Achille et Giovanni Judica-Cordiglia
De gauche à droite, Achille et Giovanni posent avec un micro. Toutes les photos nous ont été fournies par le fils de Giovanni, Max Judica-Cordiglia.

Le mystère des frères Judica-Cordiglia et de la cosmonaute fantôme

Pendant la guerre froide, deux jeunes italiens auraient intercepté des appels au secours émis depuis l’espace par une certaine Ludmilla. Ils n'ont jamais pu le prouver.
15 mai 2020, 7:13am

Nous sommes en 1957 et les Soviétiques viennent de mettre en orbite une sorte de ballon de plage en aluminium appelé Spoutnik 1. Pour beaucoup de spectateurs, c’est le signe d’une terrifiante escalade du conflit. Mais pour deux frères italiens, c'est le début d’une aventure fascinante.

Achille et Giovanni Judica-Cordiglia sont alors âgés d’une vingtaine d'années et vivent à Turin, au nord de l’Italie. Depuis quelques années, ils réparent de vieux récepteurs radio achetés dans des boutiques de surplus militaire. Le lancement de Spoutnik est pour eux l’occasion de les mettre à profit. Et voilà qu’ils l’entendent, faible mais sans équivoque : un bip venant de l'espace. « Mon Dieu, c'était incroyable, se souviendra plus tard Giovanni. Nous avons été les premiers dans toute l'Europe à entendre le signal de Spoutnik 1. »

Les deux frères en train d’installer une antenne sur le toit de la maison familiale. Toutes les photos sont publiées avec l’aimable autorisation du fils de Giovanni, Max Judica-Cordiglia

Les deux frères deviennent obsédés. Nuit et jour, ils bricolent leur équipement radio. Le toit de la maison familiale commence à être envahi d’antennes de fortunes. À chaque nouvelle mission spatiale, ils interceptent des communications radio : d’abord celles de Spoutnik 1, ensuite celles de Spoutnik 2, puis celles d’Explorer 1.

Mais le 28 novembre 1960, une transmission interceptée sur une fréquence soviétique va tout changer. C’est étrange car aucun lancement n’a été annoncé. Et au lieu du bip insignifiant habituel, les deux frères entendent un appel SOS en morse, qui semble provenir d’un vaisseau s’éloignant de la Terre. Trois points, trois traits, trois points.

À ce moment-là, les Soviétiques viennent de lancer un chien dans l'espace, mais pour l’instant, ni eux ni les Américains n'ont encore réussi à envoyer un humain au-delà de la stratosphère. Mais voilà qu’un vaisseau émet un appel de détresse on ne peut plus humain alors qu'il s'élance dans l'espace lointain. Cela n’a pas de sens.

« Peut-être que les Soviétiques avaient réussi à mettre un cosmonaute en orbite, et peut-être qu’ils l'avaient perdu dans l'espace. Nous n'avions aucune preuve, mais c'était la seule théorie qui tenait la route. Pourquoi un vaisseau sans équipage aurait-il émis un signal de détresse ? »

Pour les frères, c'est le premier d'une série de mystérieux appels au secours interceptés depuis l'espace. Ils enregistrent ensuite un battement de cœur humain, transmis sous forme de données biométriques, puis une conversation en russe, suppliant de l'aide.

Le 17 mai 1961, ils captent ce message particulièrement obsédant, émis par une certaine Ludmilla : « Les conditions s'aggravent, pourquoi ne répondez-vous pas ? On ne cesse de ralentir… le monde ne saura jamais rien de nous. » Ils n’ont aucune indication quant à sa provenance.

Entre-temps, l'Union soviétique n'a annoncé qu'une seule mission réussie, celle de Youri Gagarine le 12 avril 1961. Les autres missions apparemment habitées (et désastreuses) rapportées par les frères ne sont jamais mentionnées. Pour Achille et Giovanni, cela veut dire une chose : les Soviétiques envoient des gens dans l'espace, les perdent et étouffent les affaires.

Achille et Giovanni avec une partie de leur matériel.

C'est une théorie qui fait l'objet de débats depuis. J'ai d'abord lu un thread Quora qui remettait en doute les déclarations des frères, avant de trouver une version en ligne d'un article du Reader's Digest de 1965 qui présentait leur histoire comme un fait incontestable. Les sceptiques pensent qu’ils ont falsifié les enregistrements, d'autres affirment qu’ils sont crédibles et invoquent les antécédents de dissimulation de la Russie en tant que preuve.

Quoi qu’il en soit, le mystère reste entier. L'aîné des deux frères, Achille, est décédé il y a quelques années, mais Giovanni, qui vit toujours à Turin, est un octogénaire plein d'entrain qui raconte volontiers son histoire à qui veut l’entendre.

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