FYI.

This story is over 5 years old.

Vice Blog

QUELQUES IMAGES DE GANG PAR PAT MOORE

15 octobre 2010, 3:00pm

Depuis quelques années, Toronto est remplie d'horribles photographes amateurs suffisants. Grâce à Dieu, le règne des reporters de soirée est peu à peu en train de s'éteindre, et avec eux toute cette traînée de photographes lo-fi sans intérêt qui prennent des photos de tout et n'importe quoi sans se soucier de savoir si c'est joli ou non. J'ai récemment rencontré Pat Moore, un photographe de Toronto qui s'intéresse en majorité aux filles bonnes et aux gangs de prisonniers de L.A., et qui s'est finalement avéré être un mec normal qui aime bien boire de la Horchata. Si vous aussi vous aimez ce que fait ce mec et que vous habitez près de Toronto, n'hésitez pas à aller voir son exposition.

Vice : La photo prend beaucoup de temps et ne rapporte finalement que peu d'argent, pourquoi avoir choisi ce métier ?
Pat Moore : Je pense que les gens sont touchés par la nostalgie qui peut se dégager de certaines photos. Je passe pas mal de temps dessus, je ne me contente pas de shooter, shooter, shooter, puis voir ce que ça donne plus tard. Je crois que pas mal de photographes se contentent de ça, tirent la photo, y ajoutent un effet quelconque, puis se disent : « OK super, suivante ! » Même si rétrospectivement j'ai fait pas mal de trucs à L.A., je n'ai shooté la même personne que très peu de fois au final. Au bout de trois, quatre photos, les mecs étaient là « OK, OK, ça suffit ». Ce ne sont pas des gens qui aiment tellement se faire prendre en photo. Je ne tirerai jamais de prints pour des covers de magazines comme genre, Matt Barnes. Mais Matt Barnes en revanche se fait payer très cher pour des photos sponsorisées Nike ou des grosses marques du même genre. Je ne suis pas vraiment dans ce genre de trucs. Je prends des photos pour raconter une histoire.

Tu peux me dire quand Gemini Magazine a débuté ?
J'ai sorti le premier numéro l'année dernière. C'est un bon moyen de montrer ses photos sur un vrai support autre qu'internet, dans lequel t'es noyé et où tu oublies aussitôt le lien sur lequel tu viens de cliquer. J'avais l'habitude de collectionner les magazines, un peu comme les hardcore kids dans les années 1980. Je pense que les fanzines sont un genre de « mode » si tu veux, mais je continue de penser qu'ils sont bons. J'ai un ami à Montréal qui a imprimé le mien, et je me suis inspiré de lui et de sa méthode pour ceux d'après. Du coup, je me suis dit, OK, prenons plein de photo de filles pour le numéro « GIRLS GIRLS GIRLS » et je mettrai mes photos de L.A. dans le numéro suivant. Une autre fois, j'ai incorporé des colonnes genre, « Love the music, hate the kids », « Drugs, money, sex and violence », et j'ai rajouté des photos autour de ces thèmes-là par dessus.

Tu as l'air d'être une sorte de prosélyte des drogues, mais il me semble que tu es straight-edge, non ?
Ouais, mais j'ai beaucoup de potes qui fument de la weed et qui prennent toutes sortes de drogues. Ça me fait penser à la photo que j'ai prise d'un mec dans le deuxième numéro, dans laquelle il tient un couteau et où l'on voit une énorme cicatrice qui court le long de son ventre. Ou une autre série dans laquelle j'ai pris plein de mecs du ghetto que j'ai intitulée « Hoods in America ». La plupart étaient juste des mecs de Caroline du Sud tout à fait normaux, et d'autres étaient de vrais membres de gangs qui venaient juste de sortir de prison. Là, je prends des photos de gangs de L.A. Mais tu vois, je ne suis pas un gangster pour autant.

Et, comment t'es rentré en contact avec ces gangs ?
Oh, par des amis communs pour la majorité.

Non, sérieux ?
OK, alors c'est mon pote Hambone qui m'a présenté son pote Roc qui habitait Anaheim. C'est une histoire assez compliquée - Roc fait partir d'un club de moto que je voulais documenter en premier lieu. Mais il a aussi monté une sorte d'église alternative dans les années 1980. Leur pasteur est un Mexicain, un ancien détenu dont le visage est couvert de tatouages. Tu vois, les gens qui viennent dans cette église sont assez « différents » des gens de la vie de tous les jours. Ils sont là pour aider les gens - je ne pense pas qu'une église normale accepterait de prendre en son sein des gens avec des tatouages sur la face, qui sortent tout juste de prison et qui ont un sérieux problème avec les drogues en tous genres. C'est une église qui est faite pour ces gens-là. Elle accepte beaucoup d'ex-détenus, et d'autres qui sortent juste de désintox.

C'est donc Roc qui t'a présenté à tous ces gens.
Oui, tout est basé sur la confiance. Roc n'aurait jamais fait ça pour moi s'il ne faisait pas confiance à mon pote Hambone.

Et ces types sont toujours dans des gangs ?
Certains sont inactifs aujourd'hui, mais ils appartenaient à un gang avant. Leur classification se faisait par race - si t'es blanc, t'es dans la Fraternité aryenne, si t'es Mexicain, t'es dans la mafia mexicaine. J'ai la photo d'un type qui était dans la Fraternité aryenne, il a presque 40 ans maintenant et a passé la moitié de sa vie en prison.

Qu'est-ce qu'il avait fait ?
Je ne lui ai pas demandé. C'est un peu impoli de demander à quelqu'un « Alors, quel crime t'as commis ? » la première fois que tu le rencontres. Le fait d'avoir été aussi proche d'un type qui s'est fait tatouer un svastika énorme sur la tête me suffit amplement. C'est déjà pas mal qu'il m'ait laissé le prendre en photo.

Il t'est jamais arrivé de merdes ?
Un jour, je suis allé à une fête pour photographier des membres actifs de gangs. Roc et ses amis ont grandi dans la rue où on allait, à L.A., donc il y avait pas mal de leurs potes mais ça faisait un moment qu'ils n'étaient pas revenus dans le coin.
Quand on s'est garés, on avait un flingue braqué sur la figure. Ils devaient probablement penser qu'on allait faire un drive-by shooting, mais on était juste en train de chercher la maison où se déroulait la fête. Un type a débarqué et a menacé Roc de son flingue, mais il l'a reconnu juste après.

Et que suggère le code des gangs dans ces cas-là ? Il faut s'excuser, genre « Mince, désolé d'avoir manqué de te tirer en pleine face » ?
Non, ils ne se sont pas vraiment excusés. Le mec a juste fait « T'as eu de la chance, j'ai bien failli te tirer dessus ». C'est leur style de vie. Si tu conduis une voiture que personne ne connaît dans cette rue, on va te dire « Qu'est-ce que tu fous là ? T'as rien à faire ici. » C'était des Mexicains, un gang de rue latino.

Ils t'ont reproché ta présence ?
Manifestement, j'étais avec de bons potes à eux, mais certains mecs ne voulaient vraiment pas de moi. Ils ont refusé de me serrer la main, et j'ai vite senti que je n'étais pas le bienvenu.

C'était que des Mexicains ?
Ouais, il y avait un noir aussi, ce qui est assez grotesque puisqu'en ce qui concerne les gangs, c'est bien connu que les Mexicains et les Noirs se détestent. Si tu tapes Mexican Vs Blacks sur YouTube, tu tombes sur plein d'émeutes en prison. Mais le gang que j'ai pris en photo comprenait un membre noir. Il vit dans cette rue depuis qu'il a 13 ans - il a même tatoué le nom de la rue sur sa tempe et sur sa gorge, donc ça passe. C'est quand même étrange, parce qu'il faut vraiment être au plus bas pour recruter un blanc ou un noir dans ton gang.

Tu devais être surpris d'être accepté.
Je n'ai pas été accepté dans le gang. C'est juste que ça ne les dérangeait pas que je les prenne en photo. Ils ont clairement vu que je n'avais pas été embauché en tant que photographe, j'étais juste un mec avec ses amis qui voulait prendre des photos.

Qu'est-ce qui t'attire autant à L.A. ?
C'est tellement loin de chez moi. L.A. est vraiment une ville différente. J'aime la culture Latino - la nourriture, la langue - j'ai vraiment envie de l'apprendre parce que je me sentirais plus respectueux lorsque j'entame une conversation avec eux. C'est un endroit unique au monde. Je trouve que Toronto essaie de ressembler à New York. New York essaie de ressembler à Londres, ou Paris. L.A. n'imite aucune ville. Oh, et j'adore l'Horchata - j'ai enfin trouvé de l'Horchata à Toronto, dans un Mexitaco. C'est très bon, mais pas autant que chez moi.

Tu photographies beaucoup de filles qui ont des seins énormes.
C'était juste cette fille. On ne va pas parler d'Elyda cela dit, je n'ai pas envie de la valoriser.

Comment tu t'es arrangé pour que les filles acceptent de se faire prendre en photo ?
J'en sais rien, je prends mes amis en photo, mes modèles sont des gens que je connais la plupart du temps. Dans le numéro « GIRLS GIRLS GIRLS », il y avait plein de filles différentes : des grosses, des super maigres, des tatouées, des non tatouées, des hipsters, des filles qui se sapent vintage, des grunges… Tu vois ce que je veux dire ? Toutes les filles possibles. C'est ce que je préfère, ne pas me consacrer uniquement à un style de fille. Tous les goûts sont dans la nature.

Ta première exposition est pour bientôt, à Toronto.
Ce sera sur tout mon travail centré sur L.A. Je pense qu'elle plaira à un plus grand public.

Il y aura à manger ?
Ouais, on va faire venir des petits gâteaux de Los Angeles… non je déconne.

Il y aura quoi comme musique ?
Des trucs West Coast - je vais peut-être mettre un peu de hip-hop mexicain comme Delinquent Habits, Psycho Realms ou Cypress Hill. J'ai utilisé des pellicules pour toutes les photos, qui seront exclusivement en noir et blanc.

Tu penses que tu seras un gangster mexicain dans une autre vie ?
C'est marrant, j'en parlais avec mon ami Scott l'autre jour. On parlait de Morrissey - il aurait voulu être Mexicain, c'est la seule chose qu'il aurait aimé changer chez lui.

Les Mexicains adorent Morrissey.
Les Mexicains sont férus des Smiths et de Morrissey, c'est vraiment bizarre. J'ai rencontré plein de gens au Mexique qui aiment Morrissey, parce qu'il fait des concerts pendant une semaine en Californie et au Mexique. Pour eux, c'est une putain de légende.

NADA ALIC