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LE NUMÉRO DU TIGRE BLANC

Cette maison est un putain de zoo

En Floride, à moins de 1 km de l’Interstate 75 de Sarasota, il y a quinze hectares de terres éparses dévolues à une ménagerie qui accueille des lions, des tigres, un ligre, quelques pumas, des chimpanzés, des ours...
10.3.10

Cette mâchoire béante est celle d’Indian, un des nombreux ours dressés de Derrick Jr. Ne vous en faites pas, il n’était pas en colère – ça fait partie de son numéro.

En Floride, à moins de 1 km de l’Interstate 75 de Sarasota, il y a quinze hectares de terres éparses dévolues à une ménagerie qui accueille des lions, des tigres, un ligre, quelques pumas, des chimpanzés, des ours kodiak, des lémuriens et toutes sortes de bestioles exotiques originaires du monde entier. Tous sont les enfants adoptifs des Rosaire, un cirque familial dont la science du domptage des animaux donne à Dar The Beastmaster autant de prestance que le cadavre de ce pauvre Steve Irwin (faut-il rappeler qu’il s’agit de ce pauvre animateur mort sur le tournage d’une émission, piqué par une raie alors qu’il plongeait ?). De toute évidence, les Rosaire ont un don pour communiquer avec la faune. Mais, avec le temps, chaque membre de la famille a développé une affinité particulière avec une espèce donnée. Il y a Pam, qui entraîne les chimpanzés ; Derrick Jr. et ses deux fils, Derrick III et Frederick, alias les « hommes ours » ; Ellian la talentueuse cavalière ; Linda, la sœur jumelle de Pam, qui est à la retraite mais qui peut encore mener à la baguette une meute de chiens et autres animaux domestiques pour leur faire exécuter une série de numéros ; Clayton qui, à l’âge de 17 ans, est devenu le plus jeune dompteur de lions et de tigres du monde ; et sa mère, Kay, qui lui a appris les ficelles de l’autorité sur ces prédateurs qui pourraient t’arracher la peau d’une simple pichenette.

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J’ai eu l’honneur de pénétrer l’enceinte des Rosaire, pour parler avec eux de la faillite de l’industrie du cirque – une forme de divertissement qui tire ses racines de la Rome antique, et qui fait tellement partie intégrante de la culture américaine qu’elle est une expérience partagée par presque tous les hommes, femmes et enfants depuis des putains de générations.

Évidemment, les Rosaire se méfient beaucoup des médias et de leur façon de parler du milieu du cirque, surtout quand il s’agit d’évoquer le traitement réservé aux animaux. Après leur avoir bien fait comprendre que je n’étais pas un sympathisant PETA planqué derrière le masque d’un journaliste, ils se sont lâchés sur la problématique suivante : « Comment le cirque américain se ringardise depuis des décennies. » Et j’ai appris que le déclin du cirque a des implications qui vont au-delà de l’imaginable. Les Rosaire m’ont fait la généalogie de leur cirque, ­m’expliquant qu’il remontait aux bouffons de la cour d’Angleterre et concernait neuf générations de dompteurs d’animaux et autres artistes du genre. À un moment (mais personne ne sait quand exactement), la famille a profité d’une brèche ouverte sur le marché : elle s’est lancée dans le domptage d’un large panel d’espèces animalières. Le dernier patriarche de l’époque contemporaine du clan Rosaire, Derrick Rosaire Sr., a porté l’héritage de la famille tout au long de la dernière moitié du XXe siècle. Le mec est surtout connu pour son numéro équestre « Rosaire et Tony le ­cheval fantastique », qui lui a valu une apparition au Tonight Show de Johnny Carson et l’a conduit à diriger un concert d’animaux domptés pour Daktari, cette fameuse série télé matée par tous les gosses des années soixante. Né et installé à South Wingfield en Angleterre, Derrick a passé une bonne partie de ses années de jeune adulte en tournée avec des cirques à travers l’Europe entière. Et puis, il était aussi occupé à faire des gosses avec Betty, sa femme, membre d’une autre grande famille de cirque en Europe spécialisée dans le dressage d’animaux, les Kayes. Derrick et Betty ont commencé à former leurs gamins au business familial dès que les petits se sont avérés capables de balayer un tas de merde de cheval. Ouais, c’était pas tous les jours facile. « Quand on était gosses, se souvient Linda, Maman et Papa ont eu un gros contrat pour bosser en Algérie. Donc on a embarqué sur un bateau. Quand on est arrivés, il y avait quatre légionnaires français qui nous ont félicités et emmenés au stade. Mon père était là, genre : “Qu’est-ce qu’il y a, mon ami ? Qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce que ça veut dire, tout ça ?”, et ils ont répondu : “Y’a une guerre qui se prépare.” Mes parents ne s’attendaient pas du tout à ça, parce qu’ils ne suivaient pas l’actualité, ils ne parlaient pas la langue. La première nuit, mon père a eu une chambre au dernier étage du plus grand hôtel d’Alger, et quand on regardait par la fenêtre, on voyait les gens dans la rue se buter. » En août 1961, la famille a quitté l’Angleterre pour Waterford en Pennsylvanie, pleine d’enthousiasme à l’idée de se faire une place au soleil de la bourgeonnante industrie américaine du cirque. Quelques mois plus tard, ils se sont rendus compte d’un détail un peu relou : il faisait grave trop froid pour les bêtes. « On ne connaissait rien à la géographie des États-Unis, m’a raconté Kay, et mon père avait un pote qui habitait Waterford, donc il a fini par acheter une propriété là-bas. On était en août, tout paraissait magnifique. Et après, l’hiver s’est pointé. On se les est gelées sous plus d’un mètre de neige, et on parlait à nos potes en Floride qui jouaient au tennis et se kiffaient sur la plage. On se disait : “Mais nan mais comment c’est possible ?” Et finalement on a démé­nagé à Sarasota. »

Ricky est le plus jeune des cinq chimpanzés de Pam. Quend elle dit que c’est son fils, elle ne plaisante pas du tout. Les enfants humains de Pam déclarent, en riant jaune, qu’elle s’occupe plus de ses singes que d’eux. Si ça ne suffit pas à vous convaincre, sachez qu’elle a même nourri au sein un chimpanzé adopté dont la mère était morte en couches. Et non, elle n’a pas habillé Ricky pour la photo. C’est lui qui veut tout le temps porter des vêtements.

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Aujourd’hui, Sarasota est une communauté soporifique située en bord de mer, et sa population compte un peu plus de 50 000 personnes. Ses habitants ? Des riches bien assis sur leurs thunes, des familles qui s’adonnent au travail, des retraités qui essayent de finir leurs jours tranquillement sur le sable blanc immaculé des plages de Siesta Key. Au cours des deux dernières décennies, le coin s’est aussi fait connaître comme l’endroit où Pee-Wee Herman s’est branlé dans un théâtre porno et celui où, alors qu’il somnolait devant des élèves récitant des exercices d’orthographe, George W. Bush a été alerté qu’un deuxième avion venait de se crasher sur le World Trade Center. Ouais, ce foutu endroit, c’est aussi ma ville. Mais surtout, à l’époque où les villes américaines étaient encore associées à des industries spécifiques, Sarasota était connue sous le nom de « Circus City ». « En roulant en caisse dans le coin, vous verrez aussi des grues, des animaux en pleine répétition et des gens s’entraîner au trapèze avec des grands fils électriques, dans leurs arrière-cours, m’a raconté Pam. Ça situe le cirque quelque part sur la carte. Les touristes n’ont qu’à rouler jusqu’ici pour voir des gens se produire dans leurs jardins. C’est magique. » L’association entre Sarasota et le cirque a ­commencé à l’aube du XXe siècle, lorsque quelques membres de la famille Ringling (de la Ringling Bros. and Barnum & Bailey Circus Fame) ont choisi cette ville comme lieu de résidence hivernale. John Ringling et Mable, sa femme, ont commandé la construction de la demeure d’inspiration vénitienne Cà d’Zan, d’une valeur de 1 million de dollars (aujourd’hui, elle en vaut 16 millions). Peu de temps après, toute l’équipe de Ringling a cimenté les liens entre Sarasota et le cirque en faisant de la ville le lieu de tournage de son film, The Greatest Show on Earth, qui a reçu l’Academy Award. Les promoteurs ont alors pris conscience du potentiel de Sarasota, et la valeur du foncier a grimpé en flèche. Les gens du cirque se sont finalement retrouvés exclus du centre d’une ville qu’ils avaient pourtant aidé à révéler.

La famille Rosaire au complet : [rangée de derrière, de gauche à droite] Derrick III ; Frederick ; Clayton avec le chien Snoopy ; [rangée du milieu, de gauche à droite] Derrick Jr. ; la femme de Derrick, Kay (qui d’ailleurs partage le même nom que sa belle-sœur, la dresseuse de gros chats) ; la veuve de Derrick Sr., Lisa Lisette ; la femme de Clayton, Danielle ; la fille de Clayton et Danielle, Ella ; le mari de Pam, l’écuyer acrobatique Roger Zoppe ; Ellian ; le fils d’Ellian, Kaziu Rosaire Dymek ; le mari d’Ellian, ex-acrobate de renommée internationale, Kazimierz Dymek ; [rangée de devant, de gauche à droite] Linda ; Kay ; Pam ; et le fils d’Ellian, Jerek Rosaire Dymek.

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Ringling reste un grand nom dans le business, probablement le seul qui fait encore du profit aujourd’hui, mais il fut un temps où le cirque était un mode de vie extraordinaire, exaltant et générateur de revenus pour beaucoup d’Américains talentueux. Clayton, Pam, Derrick Jr. et ses deux fils sont les seuls membres de la famille Rosaire à continuer à se produire régulièrement avec leurs animaux. Mais les spectacles sont beaucoup moins fréquents qu’ils ne l’étaient auparavant. Il y a tout un tas de raisons qui peuvent expliquer la baisse de popularité de l’entreprise, mais les Rosaire affirment que c’est un événement bien particulier – par ailleurs considéré comme un des plus grands espoirs du XXe siècle – qui a détruit leur ancien mode de vie. « La plus grosse récession correspond au moment où le mur de Berlin est tombé, m’a expliqué Kay. Les artistes de cirque des pays de l’Est ont tout à coup été autorisés à se barrer du bloc soviétique. Ils ont littéralement pris d’assaut le marché, avec leurs numéros bon marché, les Bulgares, les Russes, les Polonais. Et beaucoup d’entre eux ont fait des écoles de cirque, donc ce ne sont pas de vrais acrobates ou d’authentiques dompteurs – ce n’est pas dans leur chair. À peu près à la même époque, les défenseurs des droits des animaux sont montés au créneau, alors ces cirques-là ont utilisé cette excuse pour justifier l’absence de numéros animaliers. Ils pouvaient produire des numéros beaucoup moins chers et garder pour eux toutes les thunes qu’ils auraient normalement eu à dépenser pour un tigre. » Comme sa sœur Linda, Kay s’est retirée du business familial. Mais, à la différence de Linda, qui a quitté l’univers du cirque pour s’extirper de la rigueur quotidienne des soins à apporter aux animaux, Kay a fait de ces mêmes animaux une part carrément plus importante de sa vie. Six ans plus tôt, après trois décennies passées à recueillir des animaux abandonnés, Kay a créé le Big Cat Habitat et le Gulf Coast Sanctuary. C’est là que beaucoup de bêtes des Rosaire ­résident, en toute tranquillité. Parce qu’il s’agit d’une ­organisation non lucrative, les associations tirent une large partie de leurs fonds des donations et de petites subventions. Évidemment, c’est un peu tendu de gérer une entre­prise comme ça, mais les Rosaire ont toujours su faire preuve d’inventivité pour maintenir un équilibre, même précaire. Comme presque tous les week-ends, moyennant la somme de 10 dollars, vous pourrez faire un tour des terres et assister à une démonstration dans une arène de cirque improvisée. Une fois par an, les Rosaire sortent leurs ­costumes ornés de sequins, et ils invitent leurs potes à ­participer à une collecte de fonds pour les sanctuaires ­animaliers créés par Kay.

Fluffy l’émeu est arrivé au sanctuaire des Rosaire après qu’un zoo du coin a fermé,
laissant ses animaux sans abri.   Il y a cinq ans environ, Derrick III s’occupait de ses ours quand une bagarre a éclaté. Les ours ne montrent pas vraiment leurs émotions, et même les dresseurs les plus expérimentés ne peuvent pas toujours savoir quand ils sont en colère. Il s’est retrouvé pris dans la baston, et voilà le résultat. Derrick dit juste qu’il était au mauvais endroit au mauvais moment, et il n’en veut pas du tout aux animaux, mais ça a dû bien lui faire mal.

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Kay est peut-être la fondatrice du refuge, mais toute la famille a mis la main à la pâte pour l’aider à s’occuper des animaux. Pam, la sœur de Kay, ­s’occupe de cinq chimpanzés. Elle affirme être sans doute la seule meuf sur Terre à avoir suffisamment confiance en elle pour s’occuper de bêtes aussi grincheuses. À terme, Kay aimerait bien ouvrir son propre refuge pour chimpanzés. Elle explique que les gens, quoi qu’il arrive, ne devraient pas considérer les chim­panzés comme de simples animaux de compagnie. Dommage que Sandra Herold, la maîtresse du chimpanzé qui pesait 200 kilos et qui a défoncé les lèvres, les mâchoires, le nez de sa copine Charla Nash, avant de lui faire sortir les yeux des orbites, ne s’en soit pas aperçue. Bref, Pam me dit qu’elle préfère quand même les chim­panzés aux hommes. « Je bosse avec des chimpanzés parce qu’ils constituent mon espèce vivante préférée, m’a dit Pam. Ils m’aiment. Ils me traitent comme une reine, mais ça a pris dix ans à mon mari avant de pouvoir me toucher, ou même me parler devant eux. » En discutant avec n’importe quel Rosaire, on se rend vite compte qu’il travaille avec les animaux parce qu’il les considère comme des frères de sang. C’est dans ses gênes. Les Rosaire ne sont pas fortunés, et leur affaire frôle toujours plus ou moins la faillite. Linda est le seul membre de la famille qui possède une maison ; les autres vivent éparpillés dans des mobile homes, mais ça ne les empêche pas d’être heureux comme ça. Leur boulot est un taf qui ne leur permet jamais d’être en vacances – s’occuper des animaux, ça prend vraiment 365 jours par an, et la plupart des profits qu’ils tirent de leurs spectacles ou de leurs démonstrations servent à nourrir les bêtes. « Le truc, c’est de pouvoir payer nos factures, dit Clayton. Les gens oublient que les animaux exotiques nécessitent aussi de la bouffe exotique. » La plupart des animaux qu’ils ont adoptés sont nés en captivité – les orphelins des zoos ou les animaux exotiques abandonnés par des gens blindés de thunes qui ne comprennent qu’après coup que leur sympathique lynx de 1 an ne rentrera pas dans une boîte. Ajoutez à ça le fait que la Floride joue le rôle de principale porte d’entrée pour les animaux exotiques aux États-Unis, vous comprendrez que le nombre d’animaux abandonnés ou négligés est dingue. « La plupart des propriétaires d’animaux illégaux en Floride, avant que l’on régule tout ça, étaient des dealers de drogue, m’a expliqué Kay. Ils étaient connus pour avoir des fauves. Ils les utilisaient pour se débarrasser des corps. » Plus récemment, la Commission pour la conservation de la faune et de la flore en Floride a largement collaboré avec la police pour déterminer la liste des animaux autorisés à passer la frontière. Elle est aussi l’organisation chargée de s’assurer que les gens comme les Rosaire possèdent les installations adéquates pour accueillir des bêtes et suivent effectivement le règlement (que la famille fait d’ailleurs plus que respecter). Mais ça ne satisfait que peu la PETA, le Front de libération animalier et les autres petites organisations de ce genre. De nombreux membres de ces groupes pensent que les animaux, surtout les importés, ne devraient jamais être tenus en captivité et utilisés à des fins de divertissement, peu importe le contexte dans lequel ils arrivent. « Mais aucune de ces associations ne tient de grand ­refuge non lucratif qui offre une demeure à ces animaux », a rétorqué Clayton quand je lui ai parlé des défenseurs des droits des animaux qui accusaient les Rosaire et autres cirques de maltraiter les bêtes.

J’ai contacté la PETA pour connaître leur position officielle sur la question. Leurs réponses condamnaient évidemment le phénomène. « La PETA s’oppose formellement à l’utilisation d’animaux exotiques dans les cirques ou autres représentations comportant des animaux, et à l’idée même d’entraînement des animaux sauvages en général, m’a affirmé Lisa Wathne, spécialiste des animaux en captivité pour la PETA. Les animaux entraînés à ce genre de représentations sont privés de tout ce qui est naturel pour eux. Ils passent leur vie à devoir nier leur existence, à rester confinés et privés des activités qu’ils sont supposés avoir, la chasse, le choix de leurs partenaires et l’élevage de leurs petits. À la place, ils sont entraînés dans la peur, la contrainte et la privation. » À moins que tu ne manques de jugeote ou que tu sois un débile mental fini, tu sais que les animaux nés en captivité et leur progéniture ne peuvent pas être refoutus dans la nature comme si de rien n’était. Du coup, peu importe ta position sur la question, rends-toi bien compte qu’il n’y a que deux possibilités pour les animaux abandonnés : finir dans un refuge ou dans un zoo (qui sera capable ou non de les maintenir en bonne condition) ou être euthanasié. Si la dernière solution te semble être la meilleure, je te défie d’aller direct au Big Cat Habitat, ou un du genre, pour discuter avec le personnel, et de repartir avec la même opinion, sans avoir l’impression d’être un putain d’enculé sans cœur.

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Comme vous pouvez le voir, Derrick Jr. aime beaucoup son ours brun d’Europe, Peter, ce qui est fréquemment l’objet de jeux de mots vaseux dans la famille. Derrick insiste sur le fait qu’il ne musèle ses ours que lorsqu’ils se trouvent à proximité d’inconnus, par exemple de mecs qui viennent les prendre en photo pour un magazine.

J’ai demandé à Lisa ce qu’il faudrait faire pour ces animaux, idéalement, et si la PETA pensait qu’il ­faudrait les euthanasier dans le cas où un vrai refuge ne pourrait leur être trouvé (ce que prétendent les Rosaire). Elle a zappé la deuxième partie de ma question, mais m’a répondu que la PETA faisait en sorte de trouver des refuges adéquats aux animaux exotiques sans domicile. « Dans ce cas-là, la PETA recommande que les animaux soient placés dans des refuges qualifiés et réputés ou dans des zoos accrédités par l’Association des zoos et des aquariums », m’a répondu Lisa.

Ellian a tellement bien dressé Navarro, son cheval de cinq ans, qu’il est capable de se produire avec n’importe quel cavalier un peu expérimenté. Elle affirme que parfois il hennit comme pour dire « maman ».

À côté de ces protestations ad hoc et autres actions diffamatoires, les Rosaire ont été soumis à des attaques personnelles. La plupart du temps, ils n’en ont cure et se contentent de changer de ville, mais certains de leurs opposants les plus malins ont carrément appelé les salles qui les bookaient pour leur dire que les Rosaire maltraitaient leurs animaux. « La loi nous demande de soumettre nos itinéraires à l’USDA quand on prend la route pour le travail, m’a informé Kay. On doit leur faxer notre programme de façon à ce qu’ils puissent venir nous contrôler à tout moment. Parfois, il y a des défenseurs des droits des animaux qui s’immiscent dans notre itinéraire et se rapprochent des gens avec qui on bosse pour leur dire de ne pas nous embaucher. Qui peut savoir le nombre de salles qui nous avaient contactés mais ne nous prennent pas finalement, à cause de ça ? » S’il y a des formes de mauvais traitement au Big Cat Habitat, alors je suis complètement à l’ouest, parce que je n’ai rien vu. Les récents déboires économiques ont fait que les gens se sont plus que jamais débar­rassés de leurs animaux exotiques, et les Rosaire font partie du peu de gens au cœur gros comme une maison qui sont capables de les recueillir et assez motivés pour s’en occuper correctement. Que ces animaux soient dressés pour assurer des spectacles est un débat dans lequel je n’entrerai pas ici. Mais ce que je peux dire, c’est que la majorité des bêtes du Big Cat Habitat ne sont pas entraînées pour participer aux spectacles des Rosaire. La plupart sont des orphelins, et très peu de gens pourraient s’en occuper. Le peu de temps que j’ai passé avec les Rosaire m’a sincèrement convaincu que leurs animaux étaient chanceux, et qu’ils avaient atterri entre les meilleures mains possibles, compte tenu de leur situation pourrie.

Peu de choses réjouissent plus Ricky et Geraldine que passer en trombe sur le scooter de Pam ; ça plaît pas mal à Pam, également.   Gremlin le lémurien aime bien, lui aussi, les petites virées en scooter.

La famille Rosaire est complètement dévouée aux animaux comme à leurs conditions de vie. Si tu t’y connaissais, tu pourrais dire que les Rosaire supervisent l’opération comme on s’occupe d’un cirque à trois pistes. Selon la famille, et contrairement aux expressions idiomatiques d’usage, l’expression « cirque à trois pistes » doit être utilisée pour désigner un travail méticuleux et plein d’attention. J’ai aucun véritable moyen de savoir si ce que les Rosaire disent de l’efficacité du cirque est vrai ou non, mais des rumeurs laissent entendre que l’armée américaine a envoyé des troupes observer le cirque Ringling Bros. lors de la Première Guerre mondiale, afin de s’inspirer de leur manière de s’organiser. Et je suis prêt à le croire. Leur mode de vie est ultra méthodique, c’est important de ­souligner qu’ils considèrent encore leur travail quotidien comme une sorte d’action charitable. Aussi longtemps que leur ménagerie dormira sur ses deux oreilles et qu’ils ­continueront à divertir les gens. Ce sont, après tout, des gens du cirque. « On veut que les gens quittent le cirque en réfléchissant. Qu’ils trouvent le spectacle impressionnant, les animaux magnifiques, m’a confié Kay. Et tu vois les enfants pleurer parce qu’ils ne veulent pas rentrer à la maison. Ils veulent rester au cirque. Et c’est ce que nous voulons que les gens ressentent quand ils quittent le spectacle. » Pour plus d’informations sur l’histoire de la famille et leurs grandes excursions, on vous recommande de regarder le documentaire Circus Rosaire, qui a été récompensé. Vous pouvez le trouver à l’adresse suivante : circusrosairemovie.com ; les Rosaire souhaitent aussi mentionner le fait que les donations (les conséquentes comme les plus modestes) sont les bienvenues au Big Cat Habitat et au Gulf Coast Sanctuary, à l’adresse : bigcathabitat.org