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Food by VICE

Je me suis nourri exclusivement de Nutella pendant une semaine

Et sans surprise, j'ai vécu les pires journées de ma vie.

par David Allegretti
06 Mai 2015, 9:39am

Beaucoup de gens aiment le Nutella. En fait, tellement de personnes aiment en manger que se servir directement dans le pot est devenu un geste – disons même un rituel – admis par toute une génération. Je fais partie de ces gens. J'adore le Nutella – et c'est ce qui m'a conduit à passer la pire semaine de ma vie.

Tout a commencé alors que je cherchais un sujet sur lequel écrire. En ma qualité de jeune écrivain, les gens me conseillent souvent d'écrire sur mes passions ou sur ce genre de trucs. C'est en réfléchissant à leurs conseils que l'idée m'est venue. Avant cette expérience, je racontais souvent à qui voulait l'entendre que je pourrais me nourrir exclusivement de Nutella toute une semaine. Mais était-ce vrai ? Que se passerait-il en transformant ce fantasme en réalité ?

Avant même de débuter ce régime un peu spécial, je me suis autorisé à boire tout ce que je voulais dans la mesure où les breuvages que j'avalerais ne pouvaient être considérés comme des compléments alimentaires.

Mon rédacteur en chef avait beau être quelque peu anxieux à cette idée, il m'a donné le feu vert par curiosité – et sûrement aussi par sadisme. J'ai acheté deux pots au supermarché et décidé de commencer le samedi suivant. J'étais fin prêt.

Jour 0 : samedi, 18h. Poids : 66 kg

J'ai passé la première nuit à traîner dans la ville avec un pote. Je me sentais parfaitement bien. J'ai terminé le premier pot en quelques heures et je me suis senti encore mieux après l'avoir englouti. À ce moment-là, j'ai pensé que tout se passerait sans le moindre problème.

Jour 1 : dimanche. Poids : 65 kg

Manger du Nutella dès le réveil n'a jamais été quelque chose d'inhabituel pour moi. J'ai donc avalé mon petit-déjeuner avec le sourire, en pensant à quel point il était génial de pouvoir se ruiner les entrailles en toute responsabilité – et en étant payé, de surcroît.

Quelques heures plus tard, j'ai retrouvé mes colocs sur le balcon de notre appart. Le soleil tapait. On s'est installés sur des chaises longues et on a bu du whisky, avant d'aller au parc voisin.

Là-bas, on a écouté Jimi Hendrix et Joey Badass tout en continuant à picoler – une super idée quand on a le bide rempli de Nutella.

Vers 19h, j'ai titubé jusque chez moi où j'ai vomi une sorte d'acide marron. C'est à ce moment-là que les problèmes ont commencé.

Jour 2 : lundi. Poids : 65 kg

J'avais la gueule de bois. Ma tête me faisait un mal de chien et j'avais envie d'une pizza. J'avais aussi la diarrhée. Dans la cuisine, mon coloc m'a lâché un regard déconcerté et s'est foutu de ma gueule. « T'es encore avec ton histoire de Nutella ? », m'a-t-il demandé.

On est allés dehors. Il parlait mais je ne l'écoutais pas. Mon esprit était engourdi et mes oreilles bouchées. Je n'avais pas d'énergie. J'ai fini la journée en étant complètement affamé. La simple pensée d'une pâte à tartiner chocolat-noisette descendant dans mon estomac me donnait envie de vomir. Au final, sur les coups de 20h, j'ai pu sentir l'odeur d'une pizza que savourait un de mes colocs. Putain d'enfoiré.

Jour 3 : mardi. Poids : 64,5 kg

J'ai commencé la journée en observant un type dans le train dévorant une tartine de beurre d'arachide. Après trois jours de Nutella, mon sens de l'odorat s'était affûté. Je pouvais sentir chaque molécule de sel du beurre de cacahuète, chacune criant mon nom. J'avais foutrement envie de cacahuète et d'un cheeseburger bien gras.

Je suis allé au travail où j'ai foncé directement aux toilettes. Ma chiasse était encore plus violente. Malgré ça, j'ai de nouveau avalé du Nutella. Mes oreilles ont bourdonné pendant quelques heures, mais ça a fini par passer. En début d'après-midi, quelqu'un m'a dit que j'avais l'air « malade ». Effectivement, je ne me sentais pas très bien. J'essayais d'écrire, mais mon cerveau ne voulait pas coopérer. Je suis sorti prendre l'air afin d'essayer de reprendre mes esprits, mais ça m'a simplement donné froid et sommeil. J'étais sur le point de craquer.

De retour dans le tram, mon ventre faisait tellement de bruit que j'étais persuadé que toute la rame pouvait l'entendre. Arrivé à destination, je me suis enfui en courant, certain que tout le monde m'observait.

Jour 4 : mercredi. Poids : 64 kg

Jour horrible. J'avais beau être au fond du trou, j'étais aussi censé aller à la fac. C'était impossible. Rien que sortir du lit était un défi insurmontable. Mon téléphone a sonné en début d'après-midi. C'était Julian, mon rédacteur en chef. « Mec, on devrait peut-être en rester là avec cette histoire, m'a-t-il expliqué. Franchement, on est surpris que tu tiennes encore et on s'inquiète un peu pour ta santé. » À ces mots, une montagne de bouffe s'est mise à danser dans mon cerveau. Mais, même si j'étais tenté, je ne pouvais pas m'arrêter là. Qui lirait l'histoire d'un type qui a bouffé du Nutella pendant seulement trois jours ? D'autres l'ont déjà sûrement fait. Ça n'avait rien d'incroyable ou d'intéressant. J'ai donc décidé de continuer.

J'ai passé mon après-midi à essayer de rendre le Nutella un peu plus attrayant. D'abord, je l'ai congelé pour me donner quelque chose à mastiquer. C'était sympa de réutiliser ma mâchoire, mais le goût n'était pas génial. Ensuite, je l'ai mélangé avec du café. Ce truc s'est avéré fantastique ; vous devriez vraiment essayer.

Jour 5 : jeudi. Poids : 63,5 kg

Sans surprise, cette nouvelle journée a elle aussi été compliquée. C'est incroyable comment quelque chose de simple comme la nourriture peut avoir des effets aussi dramatiques sur la santé mentale. J'en étais presque au stade de la folie. Plus rien n'était réel et ma capacité de concentration s'était brisée en mille morceaux. Tout ce dont j'étais capable, c'était de rester là, planté sur ma chaise, le regard dans le vide, à avoir envie de dormir.

Le soir même, j'ai rendu visite à ma mère, où j'ai été accueilli par une odeur de pâtes en train de cuire. Ça m'a presque fait chavirer. Elle m'a observé et m'a aussitôt ordonné d'arrêter. Elle pensait que j'étais fou et que je ne comprenais pas les impacts qu'une telle expérience pouvait avoir sur ma santé. Je lui ai répondu qu'elle ne comprenait rien au journalisme d'investigation.

Jour 6 : vendredi. Poids : 63,5 kg

Toute la journée, je me suis répété comme un mantra : « Demain je vais manger. Demain je vais manger. Demain je vais manger. »

J'ai passé la nuit chez un pote. On s'est assis autour d'un feu, à parler de trucs sans grand intérêt. J'étais très impatient. J'étais sur le point de manger, mais je n'étais pas encore en train de manger. Je trouvais le feu intensément fascinant.

Jour 7 : dimanche. Poids : 63 kg

Je n'oublierai jamais cette matinée. J'avais l'impression d'être un gosse de huit ans un matin de Noël. Je suis sorti du lit avec un fou rire. J'avais réussi à tenir et j'ai fêté ça avec un énorme sandwich au rôti de porc – il était tellement gros que je pouvais à peine croquer dedans. L'extase.


À l'heure où j'écris ces lignes, ça fait trois jours que j'ai repris un régime alimentaire normal. En y réfléchissant, je pense avoir vécu la semaine la plus riche en émotions de toute ma vie. Aujourd'hui, je me rends compte à quel point mon humeur en a été chamboulée. Durant toute l'expérience, j'ai aussi été complètement perdu, au point que suivre et comprendre une conversation était un calvaire. À certains moments, j'avais sincèrement l'impression de perdre pied avec la réalité. J'ai passé des nuits dans mon appartement à faire les cent pas, à me demander si cette torture que je m'étais infligée en valait vraiment la peine. Je me regardais ensuite dans le miroir et n'y voyais qu'un zombie aux yeux noirs m'ordonnant d'avaler une putain de carotte.

À présent, je peux dire que je n'aime pas le Nutella. Mais on en reparlera peut-être dans un mois.

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