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​Les joueurs de Ligue 1 VICE Sports du week-end : Antoine Rabillard et Morgan Amalfitano

Les arrêts de jeu de ce Marseille-Lille étaient une tragédie grecque comme on en voit tous les week-ends en Ligue 1.
01 février 2016, 5:10pm

Ils étaient comme deux petits protons dans ce grand accélérateur de particules qu'est la Ligue 1. Deux protons qui sont entrés en collision dans les arrêts de jeu d'un Marseille-Lille qui était en train de dériver dans un vide intersidéral.

C'était un moment comme on en voit une fois de temps en temps dans le championnat de France : le dénouement d'une pièce de théâtre qui se joue depuis des années sous nos yeux sans le savoir. Et puis là, arrive la chute.

A ma gauche : Morgan Amalfitano. L'ancien Marseillais a un peu galéré depuis son départ de l'OM. Son transfert à West Ham a donné, en bout de course, une rupture de contrat en octobre dernier. Trois mois sans jouer, puis arrivée à Lille en ce début de mercato d'hiver.

Aaah, le mercato d'hiver, le grand bazar des transferts improbables, des retours absurdes de joueurs teubés dans leurs clubs de cœur (Thauvin), de faux espoirs qui partent et qui reviennent (Rony Lopes), des arrivées de grands échalas portugais certifiés « pire joueur de la Coupe du monde 2014 » (Eder), ou, donc, d'historiques de la Ligue 1 avec une sélection en équipe de France au compteur (Amalfitano, mais qui s'en souvient ?). Une foire annuelle aux variables d'ajustements. Et on ne parle là que de Lille et Marseille.

C'est donc par là qu'est entré Amalfitano, à la 90e minute de ce Lille-Marseille vendredi soir : dans le rôle de l'ex-Olympien en quête de revanche sur des terres qu'il n'avait pas foulées depuis de longs mois, avec un point d'interrogation sur son niveau actuel.

Le joueur de Ligue 1 VICE Sports du week-end : Ronny Rodelin

A ma droite : Antoine Rabillard, joueur-symbole d'un effectif marseillais dépourvu de talents offensifs (mais ça, c'était avant le retour de Thauvin et l'arrivée probable d'un attaquant dont on ne connaît pas encore l'identité). Rabillard, 20 ans, est donc un jeune du centre de formation de l'OM, un centre qui n'a pas produit de titulaires potables depuis un bout de temps, le dernier étant probablement Jordan Ayew.

A la 82e minute, mené 1-0, Michel lance donc son dernier atout dans la bataille, un gamin de 20 ans sans contrat pro qui n'a pour lui que d'être surnommé "Raùl" par ses coéquipiers d'entraînement. Sa première entrée, face à Guingamp, le 10 janvier dernier, avait été remarquée pour une seule raison : son numéro de maillot était le 28. Soit le numéro de Mathieu Valbuena à l'OM, avant son transfert à Moscou, moment où le numéro a été retiré, pour le symbole. Mais depuis son transfert à l'OL, il n'y a plus de symboles qui tiennent, et on a filé le 28 au premier minot qui passe. Voilà donc Rabillard : le jeune du bout du banc qu'on lance un peu par dépit en fin de match.

Les arrêts de jeu donc. Les deux joueurs sont sur scène, Amalfitano le revanchard, Rabillard l'inconnu. Cinq minutes de temps additionnel. Marseille pousse, réduit à dix après un tacle bien teubé de Barrada, Lille pense avoir acquis la victoire au bout d'un match laborieux.

95e minute, le moment choisi par Amalfitano pour marquer son retour en Ligue 1 d'un tacle d'une stupidité interstellaire, à 30 mètres de sa surface. Carton jaune, coup-franc. Nkoudou le tire, tête de De Ceglie repoussée par Enyeama, Rabillard reprend à trois centimètres et demi du but. Et voilà le dénouement de tragédie grecque de Théâtre du rond-Point auquel on a droit tous les week-ends en Ligue 1.

Il était presque écrit que Rabillard, le joueur bouche-trou, allait marquer. Ce qu'on savait moins, c'est qu'en apposant sa signature en bas du contrat à en-tête "LOSC" le 7 janvier dernier, Morgan Amalfitano allait faire perdre deux points à Lille. Généralement, on recrute des joueurs au mercato d'hiver histoire qu'ils fassent gagner des matches que le club perdait habituellement en première partie de saison. Mais à Lille, on fait différemment, on achète des joueurs qui coûtent des points. C'est pour ça, pour nous rappeler que la Ligue 1 n'est qu'un accélérateur de particules en même temps qu'une scène ouverte de la médiocrité footballistique, que Morgan Amalfitano et Antoine Rabillard sont les joueurs VICE Sports du weekend.