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Vice Blog

ET SI LES CLASH, C'ÉTAIT DE LA MERDE ?

2.12.10

Vince White n'a pas le temps pour les poseurs. Dans son livre Out of Control, il parle de l'époque où il était guitariste pour le groupe The Clash, dont la séparation était imminente. Pendant trois-cents pages, il parle de l'imposture de la mode, de la vénalité de l'industrie du disque et des fans aussi abrutis qu'obséquieux, tout en prenant soin de démonter chaque connard qu'il a eu le malheur de croiser.

Et il y en a eu beaucoup. White fut le dernier à rejoindre le groupe avant leur déclin et la sortie du pitoyable album Cut the Crap. Le guitariste précédent, Mick Jones, avait été viré parce qu'il était « trop fainéant ». De son côté, le batteur Topper Headon est parti de lui-même afin de se consacrer pleinement à son addiction pour l'héroïne. Deux clones - Nick Sheppard et Pete Howard - sont venus les remplacer.

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Afin de les remuer un peu, leur manager un peu fou, Bernie Rhodes, leur a proposé d'embaucher d'autres personnes afin que la street cred du groupe reste intacte. De grandes auditions se sont ensuivies, où cent personnes ont nourri l'espoir de pouvoir jouer un jour pour un « gros groupe ». Le jury a plutôt apprécié la performance énergique de Vince, qui a ainsi entamé une nouvelle vie hors du commun en se retrouvant projeté dans un des plus grands groupes de rock au monde.

Il a détesté. Rhodes organisait des « réunions de groupes » légèrement maoïstes, où les membres devaient, tour à tour, dire ce qu'ils n'appréciaient pas chez les autres. Même s'il touchait un gros salaire, Rhodes les payait seulement 100 £ par semaine, tout en protégeant l'égo d'un Joe Strummer déphasé et sans ressource. Lorsque les choses ont commencé à se gâter, Rhodes a tenté de devenir auteur, en s'impliquant dans les sessions d'enregistrement de Cut The Crap au point d'imposer à White les notes qu'il devait jouer. Quand Strummer a décrété qu'il ne voulait plus faire partie du groupe, Rhodes s'est mis à répéter « Plus qu'un groupe de gens, The Clash est avant tout une idée », en essayant de convaincre le dernier fondateur restant, Paul Simonon, de devenir chanteur et de jouer avec trois autres mecs qu'il n'avait jamais vus de sa vie. Malgré tout, White précise que Simonon n'a joué que pour le premier album des Clash, et qu'après, toutes ses parties basses ont été enregistrées par d'autres personnes. Il s'agit d'un magnifique récit relatant les hauts et les bas d'une rockstar. Quelques années après la scission du groupe, Vince White et Topper Headon gagnaient leurs vies en conduisant des taxis près de Camden.

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On avait très envie de parler à ce type, et ses premiers mails nous ont permis d'apprécier pleinement sa prose. Deux lignes, sans salutations : « Ça dépend si vous avez VRAIMENT lu mon livre et regardé mon site. À quoi ça va ressembler ? Vous allez poser quel genre de questions ? » Mais il a fini par accepter, et il n'était pas si nerveux que ça. Juste un peu.

Vice : Salut Vince. Ton livre s'est vendu à combien d'exemplaires ?

Vince White : Je n'en ai pas vendu énormément, parce qu'aucun éditeur ne voulait le publier et il n'a reçu aucune promotion. J'ai dû m'en charger tout seul. Je dirais que j'en ai vendu assez pour que mon travail soit récompensé.

D'après toi, Joe Strummer pensait vraiment ce qu'il disait dès qu'il abordait un sujet politique ?

À mon avis, il pensait tout ce qu'il disait quand ça lui convenait, et il ignorait ce qu'il n'aimait pas. Le monde est peuplé de gens qui croient profondément en leurs conneries.

Est-ce que tu peux me décrire un moment particulièrement choquant où Bernie endoctrinait Strummer ?

Je n'ai pas envie de faire mon conspirateur. Joe n'était pas sans défense et savait très bien ce qu'il faisait. C'est particulièrement dû au fait que Joe ait tenu Bernie responsable du succès que rencontraient les Clash depuis leurs débuts. Bernie a fait de John Mellor la superstar qu'il est devenu, Joe Strummer. Il l'a aidé à se faire connaître, et c'est pour ça qu'il était prêt à lui laisser prendre le contrôle du groupe. Il devait penser « S'il a réussi une fois, il pourra le refaire ». Joe n'avait pas assez confiance en lui pour prendre autant de responsabilités. Il y avait beaucoup trop de trucs en jeu. Si tout finissait par s'écrouler, il pouvait toujours dire que c'était la faute de quelqu'un d'autre, tu vois ce que je veux dire ?

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Les managers ont été assez bêtes de t'embaucher juste pour avoir un membre en plus, sans réaliser que c'est le meilleur moyen de tomber sur un connard prétentieux à problèmes, non ?

J'imagine que tu me considères comme un connard prétentieux à problèmes ? Je ne comprends pas la question parce que ce n'est pas la vision que j'ai de moi-même, que ce soit avant ou maintenant.

Dans une interview récente, tu expliques que tu ne penses pas que le multiculturalisme puisse marcher. Mais les Clash soutenaient vraiment l'idée d'une unité noire et blanche, Rock Against Racism, Victoria Park et tout ça, tu devais te douter que ça ne fonctionnerait pas ?

Bien sûr, mais on s'est toujours entendu là-dessus. Je l'explique dans mon livre. J'étais agréablement surpris de voir que la politique était un sujet rarement abordé au sein du groupe, donc je n'ai jamais dû faire de compromis. Bernie disait qu'il était contre cette histoire de Victoria Park, et je suis d'accord avec lui. Rock Against Racism ? Ce truc est pathétique. Ils auraient dû s'appeler MUZAK POUR LES DÉBILES. Soyons clairs en ce qui concerne le multiculturalisme : je pense que dans une certaine mesure, l'immigration peut être bénéfique pour un pays, mais une politique ouverte où tout le monde viendrait à sa guise partout dans le monde entraînerait une destruction de la culture et des nations. Ça provoquerait une culture mondiale normalisée, qui ne serait même pas une culture mais une entreprise qui s'appellerait WORLD INC. Ce que je déteste, c'est devoir suivre le plan de quelqu'un que je n'approuve pas, sans en avoir le choix.

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Tu trouves ça drôle que tout le monde pense - parce que tu étais un jeune punk - que tu es quelqu'un de gauche, socialiste et orthodoxe alors qu'il n'en est rien ?

Je ne vois pas ce qui est drôle quand on voit que les gens sont complètement endoctrinés et ont perdu leur individualité au point de ne plus pouvoir penser par eux-mêmes et d'essayer de mettre chaque personne dans une case prédéfinie. C'est dégradant et ça me déprime.

Tu as déjà rencontré Mick Jones ? Il était gentil avec toi ?

Ouais, mais il était plutôt distant. Je pense qu'il était un peu contrarié que je lui aie piqué son job.

Et le reste du groupe ? Qu'est-ce qu'ils ont pensé de ton livre ?

Nick et Pete étaient très contents que je sorte quelque chose. C'était avant tout mon histoire, mais elle leur parlait aussi. Après tout, ils ne s'en sont pas si bien sortis par la suite. On a vraiment été victimes d'une injustice. Du côté de Strummer, les gens étaient moins ravis ; ils ne m'aimaient pas et ils ont même répandu une rumeur selon laquelle j'allais jouer avec The Mescaleros pour une de leurs œuvres de charité qui offraient des guitares aux enfants pauvres. Cette période a vraiment été passée sous silence. Quand il y a eu cette histoire du Music Hall of Fame, je leur ai proposé de leur envoyer un exemplaire de mon livre pour qu'ils puissent l'exposer au musée avec le reste. Ils ne m'ont jamais répondu.

Tu as l'air de mépriser les fans des Clash. Est-ce que tu penses que, par nature, un fan est stupide ?

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Complètement stupide. C'est un truc de filles, ça. La musique, l'art et la littérature sont juste là pour inspirer, c'est leur vraie fonction. C'est censé stimuler l'imagination des autres pour qu'ils aient envie de faire quelque chose à leur tour. C'est ça qui a été génial avec le punk rock. Mais la plupart des fans croyaient vraiment en nous. Un vrai croyant croit en tout ce qu'on lui dit. C'est pour ça que la majorité sont des types politiquement corrects de la gauche libérale qui pensent que la vérité est le produit d'un consensus, tout ça parce que leur prof marxiste leur a appris à la fac. Ils détestent le punk. Pour eux, c'est un mot indécent, même si à l'origine, les Clash étaient un groupe punk. Ils veulent un groupe expert, intelligent devant lequel ils auraient juste à s'agenouiller. Il ne faut pas jamais laisser quelqu'un penser à ta place. Les gens vénèrent une image. Dans une société technologique, l'image est tout ce qu'il reste aux gens. Ils ne connaissent pas vraiment les gens qu'ils adorent. On leur donne juste quelque chose en lequel ils ont envie de croire. Comme quand Princesse Diana est morte. Je conduisais près de Hyde Park et j'ai vu une montagne gigantesque de bouquets, et il y avait plein de gens qui pleuraient, je me suis demandé ce que pouvait bien être ce bordel. Les gens étaient dans tous leurs états pour la mort d'une image qu'ils ont uniquement vue dans les journaux et à la télévision. C'est irréel.

Tu semblais être très en colère quand tu étais jeune. Tu t'es calmé depuis ?

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Je ne suis plus trop en colère, je dirais que je me sens très indigné, triste et cynique. C'est ce qui arrive quand on sait que les choses vont mal, et que ça ne peut que devenir pire. Je ne le prends pas personnellement, mais en même temps, je me sens complètement impuissant. Il y a tellement d'injustice et d'ignorance. L'échéance ne peut être que tragique.

Est-ce que tu penses que l'emprise de l'industrie musicale s'est renforcée avec le temps, ou qu'elle s'est au contraire affaiblie par la technologie et Internet?

Elle s'est renforcée. L'industrie musicale est juste une branche de l'industrie du divertissement, qui est une structure hiérarchique. Toute la technologie centralise le pouvoir et produit des systèmes d'uniformité et de contrôle. Les gens qui vivent dans un tel système n'ont pas le choix, ils doivent s'y plier et devenir eux-mêmes des produits. Les gens aiment penser qu'ils sont libres, que leur musique est vraie, qu'elle vient de la rue et bla bla bla. Mais ce n'est pas le cas. Que ce soit le hip-hop ou le reste. Tout ce qui marche nécessite un financement. Tout comme les milices rebelles gauchistes au Nicaragua avaient besoin d'argent. Les AK-47 et les balles coûtent de l'argent. Tu ne peux pas te promener dans ton quartier, une tasse à la main et collecter assez d'argent pour hisser ton album en première place des hit-parades. Ou renverser un gouvernement. Pour ça, tu as besoin de la C.I.A. Si tu veux que tes œuvres soient remarquées, il te faut aussi de l'argent. Tu ne peux pas avoir un aquarium à requins dans ton grenier juste avec les sous que ta famille t'a donné. Ou un teckel géant en métal. Comment a fait Jeff Koons pour financer ce truc ? C'est le système monétaire qui est le facteur phare de notre société. L'argent, c'est le pouvoir. C'est aussi simple que ça.

Aujourd'hui, qui est le musicien le plus con ?

J'en sais rien. Je ne suis pas trop tout ça. Je déteste tous ces mecs qui font semblant d'essayer de sauver les gens de la famine en Afrique. Geldof, Bono et Madonna et toute la clique. Ceux qui se plaignent du réchauffement climatique, de la forêt tropicale et de toutes ces conneries. Je dirais que c'est Madonna qui est la plus stupide. Elle est vraiment dégueulasse, et sa fille me fait penser à Lady Gaga. C'est banal, prévisible, et ça n'a vraiment aucun sens.

GAVIN HAYNES

Le site de Vince : http://www.vincewhite.com/