ai envie. Tout le monde s’en fout. Et maintenant, ton tee-shirt est devenu une honte pour l’humanité.
C’est ça, une honte pour l’humanité.

Comment t’as réagi quand tu as vu que la controverse montait ?
Si tu veux vraiment savoir ma réaction, j’étais morte de rire. J’ai appelé ma sœur et on s’est juste dit : « Oh putain. » Au fond, ça m’attriste vraiment, mais j’ai quand même trouvé génial le fait de choquer tous ces médias mainstream.

J’ai fait une brève interview pour City TV – ils ont filmé pendant deux secondes et je ne me souviens même pas de ce que j’ai dit –, et ils ont édité le truc en ajoutant les réactions des gens dans la rue qui disaient « oh, c’est dégueulasse » et d’autres trucs du genre. À l’exception d’un mec, qui trouvait ça bien.

Je viens justement de voir une pub pour American Apparel sur le site de City TV.
[Rires] Ils ont choisi un titre genre : « Le dessin de ce tee-shirt est-il allé trop loin ? » C’est le meilleur moyen de présenter la chose. La femme qui me parlait avec sa voix sérieuse de présentatrice essayait d’éviter d’utiliser des mots trop précis, donc je lui disais : « Oh, masturbation, vagin et poils pubiens ? » Elle avait du mal à me répondre. Je la comprends : « vagin », c’est un mot tellement scandaleux.

Ce genre de question, « est-ce que ça va trop loin », me fait pas mal marrer. Et si c’était vraiment allé trop loin ? Il se passerait quoi ? On va brûler tous les tee-shirts ?
[Rires] Ça, et le fait que ça ne soit qu’un dessin qui va à l’essentiel. Quelques traits, c’est tout.

Qui l’a réellement dessiné ?
Mon amie Alice Lancaster [également membre de The Ardorous]. Ça l’a évidemment fait beaucoup rire aussi. Nous avons beaucoup gambergé sur ce que nous voulions vraiment – je lui ai dit que je voulais voir, sous un angle précis, une fille qui se masturbait. Elle n’a pas arrêté de dire : « C’est compliqué ! Il va falloir que je fasse un selfie et qu’ensuite je me dessine. Tu veux bien prendre la photo ? » Ça a été très compliqué à réaliser, en fait.

Un vagin sanguinolent dessiné au trait demande beaucoup de travail.
Ouais, c’est très dur ! En réalité, elle m’a donné trois dessins, j’ai pris les trois et les ai assemblés en un seul, et j’ai peint le sang en aquarelle.

Tu portes ce tee-shirt en public ?
Ouais, bien sûr.

Lorsque tu as montré ce tee-shirt à American Apparel, ils ont aimé ?
Grave ! Aucun problème là-dessus, ce qui est très cool.

Ils n’ont pas du tout réagi ?
On a juste eu à réfléchir sur comment placer le graphique sur le tee-shirt, mais en dehors de ça, c’était juste « cool, merci ». En gros, c’était ça.

Ça tranche avec toute cette controverse.
J’ai aussi des commentaires insensés sur Instagram.

C’est quoi les pires choses que les gens aient dites ?
La plupart des gens qui me suivent savent à quoi s’attendre. Ils sont normaux et cools. Mais une nana a pété un plomb : « C’est quoi ce bordel ? Pourquoi quelqu’un porterait un putain de tee-shirt avec un vagin sanglant, béant, et un trou du cul sur soi ? Pour être un hipster ? Encore merci American Apparel. »

J’ai toujours peur des gens qui me répondent sur Instagram parce que je n’ai pas envie de perdre mon profil donc je dois bloquer un tas de gens en permanence. En voilà une bonne : « Après avoir réellement vu une meuf chier, c’est la pire chose que j’aie jamais vue. La femme est la plus belle création du monde mais ces choses que les femmes doivent subir... je ne demande pas à les voir sur un tee-shirt. C’est juste putain de dégoûtant. Sur n’importe quel corps de rêve, si tu portes ce tee-shirt, c’est un tue-l’amour, désolé ! Mais n’importe quel type de publicité reste de la publicité, n’est-ce pas ? »

Selon toi, pourquoi les gens sont-ils si dégoûtés par le fonctionnement naturel d’un corps féminin ?
Les règles – et les poils pubiens –, ça terrifie les gens. Il y a des poils pubiens sur le dessin, ce qui, j’imagine, est super choquant, à tel point qu’ils n’arrivent pas à passer à autre chose. Parfois, j’ai l’impression d’être à côté de la plaque, j’oublie à quel point les gens peuvent être fermés.

Les femmes adultes ont tendance à réprimer ce corps post-pubère, ou juste le cacher. Lorsque tu entres dans la puberté et que les poils commencent à pousser, on t’apprend à les raser : personne n’est censé les voir. Quand t’as tes règles, il faut le cacher – personne n’est censé le savoir. C’est oppressant. Je ne veux pas rentrer dans ce débat, mais y’a un côté pédophile dans cette volonté de nier le corps de la femme adulte.

Tu connais ces tee-shirts de mauvais goût qui font croire que tu as des seins ? Je voulais me réapproprier l’idée et créer un dessin puis féministe, et surtout plus esthétiquement réel.

Cool. J’ai trouvé bizarre que les gens s’énervent sur les poils pubiens.
J’ai eu la chance d’être invitée au cours magistral sur le féminisme que donne Allyson Mitchell à l’université de York [Petra a 20 ans]. J’ai présenté mon travail, notamment ces photos – que tu as vues – de mes sous-vêtements avec des poils pubiens qui dépassent.

Ça ne m’avait même pas effleuré l’esprit que ces poils pubiens puissent choquer les gens, mais la classe a hurlé. J’avais tellement de filles qui disaient : « Mais c’est dégueulasse, pourquoi tu montres ça ? » J’ai trouvé cette réaction de choc et de dégoût passionnante, surtout en plein cours de féminisme.

Les poils pubiens de Petra via The Ardorous

C’est intéressant. De toute évidence, les gens peuvent s’afficher avec ce tee-shirt, parce que la personne que ça va offenser n’aura qu’une chose à dire : « C’est dégueulasse. » Mais pourquoi c’est dégueulasse ? Les gens ont peur des vagins ? C’est vraiment ça ?
[Rires] Ouais, carrément. On en revient à la femme soumise et au mâle dominant. Les femmes sont censées être soumises, elles ne sont pas censées prendre le contrôle sur leur sexualité ; j’imagine donc que c’est effrayant lorsqu’une fille devient pubère et poilue.

Et puis, même si ça évolue un peu, la masturbation féminine choque beaucoup plus que la masturbation masculine, qui, elle, est considérée comme normale.

Parlons des 16 city-tours que tu as fait avec Tavi Gevinson du magazine Rookie, vous êtes allées où pour choper des jeunes filles qui veulent bien parler de ces choses-là ?
Ouais, c’est tellement cool de voir des jeunes filles aussi intelligentes et malignes. Récemment,j’ai mis en place un endroit dans un école, Seed, où les adolescentes de 12 à 18 ans peuvent se voir pour sortir et parler de tout ce dont elles ont envie.

Le premier meeting a eu lieu il y a un an, et 50 nanas se sont pointées. C’était les deux heures les plus folles de ma vie. C’était une expérience qui m’a autant brisé le cœur que réconfortée, parce que toutes ces filles étaient capables de s’asseoir et de se parler entre elles, en s’adressant à tout le monde, à propos de tout ce dont ellesvoulaient réellement parler, y compris les choses qu’on aà cacher. On a eu beaucoup de retours positifs. L’année dernière, une mère est venueme dire à quel point je comptais pour sa fille, et ça me fait encorepleurer rien que d’y penser.

Moi aussi je suis un peu ému, là. Quel est le message que tu voudrais adresser à tous ceux que tu as offensés ?
Sincèrement, si t’es stressée à ce point et que c’est un sujet sensible, tu devrais sans doute te masturber un bon coup et tu te sentiras mieux – après ça, repenses-y.

Branle toi et après on débriefe.
Ouais, parce qu’après, tu seras heureuse – ça s’adresse surtout à ces filles qui sont vraiment contrariées. Dirige juste ta main vers le bas et vois par toi-même.

Suivez Petra sur Instagram : @petracollins

Suivez Patrick sur Twitter : @patrickmcguire

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