Jean-luc Verna

Jean-Luc Verna, la chose, aurait pu devenir un mec d'extrême droite, un gros beauf, ou une pute morte. Il a préféré être artiste. Apparemment la gardienne de l'immeuble où il vit le déteste.

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déc. 6 2010, 12:00am


Jean-Luc Verna, la chose, aurait pu devenir un mec d’extrême droite, un gros beauf, ou une pute morte. Il a préféré être artiste. Apparemment la gardienne de l’immeuble où il vit le déteste. « Où il habite ? Il est pas là ! Il est parti ! », elle nous a dit avant de claquer la porte de la loge. Hé, la vieille, Verna est un artiste reconnu, représenté depuis des années par la galerie Air de Paris. Son truc c’est le dessin, pas le satanisme. Il orchestre un aller-retour constant entre son corps, tatoué, piercé, les dessins qu’il fait et les photos où il se met en scène. Il prête son corps aux autres, par exemple à la chorégraphe Gisèle Vienne (il sera dans sa prochaine pièce) et ne cesse de reprendre, de remâcher et de triturer l’histoire de l’art et l’histoire du rock, comme si c’étaient de la pâte à modeler. Prof de dessin à Nice à la Villa Arson, rock star éphémère avec son groupe I Apologize, ce mec a fait beaucoup plus de choses qu’on ne saurait dire. À part ça, c’est cool de traîner chez lui en buvant du thé détox et en regardant des vidéos de Pete Burns sur Youtube pour illustrer son avis sur : « Quand la chirurgie va trop loin et qu’on adore ça. »

Vice : Tu viens d’où ?
Jean-Luc Verna :
Je suis né à Nice dans les années 1960. Seulement à chaque article on dit « pute, punk, machin… » et on en fait des tonnes. J’aimerais qu’on dise « parti de chez ses parents à 14 ans, la rue, prostitution » et qu’on passe rapidement…

OK. Je ne savais pas que tu étais parti si jeune, cependant.
Bah… famille d’extrême droite.

    Le Père de l’abstraction, 2010, transfert sur papier ancien rehaussé de crayons et de pastels secs Bon, tu ne sembles pas être né avec une cuillère en argent dans la bouche – ton rapport à l’art n’est pas quelque chose d’hérité, n’est-ce pas ?
Non, pas du tout. J’ai eu un rapport très ­tardif et imprégné de tous les préjugés de ma famille inculte, réactionnaire et stupide. Donc ça a été un vrai choc pour moi l’art contemporain et l’art en général.

Ça s’est fait comment ?
J’ai toujours dessiné pour m’abstraire de mon milieu familial quand j’étais petit et après pour amuser les copains, quand j’étais en bande, ou de temps en temps pour gagner un peu de fric, rarement. Et quand il a fallu que je sorte de la rue parce qu’il y avait trop de défonce, que mes amis commençaient à crever, que c’était moins fun, que ça faisait six ans que j’étais pute, je me suis dit que soit je me mettais à faire du porno… Là, par exemple, je travaille pour François Sagat, on va faire des photos ensemble. Mais c’est un talent que je n’avais pas. Ça a été une réelle question pour moi parce que la sexualité a été un des premiers trucs que j’ai découverts dans la liberté, et puis par mon métier. Donc j’ai fait la somme de mes talents et je me suis dit que la seule chose qui me restait, c’était de vivre de ce que je savais faire. Je savais danser, chanter, dessiner. Enfin, je « savais » entre guillemets, j’avais des aptitudes pour ces trois trucs… Je me suis dit allez je dessine, donc je suis allé en école d’art, à la Villa Arson, et c’est là que j’ai tout découvert. Et puis après je suis allé dans les musées, et voilà !

C’est dingue d’être sorti de la rue pour atterrir dans une école d’art.
Bah, c’était la seule logique qui s’imposait à moi. J’ai pensé, à tort, qu’il était trop tard pour commencer à faire un training de danse. C’est de là qu’est née ma qualité de dessin, et je me suis mis à triturer mes dessins pour qu’ils soient à mon goût. Parce que mon ­dessin je ne l’aime pas. Par rapport aux grands maîtres et aux choses qui me plaisent, c’est vraiment nul. J’ai toujours bien dessiné, mais pas si bien. Et donc ça a été pareil que pour mon corps. Il faut le corriger, il faut le trafiquer, il faut le booster, le maquiller, le transformer, le présenter d’une certaine façon. À cru, ça donne rien. C’est comme le « au naturel », je m’en fous.

Tu refuses la normalité.
Bah la normalité, étant donné que j’étais dans une famille de gens qui étaient hyper normaux mais qui étaient en fait tous des monstres, je me suis dit très vite que peut-être en prenant la tangente inverse j’avais des chances de sauvegarder mon humanité. Je pense que ça a pas mal marché, et j’y travaille tout le temps. À ne surtout pas porter le ­costume des ennemis.


 
Tu préfères être un monstre visible ?
Moi, j’ai tout dehors. Par rapport aux gens en costume cravate, jupe-culotte, machin, qui étaient vraiment des monstres. Quand j’ai découvert les punks, je me suis dit ces gens-là sont beaux, ce sont des fleurs bizarres dans la rue. Ils font peur parce qu’ils sont tellement beaux. Je pense que c’est par là qu’il faut aller pour inventer sa vie et surtout ne pas refaire ce schéma pourri de gens avides de réussite, ces gens d’une droite dure, prêts à tout pour se tailler un chemin à coups de serpe dans la société et qui finalement ont tous échoué lamentablement. Ma mère a une vieillesse atroce – pas assez à mon avis – genre, avec des aides sociales. Elle est aigrie, obèse, malheureuse, cimentée dans sa haine et son dépit, parfaite. J’ai mis du temps à avoir du plaisir. Mais quel plaisir de voir ces gens se casser la gueule dans l’humiliation ! Parce que si c’était secret ça serait encore trop beau. Non, ce qui est bien c’est que ça se voit.

Comment tu le sais ?
Je le sais parce que des gens me l’ont dit. Moi, ma mère, je ne la fréquente plus depuis vingt ans. La dernière fois qu’elle a eu des nouvelles de moi, c’était dans un portrait dans Vogue en 2001, où je parlais d’elle. Et si je la rencontre dans la rue – c’est une femme qui doit avoir 63 ans, quelque chose comme ça – je pense que je la gifle très très fort pour qu’elle tombe. Je m’arrêterai là, j’espère…

Qu’est-ce que tu as appris à la Villa Arson ?
J’ai eu la chance d’arriver du temps de Christian Bernard, qui est directeur du Mamco de Genève aujourd’hui. C’est un homme brillant qui vit pour l’art. Je le trouvais très dur, très cruel, alors qu’il n’est rien de tout ça. Et à cette lumière-là j’ai dû faire beaucoup d’efforts. Mais ça ne m’a pas tant changé de ça. Parce que j’ai appris qu’une école – c’est ce que j’explique aux étudiants –, quand on est soi-même quelque chose de fort, enfin, d’incarné… c’est aussi une école de résistance pour ne pas se laisser bouffer par les informations et les codes. Il faut rester soi-même, c’est la seule chose neuve qu’on ait à offrir.

    Marie-Madeleine Thomas, 2009, transfert sur papier rehaussé de crayons et de fards L’enjeu c’était de savoir quoi faire de ce que tu étais ?
L’enjeu c’était de savoir ce que j’étais dans la société. Je ne suis pas un travailleur du sexe, je ne suis pas un danseur étoile, je ne suis pas Siouxsie Sioux à la place de Siouxsie Sioux. Donc, est-ce que ce petit talent que j’ai va être reconnu ? Je suis artiste et j’attends qu’on le sache et j’attends d’être reconnu. J’ai atteint une partie de mes objectifs. Même si je n’ai pas le truc Star Academy de « je veux sniffer de la coke à Miami avec Peaches ». Je l’ai fait une fois… Parce que j’étais à Miami et qu’il y avait Peaches.

Ouais.
Voilà, dans cette ville atroce, où la lutte des classes te remonte jusque-là…

Loin de Miami on t’a aussi vu à Vent des Forêts, dans la Meuse.
Ouais, j’aime bien Vent des Forêts, même si cette année on a été obligés d’annuler un concert une heure avant à cause d’une ­averse énorme.

Et l’année d’avant tu as chanté dans une église ?
Je devais chanter ailleurs et j’ai chanté dans une église. Moi, les églises, je veux bien ­rentrer dedans quand elles sont déconsacrées et là… c’était rude. J’ai bien voulu chanter mais j’étais caché derrière une grosse peinture.

Souvent dans tes dessins tu fais exploser l’iconographie religieuse. Ce truc avec la religion c’est encore une plaie ouverte ?
Avec LES religions. Ça me met en rage tout le temps, tous les jours. Un an avant d’être prostitué, j’étais encore enfant de chœur. J’ai un tee-shirt que je me suis fait faire, qui m’a valu une course de La Chapelle à Jaurès à fond de train. J’ai été coursé par des barbus, des salafistes. Mon tee-shirt c’est : « Toutes les religions sont néfastes. » Oh putain, je le remettrai plus. Ils voulaient se taper un coup de paradis sur moi. Ils m’ont traité de tout, raciste, skinhead… J’avais pas le temps, en courant, de leur montrer que j’avais un tatouage en arabe sur la cuisse.


Trop de joie..., 2007, transfert sur papier rehaussé de crayons et de pastels secs
Genre, « hey au fait, regarde » !
Les gens ils sont tellement malheureux, parce que pour plaire à leur patron et pour avoir un job qu’ils détestent ils sont obligés de faire de la merde usuelle de tous les gens dans la rue qui ont l’air de sortir de la même boutique, en gros. Et puis il y a des gens qui ont une personnalité qui ne peut pas éclater pour mille raisons et qui ne peuvent pas ­donner libre cours à leur fantaisie. Et là ils voient un mec, en plus un mec qui n’est pas dans la rue à tendre la main, donc un mec qui arrive à vivre, donc un mec qui se paye le luxe, à 45 ans, d’être tatoué sur la gueule, maquillé en étant un homme, en plein jour. Et les gays, ces enculés de gays de merde, pareil. Je suis très content qu’ils ne me reconnaissent pas, parce que moi je ne les reconnais pas non plus.

T’es pas gay ?
Moi je suis pédé, je suis pas gay. Quand tu es gay tu es mince, tu as l’air jeune, tu as les carrés de chocolat, le muscle, le pouvoir d’achat, la bonne marque, la bonne coupe, les bonnes chaussures. C’est juste « non », impossible. Et le SNEG – le Syndicat national des entreprises gaies – est une entreprise de démolition de la sexualité. Pourquoi ? Parce qu’avant il y avait les jardins publics, les pissotières et, en dernier recours, la rue. Maintenant quand tu veux baiser, tu vas dans des baisoirs, tu payes, tu consommes tout. Les mecs ils consomment gay. Ils s’habillent gay, ils parlent gay et ils vivent gay entre eux. Ils veulent juste faire comme les hétéros en moins bien, en moins efficace, et ils copient exactement une population qui les a ostracisés jusqu’à ce qu’ils deviennent légaux en 1980. Genre c’est non, c’est impossible, et quand une grande folasse comme moi, bien traditionnelle, traverse en plein jour la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, le cœur du cœur du Marais de Paris, et que j’ai le cuir, le cockring avec genre le paquet comme ça, genre « vous avez vu Messieurs, j’ai amené la viande » et que j’ai des faux cils, les mecs disjonctent. Parce qu’il font « cuir, humm… paquet… hummm » et puis « faux cils ? Noooon !!!! » Ils ont oublié qu’ils ont inventé le cross-­dressing. Aujourd’hui les gays dans la rue ont l’air de métrosexuels.

    Extrait de Body Double 22 de Brice Dellsperger, 2010, d’après Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick C’est pour ça que tu préfères être pédé.
Je suis pédé comme une couronne.

Le fait d’avoir été prostitué, d’avoir payé de ta personne, qu’est-ce que ça a apporté à ta pratique artistique ?
Pas grand-chose. Mais dans la vie, ça m’a donné des marqueurs sociétaux irremplaçables. Mes clients étaient tous de bons pères de famille. Des hétérosexuels bon teint, des machos irréprochables, indécelables. Ça m’a appris que les gens ont un masque.

Et pas ton pouvoir ? Le pouvoir de ton corps ?
Non. Ça m’a appris des choses sur ma sexualité, et ça l’a ravagée en partie parce que quand on apprend aussi vite et aussi tôt, on n’en sort pas indemne dans son rapport à la sexualité. Quant au pouvoir, je ne supporte pas ça, c’est juste la drogue la plus vulgaire et la plus répandue. C’est encore moins classe d’être accro au pouvoir que d’être accro à la coke.

Dans ta pratique artistique tu as continué à utiliser ton corps, mais cette fois d’une manière qui n’allait pas te détruire.
Oui. Et puis d’une manière contrôlée. Je suis programmé pour avoir 30 kilos en plus. Je suis un mensonge, que ce soit corporellement, que ce soit pour la qualité du dessin, que ce soit pour les rapports humains, malheureusement… Il y a une phrase que je répète tout le temps à mes étudiants, c’est qu’un mensonge bien mené est toujours plus efficace que la réalité. C’est ce que je suis, un mensonge bien mené. En même temps, la réalité d’un corps, pour en revenir au truc gay, ce n’est pas d’avoir l’air plus jeune et plus mince que ce qu’on est naturellement. J’ai fait des photos ces dernières années où j’avais 8 kilos en trop avant de pouvoir les perdre. Mais je me servais quand même de mon corps. Dans Body Double 22, le film de Brice Dellsperger qui est passé à la Nuit Blanche, j’ai 9 kilos en trop. Je suis super énorme, je suis en string et on voit bien toute la viande. Mais la réalité d’un corps c’est le corps comme il est, comme on s’en sert.

C’était quoi l’idée des Body Double ?
Pour le 22, c’est de refaire Eyes Wide Shut, une version un peu kaléidoscopée, pas dans la linéarité. Je suis tous les acteurs et les actrices, en travesti. Et les mouvements de caméra, le jeu, tout est copié sur l’original. Sauf que c’est moi qui suis à l’image et que ce n’est qu’une seule personne diffractée en plusieurs qui fait d’un dialogue un monologue. Donc la vision analytique du film est complètement chamboulée. Visuellement c’est encore plus zarbi parce qu’il y a pas mal de technologie, donc même quand on refait L’Important c’est d’aimer [ndlr : dans Body Double X], on change beaucoup de choses par rapport au Zulawski. Ça me permet de développer mon jeu même si ce n’est pas vraiment un jeu d’acteur mais plus de mime, puisque je suis en lip sync. Et ça me permet aussi de jouer à la poupée avec moi-même, puisque je me fais mes propres coiffures, mes maquillages. Je suis plus qu’un acteur et je suis moins qu’un auteur.


Extrait de Body Double (X) de Brice Dellsperger, 2000, d’après L’important c’est d’aimer d’Andrzej Zulawski
Et tu n’as pas envie de passer à la réal ?
Si. La semaine prochaine, je fais ma première vidéo. Cette fois je contrôle tout. C’est une visite de nuit d’un musée d’histoire où je prends les poses nu et après il y a les sources de l’histoire de l’art et de l’histoire du rock’n’roll qui s’affichent. On voit soit la statue soit moi. Donc je suis au régime à mort. Là j’ai une nouvelle nutritionniste, et c’est vraiment une chienne. Le soir quand il fait froid : « Manger concombres à volonté avec du sel et un demi-kilo de fromage blanc zéro pour cent avec du faux sucre. » Je te jure.

De Body Double à ton travail de photo, tu joues toujours plein de personnages différents.
Oui, c’est cousin comme façon de me servir de mon corps. Et puis c’est aussi copier quelque chose au plus juste en sachant que de toute façon ce qui sera intéressant ça n’est pas la reproduction exacte mais l’écart qu’il y aura entre ma justesse et la réalité de la ­source, et que c’est dans cet intervalle-là, dans cette aspérité-là – parce que ce n’est pas très lisse, ce n’est pas conforme – que les gens pourront s’accrocher, mettre leurs idées et leurs mots dans ce que je fais.

Dans la série de photos qu’on peut voir sur le site de ta galerie, Air de Paris, tu es un mec sorti d’une fresque de Michel-Ange, la petite danseuse de 14 ans de Degas… Potentiellement, tu es tout le monde.
Comme dans mes dessins. Je m’adresse toujours à tout le monde. Et la grosse valeur ajoutée quand on est artiste c’est quand les gens vous donnent un retour par rapport à ce que vous faites qui vous enrichit bien plus que les raisons pour lesquelles vous avez fait la chose qu’ils requalifient. Donc c’est vraiment parfait. Et comme je suis artiste et que je suis homosexuel, pour ne pas être un artiste gay, c’est-à-dire « un triangle rose cousu sur l’épaule et après, tous au four ! » je fais toujours attention à produire une proportion de jeunes gens musclés qui soit contrebalancée par des jeunes femmes, des femmes moins jeunes, des gens potentiellement laids, des handicapés, des vieillards, parce que mes images doivent parler aux gens, pas à une cible. Je ne veux pas faire un truc qui ne soit lisible que par les aficionados de l’art contemporain.
 
Le dessin, pourquoi c’est si important pour toi ?
Le dessin, c’est ma vie. Après il y a les photos, puisque pour moi c’est une extension du dessin, et après il y a le reste, c’est-à-dire être interprète pour les autres, que ce soit Gisèle Vienne ou Brice Dellsperger. Même mon groupe de musique n’est pas à la hauteur de ce que je fais avec Gisèle quand je suis interprète pour elle. Pour moi la musique ce n’est que du plaisir, je fais des reprises de new wave. Ça marche bien.

Tu vas sortir un disque chez eMego ?
Oui. J’ai dit à Peter Rehberg : « T’es sûr ? Tu sais que c’est de la merde mon groupe ? » Mais il a envie. Et les concerts sont pleins, les gens nous aiment bien. L’ambiance est super bonne. On a une dizaine de dates, là.

Le truc qui est sérieux, c’est l’art.
Ça permet de me sentir exister. Étant donné la marâtre infecte qui m’a élevé à coups ­d’insultes, j’avais des blessures narcissiques tellement profondes que c’était genre quelqu’un aime mon travail, donc je le méprise immédiatement. Je me dis que s’il aime mon travail c’est qu’il a une toute petite culture et un goût pas très sûr. Ça ne me le fait plus avec le dessin. Quand on répète, je me fie exclusivement à l’avis de mes musiciens. Il y a deux chansons que je fais sur scène que je trouve nulles mais les gens les aiment bien. Donc je les chante. Mais moi, je les trouve vraiment nulles.

Tu mets la barre ultra haute ?
J’ai peur que les gens ne m’aiment pas. Ça m’a fait perdre beaucoup de temps. On évolue moins vite quand on a peur. Cela dit je n’ai jamais eu l’intention d’être une sorte de Loris Gréaud, de symptôme extrêmement vulgaire de la réussite et du bling. Même si je trouve ça intéressant qu’il y ait des Loris Gréaud, des symptômes du pire, et que je me suis intéressé à son parcours.

Estelle : Une fois je l’ai photographié et c’était moins drôle que de te photographier.
Une fois je l’ai vu dans une sorte de costume marron et on aurait dit une endive trempée dans de la merde. Le charisme d’une moule. Et méchant avec ça.

Valeria : Ah ah. Et là ça va, tu ne détestes plus les gens qui aiment ton travail ?
Non, enfin, ça dépend. Après mes concerts je ne reste pas trop parce qu’au bout du quinzième compliment dithyrambique ça me rend hyper triste, ça me fait tomber toute la joie du concert. Les compliments c’est ce qu’il y a de pire, surtout pour ­quelqu’un de très narcissique comme moi. Parce que ça donne à manger au pire. Et mon pire je le connais. J’ai eu une grosse dépression nerveuse qui a duré trois ans, à force de souffrir de la réalité telle qu’elle est et pas telle que je la rêve. Mais j’ai arrêté d’en souffrir tout le temps.


Images publiées avec l’aimable autorisation de Air de Paris
 
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