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Vice Blog

ON A PARLÉ AVEC PAUL MAJOR DE ENDLESS BOOGIE, LE MEC LE PLUS CLASSE DU MONDE

30.8.10

Endless Boogie, c'est le genre de groupe pour lesquels le temps ne compte pas. Et pas seulement parce que la plupart de leurs morceaux dépassent allègrement les dix minutes, mais surtout parce que lorsqu'ils jouent, tous en cadence, on ne voit pas le temps passer. La section rythmique fait son chemin machinalement, un peu comme les beats proto-motorik des Seeds ou des Fugs, alors que les guitares se superposent et se pavanent comme des lycéens nonchalants. Huit ou neuf minutes peuvent se passer pour qu'on en vienne à se rendre compte que le bassiste joue les deux mêmes notes depuis le début, au moment même où il entame un solo nucléaire qui durera autant de temps.

Pour autant, les mecs de Endless Boogie sont aimés de tous : plein de groupes les citent en référence et les critiques spécialisés les adorent. Ils ont des passés longs comme le bras, et ont joué dans des groupes depuis les années 1970. Mais j'étais un peu sceptique à l'idée d'interviewer leur frontman et guitariste, Paul Major. Car d'un côté, les artistes qui disent beaucoup de choses à travers leurs morceaux sont rarement aussi loquaces lorsqu'il s'agit de parler de leur musique. Et de l'autre, quelqu'un qui est capable de tenir un solo de sept minutes ne doit pas franchement aimer parler aux autres. J'ai été surpris de m'apercevoir qu'en fait, Major était quelqu'un de clair, d'expressif et surtout, de profondément gentil. Il m'a parlé de groupes obscurs comme B.F., Trike and the New Tweedy Boys, avec l'enthousiasme d'un mec qui vit la tête dans ses disques toute la journée. Il n'a même pas toussé lorsque j'ai mentionné des noms comme les Pixies ou U2, et avait l'air plutôt au courant des modes musicales du moment, mais aucunement concerné par savoir si son groupe avait quelque chose à voir avec elles.

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Il réfléchissait avant de répondre à chaque question, et s'est excusé à chaque fois qu'il m'a accidentellement interrompu. Et tout ça de la part d'un mec dont le plus grand espoir est de faire le vide dans son esprit et de laisser le son le traverser.

Vice : Qu'est-ce que tu faisais avant Endless Boogie ?

Paul Major : Mon histoire a commencé il y a longtemps, au milieu des années 1970. Je crois que ouais, j'ai fait partie d'un des tout premiers groupes punk à St. Louis, ou plutôt pre-punk, puisqu'on avait commencé quelques années avant tous ces trucs de '77. On faisait des reprises du Velvet et des Stooges, et on écrivait aussi nos propres morceaux psych-folk bizarres. On faisait des trucs étranges avec des fouets et des scies à métaux, on a même essayé d'enregistrer un morceau en sciant un morceau de bois, ce qui était plutôt compliqué. On s'appelait les Moldy Dogs. Puis je suis venu à New York et j'ai monté plusieurs autres groupes avec le même mec. Mais quand je suis arrivé, je me suis mis à écouter de plus en plus de hard rock, et on a en quelque sorte splitté lui et moi. Puis j'ai eu un groupe qui s'appelait The Sorcerers, on reprenait des morceaux de Hawkwind et Motörhead et faisions des morceaux dans la même veine : de très longues chansons, très lourdes, pre-punk metal. Ensuite, je me suis arrêté quelque temps et suis parti me marier dans le New Hampshire, et j'ai vécu à la campagne pendant un moment. Je suis revenu à New York par la suite, et à cause de ma tendance à collectionner les disques, j'ai rencontré des amis suédois qui venaient d'arriver en ville, on a répété quelquefois ensemble, et ça a donné Endless Boogie.

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Vos morceaux me rappellent le vieux hard rock des années 1970, mais pas vraiment les plus connus. Les groupes underground partageaient des similitudes sonores et gestuelles avec les groupes mainstream, à ceci près que les groupes stars poussaient ces caractéristiques beaucoup trop loin. Je veux dire, quand Peter Crisis fait un solo de batterie sur 16 caisses claires, c'est dégueulasse, mais lorsque c'est un ado californien de 14 piges, ça devient de la bravoure — c'est presque héroïque. Je pense que Endless Boogie se reconnaît plus là-dedans, non ?

En fait c'est le seul moyen que nous connaissons pour faire de la musique. On a aussi d'autres morceaux plus concis que l'on sort de temps en temps. Au cours des années, on a eu envie d'imiter des morceaux qu'on aimait vraiment, parfois issus de la période 60's psychédélique, parfois du punk '77. Mais on a toujours besoin d'étendre notre musique. Quand nous jouons sur scène, on joue pratiquement de la même façon que chez nous, mais à un moment, on commence toujours à prendre d'autres directions, serpenter… Si le concert est vraiment bon, on essaie de conserver cet instant-là et de poursuivre dans ce sens.

C'est ce que vous allez faire lorsque vous allez ouvrir pour Pavement le mois prochain ?

On va juste faire comme d'habitude. On ne change pas de formule, où que nous jouions. On peut sentir l'envie de faire de telle façon ou d'une autre, mais ce n'est jamais réfléchi. On ne se projette pas à l'avance dans notre show, jusqu'au moment où nous rentrons sur scène. On sait que l'on jouera certains morceaux, puis qu'à un moment on sentira un souffle frais et qu'on continuera dans cette direction. Mais en revanche, on ne se dit jamais « Hé, on va jouer celle-ci parce qu'on sait que si on la joue, elle aura tel ou tel impact ».

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J'imagine que parfois, le public n'est pas dedans tout de suite.

Ça peut arriver. On est tombés sur des endroits où les mecs dans la salle attendaient le groupe suivant, frigorifiés. Il nous est arrivé de vivre ces moments-là, du coup on continue de jouer et de faire monter la tension, de garder le rythme, et finalement les gens se lâchent avec nous. On ne change pas de formule pour autant, on essaie juste de faire en sorte que les gens s'amusent. Pas de tactique !

J'ai entendu dire que vous aviez enregistré Full House Head, votre dernier album, en deux heures. Pourquoi si vite ?

Je crois que ce qui est arrivé plus vite que prévu, c'est qu'on a tous pu se retrouver en studio et enregistrer.

Vous vous fixez des règles sur la manière dont vous enregistrez ? Pas de pro-tools ou de trucs dans le genre j'imagine.

On ne se sert pas de la technologie à vrai dire, on essaie plus de retrouver l'énergie du live et de la projeter dans cette situation particulière. Pour cet album, nous voulions enregistrer cinq ou six heures de sessions et retenir le meilleur, notamment des improvisations et des riffs que nous avions trouvés sur le moment. Vraiment, retrouver le truc du live. Encore une fois, rien n'est prévu à l'avance, on réagit juste en fonction de ce que l'on fait, quitte à retrouver sur l'album les idées les plus bizarres qu'on ait eues.

Ce genre d'explorations soniques, de même que la culture jam en général, ont à voir de près ou de loin avec les drogues. Est-ce que ça affecte ce que vous faites, la manière dont vous travaillez, et la façon dont le public doit percevoir votre musique ?

Je pense qu'il existe une sorte d'ouverture d'esprit sur le long terme, mais définitivement, je crois qu'on a rien à voir avec toutes ces histoires de drogues. Ce serait gênant de penser à des trucs comme ça au lieu de faire de la musique. Beaucoup de ces jam bands tendent à faire plein de longs solos, d'être très « musiciens » et d'aboutir à quelque chose de jazzy en essayant de mettre toutes ces idées bout à bout et de les assembler. Je pense que ce que l'on fait se rapproche plus du Velvet Undergound et de ces bootlegs géniaux des années 1960. Notre volonté est celle de créer une forme de groove, d'être un groupe pour danser, et d'incorporer des éléments soniques plus rock n' roll par dessus. On tient plus à retrouver une forme de sensation, de groove, plutôt que de chercher des notes qui iraient bien ensemble et de composer une symphonie classique.

ETHAN SWAN