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MARRE D'ÊTRE STRAIGHT-EDGE

10.6.10

On ne sait pas qui des straight-edge kids et des gens qui se foutent de leurs gueules sont les plus insupportables (même si parfois, ils nous font bien marrer). Mais ça mis de côté, il y a aussi l'émergence de cette mode des straight-edge kids bientôt trentenaires, ceux qui après avoir eu un mode de vie ultra sain, transforment leurs existences en grand spectacle de débauche. Ça ressemble à un gros week-end d'été à Cancun, sauf qu'à la place des adolescentes de 19 ans qui vomissent tout ce qu'elles ont dans le bide, tu trouves de gros types bien suintant avec des images de culs tatouées sur le mollet.

J'ai parlé avec un charmant jeune homme qui revendiquait le fait d'être straight-edge depuis l'âge de 14 ans, mais qui a récemment décidé de répondre à l'appel de l'alcool et de s'adonner à la déchéance (il a aujourd'hui 25 ans). Durant les 4 derniers mois, il ne s'est nourri que de pizzas, bonbons et autres « prémixs » (les gars qui commencent à boire tard dans leur vie ne supportent pas la bière). Au cours de cette interview de 45 minutes, il a descendu une bouteille de vinasse de qualité douteuse et a terminé complètement intenable.

Vice : Que penses-tu des straight-edge qui se mettent а boire tard dans leur vie ?

F : Je ne sais pas si c'est vraiment une tendance. Tout marche par cycle et les groupes développent chacun leur façon de s'adapter aux choses. C'est comme ça que la culture fonctionne, elle est cyclique. Il n'est plus juste question de goûts musicaux. Y'a des gens qui se raccrochent à ça à 30/40 ans et je le respecte, mais qu'est ce que t'y gagnes ? Tu ne peux pas commencer à être punk ou skater à l'âge de 20 ans. Tu dois t'y mettre plus jeune, quand tu peux encore tirer profit de ta jeunesse, comprendre le truc et l'expérimenter à 100%. Si ta personnalité est encore basée sur ce que tu étais pendant ton adolescence, ça revient à dire que tu as gâché 20 années de ta vie. C'est mon cas aujourd'hui, j'ai du mal à grandir. Dans les grandes lignes, je suis encore le même gamin que celui que j'étais à l'âge de 14 ou 15 ans. Je me rends compte que faire partie d'une communauté ne va pas me permettre de m'épanouir complètement. Développer son identité sur un critère marginal, c'est contre-productif. Quand tu as 30 ou 40 ans, sur quoi tu peux cracher ? Tu ne peux pas te contenter de passer ton temps à dire « allez tous vous faire foutre ».

Donc, est-ce que t'avais une opinion bien arrêtée sur les gens qui boivent et qui fument avant que tu ne te mettes toi-même а le faire ?

Je suis passé par une période où j'étais assez naze. Je racontais que de la merde. C'était juste une façon de dire « barre-toi » aux gens. Une excuse pour pouvoir me battre. Quand tu te cherches, tu te confrontes forcément aux gens qui t'entourent. Quelques-uns de mes bons potes étaient straight-edge mais au bahut, le lundi matin, les mecs ne faisaient que parler de la grosse soûlerie qu'ils s'étaient mise pendant le week-end. C'était vraiment des baltringues, des stéréotypes sur pattes, des gros poseurs. Je les écoutais déblatérer leurs conneries et je me disais, « putain mais qu'ils aillent se faire enculer, sérieux ». Quand tu ne fais pas partie d'un groupe, tu éprouves une aversion naturelle pour ce groupe. En gros, le hardcore était aux blancs de la périphérie ce que le gangsta-rap était aux gosses des blocks. C'est un moyen comme un autre de revendiquer son identité.

Comment as-tu procédé pour arrêter d'être straight-edge ?

J'ai pris plusieurs comprimés de Xanax. J'étais tout seul, un peu déprimé. J'ai avalé une poignet de comprimés, alors que je n'en avais encore jamais vraiment pris, sauf occasionnellement. J'ai été con, j'ai parlé à mon père au téléphone, autrement dit à la personne la plus antipathique au monde. Ensuite, évidemment, j'ai fait un black-out des 3 heures qui ont suivi.

Merde. Et que s'est-il passé le premier soir où t'as bu ?

Un soir, je me suis acheté une bouteille de vodka pour moi tout seul. Je ne sais pas trop ce que je devais boire, alors j'ai bu la moitié. J'ai mélangé ça avec du Redbull et j'ai fait ça plusieurs fois parce que je voulais finir bourré. Après, j'ai rejoint mes potes et j'ai commencé à partir en couille. On marchait vers un bar et je pensais vraiment que j'allais vomir pendant tout le trajet. J'ai dépensé 40 dollars à offrir des verres à des nanas inutiles, sur le moment j'avais l'impression que c'était une bonne idée. J'avais pas les ronds pour déconner comme ça en plus, j'ai pas pu m'acheter à bouffer pendant une semaine après cette soirée-là. Je me souviens être tombé dans ma salle de bain et avoir marché à quatre pattes. Un vrai déchet. Ah, en revanche j'ai pas vomi.

Bien joué !

Ouais. Ce soir là, j'ai fait mon relou avec les collègues d'un pote. Je suis allé draguer une meuf quatre fois, et à chaque fois, j'oubliais qu'elle était déjà maquée. Son mec était même dans le bar. Chaque fois que je m'approchais d'elle, elle me montrait du doigt son copain, et je lui disais « ohhhhhh ». Sur le moment, ça me faisait marrer. Mais je me suis senti trop con le lendemain. J'avais envie de me flinguer.

C'est quoi ta boisson préférée ?

Je m'en fous, tout, du moment que je peux être bourré. J'aime pas la bière. Mon estomac ne supporte pas. Si ça peut se boire cul sec, je le fais. Je fais des culs secs de vin et même de vodka si je suis assez bourré et que la vodka est mélangée. J'adore le gin, aussi. J'ai essayé de me battre avec huit mecs un soir alors que je buvais du gin. Ils me traitaient de « emo homo ».

Eh bien, on dirait que les anciens straight-edge ont plus de mal que les autres а se contrôler quelquefois.

J'ai eu du mal à me contrôler au début. Je me suis laissé aller dans des abysses d'excès en tous genres. À présent, je réalise que ce n'est pas si génial que ça. Ce mode de vie est pourri. Tu te réveilles le lendemain à quatre heures de l'après-midi et t'es comme une merde. T'as une telle gueule de bois que tu ne peux pas skater, tu ne peux pas faire tes devoirs pour la fac et tu ne peux pas assumer tout un tas de responsabilités qui te tombent sur le dos. Je me démerdais très bien pendant mes trois premières années de fac, j'avais 12 de moyenne, puis tout s'est effondré.

C'est nouveau pour toi, non ? Je veux dire, tous ces longs matins de déprime ?

Ouais, ça craint. Les gens disent parfois que quand t'es bourré, tu deviens la personne que tu aurais rêvé d'être. Si c'est ça le vrai moi, ça me déprime. Je n'aurais jamais pensé être un gros con. J'ai toujours cru que j'étais au-dessus des autres, mais il s'avère peut-êre que non… Quand t'es bourré, tout ce que tu sais faire c'est… dire « merde » au mec en face de toi pour se battre avec lui. Quand je suis bourré, je peux péter un plomb pour n'importe quoi. Je ne choisis pas de me battre ou non avec quelqu'un, je m'insère dans toutes les bastons qui me tombent sous le nez.

Alors pourquoi tu t'es mis а boire ?

C'était agréable de sortir de chez soi et d'arrêter de faire la gueule, juste tu vois, histoire d'être agréable avec les gens qui le sont avec moi. Je me suis peu à peu réellement intéressé à ce que les gens disaient autour de moi, au lieu de m'ennuyer à côté d'eux. À présent, je comprends que les gens puissent vouloir boire ou se droguer simplement parce que c'est marrant, mais il faut savoir que ce n'est pas un remède pour quoi que ce soit. Ce vide que tu essayais de combler est toujours là, tu n'as rien soigné du tout en réalité. C'est même pire.

Tu ressembles а quoi quand t'es bourré ?

Je peux avoir quatre personnalités différentes. Il y a mon côté philosophe, mon côté intellectuel insupportable, mon côté je-veux-rencontrer-la-fille-de-mes-rêves-à-tout-prix et pour cela, je vais parler à toutes les filles autour de moi, et puis mon quatrième moi, celui qui prend conscience de sa lourdeur avec les filles et qui devient totalement maniaco-dépressif. Je ne veux pas avoir l'air d'un hippie (parce que je déteste ces putain de hippies), mais je crois que mon problème c'est de succomber facilement à mon romantisme sans espoir et à mon côté singulièrement pathétique. Je me réveille le lendemain avec l'envie de m'échapper de mon corps.

Comment ça se passe avec les filles ? Il t'arrive de ressentir cet excès de confiance en soi qui peut survenir avec l'alcool ?

Ça ne m'aide pas. Mais de toute façon, est-ce que tu veux vraiment rencontrer une fille dans un bar et te sentir dégueulasse le lendemain ? J'ai pas mal de TOC et une tendance à être hypochondriaque, aussi. Le truc horrible avec le fait de boire, c'est de se réveiller avec ce sentiment de culpabilité que tu essaies d'oublier pendant une semaine. C'est ce dont j'avais peur lorsque je ne buvais pas. Quand j'ai arrêté d'être straight-edge, je l'ai fait à fond, j'ai pris plein de pills et d'autres trucs, en plus de l'alcool. J'avais en tête ce fantasme des drogues dures à la Johnny Thunders, la coke, l'héro, tous ces trucs rock and roll.

OK. Mais tu peux m'en dire plus sur la fille de tes rêves ?

OK OK OK [de plus en plus bourré], donc, la fille idéale. Il faut qu'elle regroupe, genre, six caractéristiques distinctes. A) J'adore les filles-filles, tu vois ? J'aime quand les filles portent des jupes. C'est encore quelque chose de nouveau pour moi. Je n'aime pas parler des « filles-filles » parce que je sais c'est un peu insultant, mais en tout cas, je cherche une meuf qui sort de chez elle habillée en fille. J'adore les femmes à la Audrey Hepburn. J'aime quand les filles sont classes, tu vois. Celles qui ont de l'assurance. Et qui ont un très bon sens de l'humour. C'est horrible de faire une blague devant des gens qui n'y ont rien compris parce qu'ils sont idiots. J'adore les jeux de mots ou les calembours, tu vois. Genre, quand tu rencontres quelqu'un et que tu lui fais « It's very ice to meet you », et qu'ils pensent que tu as juste mal prononcé le mot « nice ». C'EST HILARANT.

Carrément, mec. Qu'est-ce que tu aimes d'autre chez les filles ?

J'aime les filles qui, genre, tu vois, s'il y a une pièce de puzzle manquante, c'est elle qui comble parfaitement le trou. Elle compense… tous tes points faibles. Je déteste citer Blink 182, mais dans cette chanson là « Josie », ça fait « ...and I see her pretty face, it takes me away to a better place », c'est ce que je veux tu vois. Et puis surtout, un joli visage ! Souvent, quand les mecs parlent d'une meuf bonne, ils ne parlent que de son corps. On s'en tape putain, ces mecs ne comprennent rien. Toute la beauté est dans le visage, dans le visage ! Je deviens embarrassant, non ? Je commence à être complètement bourré. J'ai toujours été un mec à visages. Il y a tellement de conneries qui se passent tous les jours dans le monde. Merde. Un autre truc que j'aime, enfin, je ne dirais pas que je suis un petit toutou à sa maman, mais j'ai été élevé par ma mère tu vois. Je suis un féministe, en quelque sorte. OK, ça va me faire passer pour un faible mais, je m'inspire plus des filles que la plupart de mes potes mecs… [Impossible de suivre le reste de cette conversation de plus en plus incohérente].

INTERVIEW ET PHOTOS : KRISTINA MAHLER