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On a demandé à des anciens détenus de nous dire quel a été leur pire job après leur sortie de taule

La réinsertion n'est pas un long fleuve tranquille – surtout quand on bosse pour sept balles de l'heure.

par Seth Ferranti
12 Septembre 2016, 5:00am


Image via l'utilisateur Flickr Ruty Clark

Trouver un job quand vous sortez de prison peut être un vrai cauchemar. La plupart des employeurs refusent d'embaucher des ex-taulards ou des prisonniers toujours incarcérés qui cherchent un emploi pour leur remise en liberté. Ces derniers se retrouvent complètement démunis lorsqu'ils réintègrent la société. Tout est différent de la prison, tout prend des proportions énormes. Utiliser les transports en commun ou passer un coup de fil demande un effort surhumain. D'après l'Institut National de Justice américain, plus de 60 % des anciens détenus sont toujours au chômage un an après leur libération.

Trouver du travail est pourtant une étape essentielle dans la réinsertion des anciens détenus au sein de la société. Bien souvent, il s'agit d'une requête du système judiciaire afin d'éviter la récidive et le retour en prison. Toutefois, lorsque les anciens détenus mettent tout en œuvre pour trouver un emploi, ils se retrouvent avec un job ingrat, sous payé – avec des employeurs qui, souvent, ne font absolument rien pour tenter de les réintégrer. Des associations existent pour les aider à retrouver du travail mais les aides se font bien rares.

Après avoir passé 23 années dans une prison fédérale, j'ai trouvé un boulot de cuistot dans un restaurant italien, alors même que j'avais réussi à obtenir deux diplômes universitaires en taule. Mon boulot craignait. Tous les soirs, c'était moi qui devais nettoyer les friteuses. Je devais me taper tout le sale boulot que les autres ne voulaient pas faire. Je ne pouvais pas l'ouvrir sous peine de me faire virer et ça mes employeurs le savaient très bien. Je détestais ce boulot mais depuis que j'ai discuté avec d'autres ex-détenus, je me sens plutôt chanceux. Il ne faut pas s'étonner si 75 % des anciens détenus sont de nouveau arrêtés au cours des cinq années qui suivent leur libération. On ne leur propose que les merdes que tous les autres refusent. J'ai rencontré trois ex-détenus pour en savoir un peu plus sur le travail qui vous attend le jour où vous sortirez de taule.


Image via Wikimedia Creative Commons

Mendoor Smith, 43 ans, originaire de l'Iowa
Incarcéré pendant 12 ans pour possession de marijuana
Remis en liberté en 2013

Le pire job de ma vie a été de bosser dans une exploitation bovine pour 8,25 dollars de l'heure. Je devais être là bas dès six heures du matin jusqu'à cinq heures le soir. En plus, je mettais 45 minutes depuis le centre de réinsertion dans lequel je vivais pour aller sur place. Ce n'était pas un travail épuisant mais c'était assez difficile pour moi de manier les bêtes et de prendre soin du bétail. Travailler avec des vaches tous les jours – et nettoyer leurs enclos – reste dégueulasse.

Je me rappelle qu'une fois, en hiver, alors que je faisais mon inspection régulière, j'ai remarqué qu'une vache avait un énorme prolapsus génital. J'ai prévenu mon boss, et il a tout de suite appelé un vétérinaire – qui a débarqué à quatre heures du matin. Tandis que je tentais de maintenir tout le bordel à l'intérieur de la vache, le vétérinaire s'efforçait de recoudre l'animal – ça a duré une heure et demie. Le vétérinaire a tout foutu à l'intérieur et il a tout recousu. Quand j'ai fait ma dernière inspection du bétail à dix heures, la vache était morte. Tout ce travail pour rien. Ce n'est pas non plus très agréable d'enfoncer son bras au fond d'une bête pour aider un veau à sortir. Vous devez vous démener pour faire sortir ce petit truc tout visqueux, et quand arrive le moment où vous devez mettre le veau debout, il faut faire gaffe à la vache – qui ne veut pas que l'on s'approche de trop près. On se sent vraiment tout petit quand un animal de 500 kg se met à votre poursuite.

Deux de mes collègues étaient au courant de ma situation (carcérale). Ils me posaient beaucoup de questions, des trucs sur la vie en prison et ce que je faisais pendant tout ce temps. Mon patron était vraiment cool. Il m'a aidé à passer un permis tracteur – du coup je pouvais conduire à la ferme. Il m'a beaucoup aidé et il m'a même donné un coup de main pour trouver un nouveau job.

C'était une petite exploitation familiale, donc j'étais bien traité, mais mon travail était horrible. Bon, au moins, ça m'aura permis de reconstruire ma vie après la prison. Je n'en suis pas mort et je peux même dire que ça m'a rendu plus fort. Ce job était pourri mais j'étais heureux de l'avoir trouvé. Peut-être que si je ne l'avais pas eu, je ne serais pas là où j'en suis aujourd'hui.


Image via Wikimedia Commons

David Hibdon, 55 ans, Missouri
Incarcéré pendant 10 ans pour trafic de drogue
Remis en liberté en 2014

Le premier job que j'ai eu en sortant de prison était le pire que l'on pouvait trouver à Columbia, une ville du Missouri. Je devais ramasser des ordures dans la décharge de la ville pour huit dollars de l'heure. Il faisait plus de 40 degrés. Je parcourais les 11 hectares, qu'il pleuve ou qu'il vente. Il m'arrivait d'avoir de la boue jusqu'aux chevilles ou de marcher dans des eaux usées. Comme la maison de réinsertion ne proposait aucun moyen de transport, je devais me rendre là-bas à pied. Il y avait à peu près 11 km et je mettais deux heures pour y aller. Je devais être présent à sept heures du matin et quitter mon poste à quatre heures de l'après-midi, avec une petite pause au milieu. Je me suis offert un vélo avec mon premier salaire, et après je ne mettais plus que que quarante minutes pour aller au boulot. Je me faisais dans les 50 dollars par jour mais il fallait que je reverse 25 % de ma paie à la maison de réinsertion. Je n'avais même pas les thunes pour m'acheter un canapé ou des cigarettes. J'ai mis deux mois pour m'acheter une bagnole.

Je travaillais là-bas parce que c'était le seul truc que j'avais trouvé. Personne ne voulait de ce job. Ça pue et vous avez toujours de la poussière qui sort des camions. Les ex-taulards qui bossaient avec moi ne foutaient rien, en plus. Tout ce qu'ils voulaient c'était s'allonger sur une colline alentour ou fumer de la weed toute la journée pendant que moi je bossais. Je me sentais exclu. Ça a été l'une des expériences les plus humiliantes de ma vie, mais je m'en suis remis.

J'ai eu quatre autres jobs depuis que j'ai été remis en liberté. J'avouais aux gens que j'étais en liberté conditionnelle après avoir été embauché. Si je leur disais avant, ils n'auraient jamais voulu me prendre. J'ai finalement monté ma propre affaire, un truc de sous-traitance. J'aurais pu retourner à la déchetterie, mais c'était vraiment un job de merde.


Un centre d'appel, image via

Mike Vargas, 44 ans, originaire de Washington DC
Incarcéré pendant 14 ans pour trafic de drogue
Remis en liberté en 2009

Je n'ai pas eu beaucoup de mal à trouver un job en sortant de prison. J'ai commencé à travailler la semaine de ma remise en liberté dans un centre d'appel qui embauchait des ex-taulards pour 7,25 dollars de l'heure. Je passais ma journée à parler à des inconnus et à faire du démarchage téléphonique en essayant de collecter des dons pour des associations de la région et du pays. C'était cool au début mais j'ai vite eu l'impression d'être un robot.

La plupart de mes collègues étaient jeunes. Ils prenaient tout le monde là-bas, mais les conditions de travail étaient horribles. J'avais une journée de travail de huit heures avec une pause de seulement 16 minutes. Si vous vouliez aller chercher un Coca, vous deviez pointer. Vous alliez aux toilettes, vous pointiez. Si vous ne léchiez pas leurs culs, vous étiez virés. Il y avait beaucoup de favoritisme dans l'entreprise et, comme vous l'imaginez, un énorme turnover au sein de l'équipe.

Tous les gars voulaient insulter le patron. Il y a même un mec qui s'est mis debout, a pris un ordinateur et l'a jeté par terre parce qu'il n'arrivait pas à obtenir des promesses de don. Il a démissionné peu de temps après. Mais la majorité des ex-détenus ont besoin de ce job pour sortir de la maison de réinsertion, alors ils restent dans l'entreprise en attendant de trouver un meilleur boulot.

J'ai démissionné juste après avoir trouvé quelque chose de plus intéressant. Depuis, j'ai enchaîné sept ou huit emplois. J'ai touché à tout, mais celui-là était le pire. Aujourd'hui, je suis mécanicien et j'assemble des pièces sur une machine toute la journée. C'est plus facile et mieux payé, mais je suis toujours à la recherche d'un meilleur job.

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