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Les clones de la brebis Dolly sont en pleine forme, merci pour eux

Vingt ans après la naissance de la première brebis clonée, des chercheurs affirment que ses clones vieillissent tout à fait normalement et que le clonage peut être sans danger.
Image: University of Nottingham

Des chercheurs de l'université de Nottingham ont annoncé mardi que les quatre clones de la brebis Dolly ne montraient aucun signe de vieillissement prématuré, ce qui prouve que le clonage (ou "transfert de noyaux de cellules somatiques") peut produire des mammifères adultes tout à fait sains.

Un article publié hier dans la revue scientifique Nature Communications présente les résultats des observations menées par le biologiste Kevin Sinclair et son équipe. Ils ont pu constater que les brebis adultes Debbie, Denise, Diana et Daisy - toutes créées à partir de cellules prélevées sur la fameuse Dolly - étaient en parfaite santé et ne différaient en rien de moutons "normaux" du même âge.

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Vingt ans après que Dolly soit devenue le tout premier mammifère à être cloné, il s'agit de la première étude visant à étudier le vieillissement de clones produits par la méthode du transfert de noyaux de cellules somatiques, également connu sous le nom de clonage thérapeutique ou SCNT.

Kevin Sinclair avec les clones de Dolly. Image: University of Nottingham

Méthode pour l'heure relativement inefficace, le clonage thérapeutique consiste à prélever le noyau d'une cellule adulte (par exemple une cellule de glande mammaire, dans le cas de Dolly et de ses clones) et à l'échanger avec le noyau d'un ovule. L'embryon est ensuite implanté dans une mère porteuse, qui donnera naissance au clone. Mais la plupart des tentatives de clonage thérapeutique échouent avant que l'embryon ait pu se développer totalement, et la méthode est donc loin d'être parfaite, même si les scientifiques s'accordent à dire qu'elle a beaucoup progressé depuis les années 1990.

L'étude menée à Nottingham est intéressante dans la mesure où elle réfute l'idée selon laquelle les mammifères clonés meurent prématurément de maladies liées au vieillissement, une crainte née de la mort de Dolly à l'âge de six ans des suites d'une maladie pulmonaire qui frappe généralement les moutons âgés. Une étude japonaise menée en 2002 sur des souris clonées mortes prématurément de maladies liées au vieillissement allait également dans ce sens, et semblait indiquer que les clones avaient de fortes chances d'être atteints d'obésité et de diabète, et donc de mourir jeunes.

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Une brebis en train de passer une IRM. Image: University of Nottingham

Les résultats de Sinclair montrent que ce sont probablement des facteurs environnementaux, et non génétiques, qui sont à la source des problèmes rencontrés par les clones.

"Il y a eu de nombreuses études portant sur des souris, et dans la plupart des cas, la majorité des souris clonées sont en bonne santé, dit-il. Il est parfois difficile de savoir pourquoi les souris ont une espérance de vie réduite, et cela dépend des conditions spécifiques dans lesquelles les clones ont été produits… Le diable est souvent dans les détails."

Outre les quatre clones de Dolly, neuf autres moutons clonés issus de trois lignées cellulaires différentes ont été inclus dans l'étude, qui comprenait donc au total 13 moutons âgés de sept à neuf ans (ce qui fait d'eux des seniors). Les 13 ont été testés pour l'arthrose (dont Dolly souffrait), ainsi que pour le diabète - des problèmes qui affectent bien souvent les personnes âgées, au même titre que les moutons.

Des chercheurs étudient une IRM de mouton. Image: University of Nottingham

Les moutons ont tous présenté des résultats tout à fait normaux, comparables à ceux de moutons conçus naturellement et élevés dans des conditions similaires. Et même si Debbie est "légèrement" atteinte d'arthrose, Sinclair considère que tous les moutons clonés sont en bonne santé. L'étude conclut en affirmant que le clonage thérapeutique ne présente pas de danger pour les espèces "à durée de vie étendue".

"Suite à nos observations, nous concluons que le clonage par SCNT n'a pas d'effets négatifs sur le long terme", écrivent Sinclair et ses collègues dans leur article.

Vingt ans après que la naissance de Dolly ait suscité un débat houleux dans le monde entier sur les aspects éthiques du clonage, Sinclair pense que cette étude peut contribuer à l'apaisement des esprits.

"Beaucoup de craintes se sont déjà dissipées, dit-il. Les gens prennent peu à peu conscience que nous ne sommes pas en train de créer des monstres de Frankenstein."

Mais les chercheurs et les bioéthiciens s'accordent à dire que de nouvelles études doivent encore être menées pour s'assurer que le clonage thérapeutique et les autres méthodes de clonage sont sans risque, surtout à l'heure où l'industrie naissante des cellules souches s'intéresse aux utilisations possibles du SCNT dans le cadre de thérapies reproductives et régénératives chez les humains.