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Vice Blog

MODE - LES FASCISTES OUBLIÉS

16 avril 2010, 4:11pm

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Il y a une dizaine d'années, le rédacteur en chef de la version anglaise de GQ s'est fait virer parce qu'il avait inclus les Nazis dans la liste des gens les mieux habillés du XXème siècle. Et pourtant, l'influence nazie sur le monde de la mode est reconnue de tous. Ce n'était pas le cas des fascistes italiens, jusqu'à ce que Mario Lupano et Alessandra Vaccari sortent le bouquin Fashion at the Time of Fascism, la première rétrospective illustrée de la mode italienne. C'est incroyable. Mario et Alessandra ont répondu à nos questions à propos de ces enfoirés bien sapés.

Vice : Pour la plupart des gens, le fascisme renvoie à des images de chemises noires et d'uniformes.

Mario Lupano et Alessandra Vacari : Tout à fait. Notre livre ne parle pas des fascistes et de leurs uniformes, mais traite de la mode en Italie pendant les 20 années où elle était sous contrôle fasciste. Ce qui est intéressant, c'est la façon dont le fascisme, le modernisme et la mode se sont influencés mutuellement à cette époque. Nous voulions envisager l'uniformité en tant qu'esthétique, et la façon dont ordre, rationalité et technique s'entrecroisent nous est apparue très importante. On peut reconnaître beaucoup d'éléments totalitaires dans la mode : les grands rêves, l'ambition, cette idée de « nouveaux départs », cette volonté de définir une époque.

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Les fascistes italiens avaient l'air d'être particulièrement obsédés par les corps.

Ils étaient, en réalité, plus obsédés par le fait de mesurer les corps. La standardisation des tailles, les débuts de la chirurgie esthétique, cette idée de faire de l'exercice et la prise de conscience de l'image qu'ils donnaient ont entraînés cette volonté de maîtriser le corps et ont participé à cette « nouvelle humanité » dont rêvaient les fascistes.

J'ai l'impression que les femmes italiennes tenaient une place importantes sous le fascisme.

Le régime a fait en tout cas revenir la Massale Rurali, la figure typique de la femme de la campagne, qui porte des costumes régionaux et mène une vie bucolique dans les champs.

On a pourtant l'impression qu'il s'agit d'un mélange étonnant entre mythologie antique, futurisme et technologie.

Dans un premier temps oui, puis le régime a par la suite condamné ce genre de mode cosmopolite. Les fascistes considérait ça comme un symbole des modes de vie urbains, extravagants et bourgeois. Ils ont dont été obligé de remettre la femme rurale au goût du jour.

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Un certain nombre de vêtements dans le bouquin ressemblent à des fringues casual d'aujourd'hui. Vous pensez que le sportswear a été inventé par les fascistes ?

Pas vraiment, mais le gouvernement fasciste et les modernistes ont encouragé les gens à faire du sport, et donc, à porter des vêtements de sport. Le modernisme a participé à propager la codification des lignes de vêtements, telles que le workwear et autres gammes habituellement destinés aux gens qui faisaient du tennis, du cheval ou du golf - et cette idée était partagée par les fascistes.

Est-ce qu'en réalité, le gouvernement dictait aux designers le genre d'habits qu'ils devaient créer ?

Absolument. Surtout dans la seconde moitié des années 1930 quand le Ente Nazionale Della Moda (Le Centre National de la Mode en Italie) a tenté d'empêcher l'influence de la haute couture française en Italie. Le nationalisme et la croyance idéologique en une auto-suffisance nationale étaient mélangés à la propagande. En 1936, le Commentario Diziario Italiano Della Moda de Cesare Meano faisait partie d'un plus grand plan visant à italianiser les mots étrangers. Et du coup, les plus grandes icônes de la mode de l'époque (Biki, René Gruau ou John Guida) avaient été renommés « Bichi », « Renato » et « Gion ».

Est-ce qu'il existait malgré tout des marques dissidentes ?

Je pense que la créatrice italienne Elsa Schiaparelli est l'une des plus connue. Elle vivait à Paris et a décliné les invitations de Mussolini quand elle est revenue à Rome. Et il existait aussi quelques magazines qui publiaient ses travaux de manière anonyme.

INTERVIEW: ALLISON NELLA FERRERA

Fashion at the Time of Fascism est publié aux éditions Damiani Editore.