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Il y a des distributeurs de pipes à crack à Vancouver

Avec leurs pois couleur pastel, ils réjouissent les usagers de crack de la ville.
20.2.14

Mariner James du Portland Hotel Society posant devant le distributeur

« Pipes : 25 cents  » est-il écrit sur le sticker collé sur la vitre du distributeur à pois colorés. Il y a plus de dix ans, cette machine vendait des sandwiches. Aujourd’hui, mettez un quarter dans la fente et tapez un numéro. Clic. Une pause. Un bourdonnement. Roulement de spirales, et une pipe à crack – emballée dans un tube en carton pour éviter qu’elle ne se brise – tombe. Vous pouvez alors pousser la vitre en plastique et retirer votre nouvel outil.

Selon la Coalition de Caroline du Nord de réduction des risques, l’hépatite C et le sida peuvent se transmettre via le partage des pipes à crack. La chaleur intense et l’usage répété peuvent rendre les pipes coupantes. De la même façon que distribuer des seringues, rendre accessibles les pipes à crack est une bonne mesure de politique de santé publique, parce qu’elle diminue les risques chez les usagers.

Le distributeur de pipes à crack était le rêve de Mark Townsend et de Mariner James, tous deux employés de la Portland Hotel Society, une association à but non lucratif qui vient en aide aux individus atteints de problèmes de santé mentale et de dépendance à la drogue. Il existe aujourd’hui deux machines, en place depuis 6 mois. Chacune contient 200 pipes et a besoin d’être réapprovisionnée plusieurs fois par semaine.

L’une des machines est située dans le Centre d’accueil des usagers de drogue très animé de la PHS. J’ai récemment visité le centre en compagnie de Mariner. Dans la grande salle, des gens se félicitaient mutuellement à la fin d’un atelier d’écriture pendant que d’autres faisaient la queue pour déjeuner. J’ai demandé à la ronde si quelqu’un voulait bien me parler du distributeur présent dans un coin de la salle.

Joe, un toxicomane qui se trouvait tout près de moi, m’a regardé comme si j’étais stupide, avant de sourire et de me dire : « C’est un distributeur, t’as besoin de savoir quoi d’autre ? » Il m’a assuré qu’il l’utilisait tout le temps et que « 25 cents, c’est beaucoup moins que le prix pratiqué dans la rue ». Un rapide débat s’en est suivi, sur la façon dont on pourrait améliorer les machines.

Une femme nommée DJ est intervenue. Elle utilisait la machine et en parlait à ses amis. Elle m’a confié qu’elle aimerait voir plus de distributeurs de pipes à crack dans le centre-ville. « Mais ça demande de l’entretien. Les gens se disent : “Hey, des pipes”, puis ils secouent la machine pour les récupérer gratuitement.” » Mariner a hoché la tête, conscient du problème.

Mariner espère que la distribution de pipes à crack sera un jour acceptée au même titre que celle de seringues aux individus qui se shootent. Il m’a ainsi affirmé : « La stigmatisation des usagers de crack est bien supérieure à, disons, celle que subissent les héroïnomanes, par exemple. Le crack fait particulièrement paniquer les gens. » Mariner craignait que des commentateurs conservateurs ne s’emparent du sujet dans une optique sensationnaliste.

Mais le soutien de la communauté à ce projet de réduction des risques chez les fumeurs de crack est croissant. Il y a trois ans, la Vancouver Coastal Health Authority a lancé un programme pilote de distribution de pipes à crack. Avant ça, le Réseau d’usagers de drogue de la région de Vancouver avait pris la même initiative. La police de Vancouver a soutenu ces projets, en dirigeant les usagers de drogue vers les salles de shoot et autres lieux sécurisés, par exemple.

Aiyanas Ormond, du Réseau d’usagers de drogue de la région de Vancouver, m’a dit que les distributeurs de pipes étaient « une intervention utile ». Il a ajouté : « L’accessibilité des pipes neuves peut faire la différence, en termes de diminution de la prise de risque. » Citant les recherches du projet SCORE (Usage de crack plus sécurisé, assistance, recherche et éducation), il a remarqué que le fait de distribuer des pipes aux usagers trempant dans le sexe tarifé réduisait les risques de façon significative. Plus besoin de faire de passes supplémentaires pour se payer une pipe.

Mariner passe ses journées derrière le volant du van d’échange de seringues de la PHS, à dialoguer avec les usagers, à filer des shooteuses et des pipes clean à travers Vancouver. On sent de la proximité entre lui et les usagers qui utilisent les distributeurs ou montent dans son van.

Parfois, certaines personnes souhaitent une discrétion accrue. Dans ces cas-là, Mariner n’annonce pas la présence de son van dans le quartier. Mariner se gare dans une contre-allée ou utilise un véhicule qui attire moins l’attention. Si l’usager souhaite une intervention plus anonyme, il n’a qu’à trouver 25 cents. C’est la philosophie de Mariner – laisser les usagers venir à sa rencontre selon leurs propres conditions, et leur fournir une assistance en tant que pair, pas en tant qu’autorité.

Ce n’est pas un hasard si le design du distributeur est si gai ; il est conçu pour faire contraste avec les centres de soins froids et impersonnels, hautement sécurisés. Le distributeur a l’air hyper accueillant. Mariner m’a dit : « Le design, on l’a choisi pour qu’il fasse naître chez l’usager un sentiment de respect, de dignité. C’est le seul havre des consommateurs de crack, autrement stigmatisés et vilipendés partout ailleurs dans la ville. »

@garthmullins