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Radioactivité sur New York

J’approuve la théorie de Sylla : le hardcore des années 2010 est l’équivalent du revival garage des années 2000. Mêmes fringues, mêmes meufs, mêmes teufs. Je n'ai aucun problème avec ça.
30.4.13

J’approuve la théorie de Sylla : le hardcore des années 2010 est l’équivalent du revival garage des années 2000. Mêmes fringues, mêmes meufs, mêmes teufs. Je n’ai aucun problème avec ça ; j’ai toujours adoré le hardcore et je suis pour que les School Jerks continuent de faire des morceaux à la gloire du fait cramer les poubelles devant chez soi. Le souci, c’est que ces deux dernières années, pendant que je hurlais seul dans ma chambre devant mon poster SSD et un milkshake au chocolat, j’oubliais peu à peu les trucs que j’avais toujours aimés : le punk ‘77 et le gunk punk débile des Spits. Nuclear Santa Claust sont arrivés à ce moment-là, comme des sauveurs.

Ils viennent de Cleveland, ville qui a vu naître les Dead Boys et Electric Eels. Ils ne parlent de rien, à part du fait de s’en foutre. Ils portent des vestes en jean sans manches comme les butches qui conduisent les camions sur la voie rapide Sète-Montpellier. Deux jours après leur découverte, je les avais élus meilleur groupe du monde et je jurais devant Dieu de ne plus rien écouter d’autre à tout jamais.

Comme les Dead Boys, ils ont fini par déménager à New York et viennent de sortir un nouvel EP, Order of the New Age sur Don Giovanni Records. À cette occasion, j’ai réussi à choper Jim Ogrin, le guitariste du groupe ; il m’a raconté comment son déménagement à New York l’avait conduit à ne plus écrire que sur la fin du monde à venir.

VICE : Ça fait combien de temps que vous jouez ensemble ?
Jim Ogrin : Depuis toujours. Depuis 1983 en fait, à l’époque ou Reagan était en train de gagner la guerre froide à coup de menaces thermonucléaires. On était quatre, mais ce nombre est vite tombé à trois. Le gang est alors devenu un groupe ; ça fait deux ans et demi que ça dure.

Ça veut dire quoi, Nuclear Santa Claus ?Ça ressemble à une blague de zikos.
Ouais, mais au final tous les noms de groupes ne sont qu’une énorme blague, tu sais. On s’est juste dit qu’il correspondait bien à notre musique et aux thèmes qu’on aborde. Les trucs qui nous bottent le plus, ce sont les zones d’ombres de l’histoire, celles dont les gens n’aiment pas entendre parler – ou dont ils se foutent carrément. C’est même notre principale source d'inspiration pour nos chansons.

OK. Pourquoi vous êtes partis de Cleveland pour emménager à New York ?
On s’est tous retrouvés là un peu par hasard et pour différentes raisons. Mais si on devait être plus précis, c’était surtout pour traîner ensemble, trouver un boulot correct, faire les cons et parfois, jouer ensemble. Le groupe est né lorsqu’on a finit par tous vivre à New-York.

Ça ressemble à quoi, Cleveland ?
À rien – on avait fini par tourner en rond, là-bas…En revanche, en ce qui concerne le punk, Cleveland défonce vraiment. Sérieux, pense à tous les groupes qui sont sortis de là ces 30 ou 40 dernières années. C’est fou. On a passé nos meilleures années dans les centaines de concerts qu’on a vus dans ce bled. Et puis, avec un peu de chance, il doit y avoir pas mal de merdes nucléaires dans la flotte, des déchets chimiques ou d’autres trucs.

Dans votre interview pour Noisey, le gros de la discussion se concentrait autour de votre appartenance à New York. Vous avez le sentiment d’être de vrais new yorkais aujourd’hui ? 
Ici, tout le monde s’en branle de ça, chaque personne que tu croises vient d’ailleurs. On n’a rien à prouver à personne d’autre que nous ; tout ce qu’on veut c’est faire notre musique. On ne représentera jamais Brooklyn autant que Carnivore de toute façon.

C’est vrai. Vous pensez quoi de la scène punk à New York ?
Ça tue tout. Des concerts sans arrêt, des groupes qui défoncent, tout le monde est cool et il y a des centaines de salles qui acceptent de nous laisser jouer. Mais bon, tu peux toujours te plaindre de la « scène » ; il y a toujours des gens qui le feront de toute façon, même à New-York.

Et du coup quel est le principal inconvénient lorsqu’on vit à New York ?
Le loyer, putain. Et les Polonais bourrés de Greenpoint.

Vous vivez où, de votre côté ?
Bedford-Stuyvesant, la patrie de Biggie Smalls. Les autres sont à Greepoint, le pays des Polonais alcooliques qui n’habitent pas la Pologne.

OK. Votre musique est un gros crossover entre les Ramones et les Spits, avec des paroles qui ne parlent que de la guerre froide. Vous avez l’air bloqué sur la radioactivité et la possible destruction de la planète.
Notre cerveau est bloqué sur la guerre froide. On a été élevé par la télé américaine de la fin des années 1980 qui entretenait une image de peur et de violence dans la tête de tous les enfants. Ça a influencé notre vision maniaco-dépressive du monde. On regarde le présent de la même manière que quand tu mates un vieux film de SF qui essaie de décrire le futur ;c’est distordu, ça veut rien dire mais c’est toujours très bizarre.

Ah, ah. Il vous est arrivé des trucs depuis que vous êtes dans la grande ville ?
Une fois je me suis retrouvé séparé du reste du groupe après un concert à New Brunswick, dans le New Jersey. J’étais parti acheter de la bouffe chinoise et j’ai disparu. J’étais soûl comme un ours. Les autres ont passé la ville au peigne fin pour me retrouver. Au bout d’une heure ils m’ont retrouvé le tee-shirt en sang et à moitié à poil. Apparemment j’avais tenté d’escalader une clôture en fil barbelé qui encerclait un chantier vide. Puis, une autre fois, une bande de merdeux nous a tiré notre van. Ils n’ont même pas eu la décence d’utiliser toute l’essence.

Putains d’enfoirés. Merci Jim.
De rien, dude.

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