Environnement

L'Arctique est à nouveau en feu

Les feux de Sibérie libèrent des quantités record de dioxyde de carbone après des mois de températures anormalement élevées dans l'Arctique.
21 juillet 2020, 6:41am
Les feux de juin 2020 en Sibérie
Les feux de juin 2020 en Sibérie. Image : NASA 

Le cercle arctique, une région connue pour son climat froid et son paysage glacial, souffre d'une vague de chaleur record qui a déclenché des incendies de forêt à grande échelle et des émissions de gaz à effet de serre sans précédent. Ces incendies sont un sinistre rappel des effets considérables du changement climatique sur les régions polaires, qui se réchauffent à un rythme près de trois fois supérieur à celui du reste du monde.

Au cours du mois dernier seulement, les feux de Sibérie ont libéré environ 59 mégatonnes de dioxyde de carbone, battant ainsi le précédent record de 53 mégatonnes établi en juin 2019, selon CNN. Ces chiffres sur un mois sont comparables aux émissions de dioxyde de carbone de pays comme l'Irlande ou le Portugal sur une année entière. « L'Arctique est en feu, au sens figuré et au sens propre : il se réchauffe beaucoup plus vite que nous le pensions en réaction à l'augmentation des niveaux de dioxyde de carbone et d'autres gaz à effet de serre dans l'atmosphère, et ce réchauffement entraîne une fonte rapide et une augmentation des incendies. Le réchauffement record en Sibérie est un signe avant-coureur de proportions importantes », a déclaré à l'Associated Press Jonathan Overpeck, climatologue à l'université du Michigan.

Chaque printemps et chaque été, les flammes dévorent des pans entiers de l'Arctique, notamment en Sibérie, mais en mai de cette année, les feux avaient déjà balayé plus de deux millions d'hectares, s'infiltrant même dans des régions du Grand Nord qui brûlent rarement.

La rapidité et la précocité de la propagation des flammes suggèrent que les vestiges des feux de l'été dernier, qui étaient également de grande ampleur, ont pu survivre sous terre pendant l'hiver et se raviver avec le dégel du printemps, un phénomène connu sous le nom d’incendies « zombies ».

Les hivers glaciaux de l'Arctique éteignent normalement ces braises, mais cette année, la Sibérie est en proie à une vague de chaleur alarmante. De janvier à mai, la région a enregistré des températures supérieures à la moyenne d'environ 8°C, selon l'Associated Press. Au solstice d'été en juin, la communauté arctique de Verkhoyansk a dépassé les 38°C pour la première fois de son histoire. Ces nouveaux pics suivent une tendance mondiale de réchauffement des températures, bien que les conséquences de la crise climatique soient particulièrement prononcées dans l'Arctique.

La chaleur étouffante a également fait fondre d'énormes quantités de permafrost, un type de sol gelé d'une importance vitale qui est très répandu dans les régions polaires. Le changement climatique accélère ce dégel, ce qui réduit la capacité du permafrost à freiner les incendies. Cela peut également causer des dommages importants aux infrastructures : au début de l'été, plus de 20 000 tonnes de diesel se sont déversées dans un fleuve de l'Arctique russe après la rupture d'un réservoir de carburant parce que, selon la société, celui-ci était positionné sur un permafrost instable.

Le dégel du permafrost est d’autant plus inquiétant que cette couche gelée stocke d'énormes quantités de carbone qui se retrouvent dans l'atmosphère lorsqu'elle fond par temps chaud, ou brûle lors d'incendies saisonniers, ce qui aggrave encore les facteurs à l’origine du changement climatique.

Voilà le cercle vicieux : la hausse mondiale des températures fait fondre le permafrost et amplifie les incendies, ce qui provoque de graves pics d'émissions de gaz à effet de serre, qui sont le principal facteur de réchauffement climatique. Cette boucle cauchemardesque aura des conséquences désastreuses non seulement pour les communautés de l'Arctique, mais aussi pour la planète entière, raison pour laquelle les scientifiques considèrent qu'il s'agit de l'un des plus importants « points de non-retour » potentiels du climat à surveiller.

Si la Sibérie est l'épicentre de cet enfer arctique, les incendies ravagent également d'autres régions de haute latitude au Groenland, dans le nord du Canada et en Alaska.

Les feux devraient se poursuivre au moins jusqu'à la fin du mois d'août, date à laquelle 2020 pourrait être officiellement déclarée la pire année de feux de forêt arctique à ce jour, même si nous pouvons nous attendre à ce que ce triste record soit remis en cause à maintes reprises au cours des prochaines décennies.

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