Sauvagerie en Russie

FYI.

This story is over 5 years old.

Sport

Sauvagerie en Russie

Lors de l’UFC 1, le premier combat de l’Ultimate Fight Championship, quand la porte de la cage s’est refermée, se dégageait le sentiment d’un jugement final : c’était le début de quelque chose, et c’était aussi la fin d’une époque.
07 juin 2013, 9:17am

L’octogone de l’UFC a toujours eu une dimension intense, parfaitement adaptée. Lors de l’UFC 1, le premier combat de l’Ultimate Fight Championship, quand la porte de la cage s’est refermée, se dégageait le sentiment d’un jugement final : c’était le début de quelque chose, et c’était aussi la fin d’une époque. Dès lors, la cage grillagée est devenue synonyme du MMA, tant et si bien que même les petites manifestations non autorisées l’utilisent. Le problème, c’est que les cages homologuées sont chères et rares, surtout si vous êtes un petit organisateur perdu en zone rurale. Il faut soit en louer une, ce qui peut coûter plusieurs milliers de dollars, soit en construire une sur mesure avec les moyens du bord. Vous pouvez aussi faire ça comme un organisateur de combats en Russie, en virant la cage, tout simplement.

Je ne sais pas si c’est dû au prix de la cage ou au fait qu’en absence de l’UFC, la Russie n’est pas soumise aux règles appliqués aux États-Unis et au Royaume-Uni, mais au pays de l’alcool de patates, on se bat dans toutes sortes d’endroits bizarres.

« Le MMA s’est vachement démocratisé en Russie », raconte Dimitry Nazarov, un Russe basé à Brooklyn et qui fait du marketing sur Internet. Ce fan absolu de MMA héberge des vidéos et propose des services de traduction à un collectif de Saint-Pétersbourg appelé Strelka, qu’il a découvert sur le Net il y a six mois. Strelka, ou «flèches» en français, organise des combats de MMA sans cage dans des lieux incongrus et sans limite de temps.

« J’ai vu leur tournoi et j’ai trouvé ça hyper cool, » ajoute M.Nazarov. « Leur premier combat, c’était dans une usine désaffectée, le Drapeau Rouge, à Saint-Pétersbourg. Ça a eu tellement de succès qu’ils ont décidé de faire ça plus près du centre-ville, où ils ont trouvé un terrain de volley-ball. Puis, quand l’hiver est arrivé, ils ont déménagé dans un hangar militaire. Et ils ont fait la finale sur un terrain de foot. »

« Ce qui me plaît vraiment, la raison pour laquelle je les ai contactés, c’est que c’est pas tant la violence qui compte. Il y a un côté ironique. Les mecs se serrent la main à la fin. Sans la cage, le MMA, ça ressemble à Fight Club. On a eu des comptables, des marins, d’anciens militaires et même un prof français qui sont venus se battre. »

Pendant ce temps, à Moscou, le MMA ressemble davantage à Hunger Games qu’à Fight Club.

Le Hip Show, par exemple, organise des combats de MMA en équipe dans un petit club du centre-ville réservé aux membres. Le ticket d’entrée au tournoi est de 50 000 dollars et les combattants sont répartis en trois catégories de poids différentes. Les concurrents s’affrontent sur un terrain de 140 m² rempli d’obstacles en mousse comme on en voit dans les jeux télé. On peut assister à des deux contre deux, des un contre un ou des deux contre un et de temps en temps, des trois contre deux sont même organisés. Tous ceux qui ont une culture « classique » du MMA trouvent ça à la fois étrangement terrifiant, terriblement étrange et tout simplement fascinant.

Sur les deux étages qui composent le Hip Show, on trouve un bar, un studio de diffusion et plus de quinze caméras qui permettent aux spectateurs en ligne de choisir leur angle de vue. Ces derniers peuvent aussi parier sur leur équipe favorite et lui acheter des « avantages » comme des armes, des protections voire même une augmentation temporaire du nombre de combattants actifs durant un round.

« Les avantages de chaque équipe ne dépendent pas seulement de leurs aptitudes physiques et de leur tactique, mais aussi de l’intérêt que l’audience lui porte, » explique le site web.  « Plus  il y a d’audience, plus il y a d’avantages, et plus la cagnotte gonfle. »

Plus tôt cette année, Dana White, le président de l’UFC, a annoncé qu’ils réfléchissaient à organiser un événement en Russie qui serait retransmis en live. Ça illustre bien le chemin parcouru par le MMA depuis ses débuts ; et quand l’octogone débarquera en Russie – cette dernière frontière des combattants sauvages et sans cages – ce sera une puissance civilisatrice dont chaque maillon apportera sécurité et règles, sport et compétition, loi et ordre.

Plus de nouvelles de ce grand pays peuplé de gens tristes :

**HÉ LE PEUPLE RUSSE, POURQUOI VOUS AVEZ TOUS UNE CAMÉRA ACCROCHÉE AU PARE-BRISE ? **– Météorites, bastons et accidents débiles : notre sélection des meilleurs films routiers russes

**CET ARTICLE EST DÉSORMAIS ILLÉGAL À SAINT-PÉTERSBOURG **– Des lois débiles pour emmerder les gays

**ON N’A PAS RÉUSSI À TROUVER L’ENFER RUSSE **– Mais on est sûrs qu’il se passe quelque chose d‘étrange

SIBÉRIE : DES LARMES DE KROKODIL