Triche au SAT : le gros problème des universités américaines

Depuis des années, l'examen d'entrée aux plus prestigieuses universités du monde fait l'objet de fraudes massives, en particulier en Asie.
31 mars 2016, 8:52am

D'après le classement établi cette année par QS World University Rankings, quatre des cinq meilleures universités du monde sont installées aux États-Unis. Pour espérer être admis au MIT, à Harvard et dans bon nombre d'autres établissements supérieurs de la terre des braves, un étudiant devra obtenir un score suffisant au SAT ou à l'ACT. Ces examens sont dispensés plusieurs fois par an dans un grand nombre de pays. L'année dernière, près de 1,7 million de personnes ont planché sur le SAT tout autour du monde ; en 2014, l'ACT a été passé par 1,84 million de prétendants aux grandes universités américaines. Du fait de leur ampleur, ces tests doivent faire face à d'importants problèmes de tricherie : d'après une enquête en deux parties publiée ce lundi 28 mars par Reuters, truander le SAT est devenu un marché à part entière en Asie.

Au cours de l'année scolaire 2013-2014, 64 000 étudiants venus d'Asie de l'Est ont passé le SAT. Certains d'entre eux s'y sont préparés en suivant les cours préparatoires d'établissements qui exploitent sans vergogne la tendance au recyclage du College Board, le propriétaire du fameux examen. Par souci d'économie, cette organisation à but non lucratif réutilise souvent les questions posées aux étudiants étasuniens dans les tests qu'elle destine au public international. Cette habitude permet aux écoles de préparation au SAT asiatiques de récolter assez d'informations pour proposer de véritables guides des réponses à leurs étudiants. "Ces informations proviennent de nombreuses sources, écrit Reuters. Les centres de préparation font passer le SAT à des associés qui mémorisent ce qu'ils ont vu. Certaines personnes photographient même le sujet. Les écoles analysent aussi les discussions des adolescents américains sur Internet. Parfois, elles ont même obtenu de véritables SAT."

Pour le plus grand bonheur des cours préparatoires et des internautes asiatiques, les informations concernant la version américaine de l'examen pullulent au grand jour sur le web. Au mois de décembre dernier, un internaute tout juste sorti du SAT a diffusé un fichier texte de 21 pages sur le site communautaire Reddit. S'y trouvaient toutes les questions qu'il était parvenu à mémoriser face à sa feuille. Le site College Confidential héberge régulièrement des discussions liées au contenu du dernier examen en date, rapporte également Reuters. Ces discussions bien naturelles embêtent beaucoup le College Board, qui interdit à ceux qui passent le SAT d'évoquer le test au motif qu'il contient des informations protégées par le copyright. Pour lutter contre la diffusion de ses sujets, l'organisation n'a d'autre choix que multiplier les "take-down notices" auprès des sites web incriminés. Au cours de l'année écoulée, 18 de ces demandes de mise hors-ligne d'informations protégées ont été formulées par le College Board.

Bien sûr, c'est très loin d'être suffisant. Reuters révèle qu'en juin 2013, 9 des 18 versions du SAT inventoriées par le College Board avaient été "compromises", partiellement ou intégralement. Quatre d'entre elles ont été diffusées par un "site web chinois" dont le nom n'est pas mentionné. C'est d'autant plus grave que le propriétaire du SAT n'a pas toujours abrogé son examen quand il avait la preuve que ses sujets avaient été compromis. Entre octobre 2014 et mars 2016, il a tout de même annulé la tenue de la version asiatique du test à deux reprises et retardé six fois la diffusion de ses résultats. Pour mettre un terme à tous ces problèmes, le College Board pourrait produire des tests uniques. Cependant, il n'en a pas l'intention : une telle mesure ferait doubler le prix de son examen, déjà facturé une centaine de dollars aux étudiants asiatiques. Une augmentation aussi importante coûterait sans doute beaucoup d'argent au College Board, dont le SAT est concurrencé par l'ACT.

L'impact de l'enquête de Reuters est encore imprévisible. Néanmoins, il semble déjà clair que le modèle du SAT ne fonctionne plus. Comme beaucoup d'autres avant lui, le College Board a sous-estimé l'impact d'Internet sur son domaine d'activité. En s'agrippant à son vieux modèle, il a également choisi de réagir comme eux à ce changement. Ce n'est pas forcément une bonne idée.