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Henry Michel regarde Top Chef – Ep.11 : « Fini le Cinéma, Fini le Pâté »

Pour désigner ses trois demi-finalistes, Top Chef leur envoie cinq guides rouges en même temps. Réflexe !

par Henry Michel
07 Avril 2017, 8:57am

En 2017, notre chroniqueur gastronomique a décidé de suivre Top Chef et de nous débriefer, chaque semaine, le dernier épisode en toute subjectivité.

Suggestion de dressage : ce débrief est à lire comme une note de service, comme un carnet de bord qui se grignote dans l'ordre chronologique , en même temps que vous matez l'épisode de Top Chef en direct ou quand vous le re-matez en streaming. Pour voir à quoi ressemblent les candidats, vous pouvez aller faire un tour sur ce trombinoscope. Pour voir les débriefs de tous les épisodes précédents, rendez-vous ici.


Les épreuves de Top Chef sont si vicieuses qu'au cours de la saison, chaque épisode porte en lui une difficulté spécialement dure pour un des candidats. Et pour parvenir à la victoire, chacun d'entre eux doit non seulement être meilleur que ses adversaires, mais surmonter son épreuve « bête noire ».

Ainsi, Alexis l'improvisateur n'avait pas survécu à l'épreuve de « la bouchée pomme de terre » précise et minutieuse de l'épisode 9. Maximilien, le bec fin wallon, avait posé le genou à terre lors d'une épreuve centrée autour des barbecues dans l'épisode 8. Pour cet épisode 11, c'est Giacinta qui devra affronter son épisode « bête noire ». Durant trois épreuves, notre sympathique transalpine va être en effet sollicitée autour d'un thème qui reste son plus grand point faible : la cuisine. Giacinta va-t-elle surmonter sa bête noire ? Saura-t-elle prouver ses compétences dans le thème si particulier de « la cuisine » pour accéder en finale ? Découvrons-le ensemble.

Epreuve 1 : Face aux inspecteurs du guide Michelin

Ce qu'il fallait faire : un plat libre qui devait séduire les inspecteurs les plus sévères du monde.
Ce que j'aurais fait : j'aurais pris pour seul et unique ingrédient un énorme gigot d'agneau congelé, afin d'assommer Franck dix secondes avant la fin du chrono et lui voler son plat. Ça m'aurait fait de la peine, j'aurais peut-être lâché un « sorry papa » avant de taper, mais je l'aurais fait. Et je vous regarde droit dans les yeux en disant ça.
Le twist : les cinq hommes dissimulés dans l'ombre et notant les plats ne sont pas les inspecteurs du guide Michelin, mais le groupe de variétés des années 90 « G-Squad ».

Quatre membres du groupe G-Squad, ayant noté les plats des candidats.

Les indices m'ayant permis de le deviner : 
- Leur sympathie : un vrai inspecteur du Michelin est habituellement méchant comme une teigne. Un vrai inspecteur du Michelin, à l'arrivée du plat de Giacinta, aurait logiquement du se lever, arracher son oreillette et se barrer en faisant tomber des chaises. Au contraire de cela, les cinq inspecteurs cachés dans la pénombre ont été polis, précis, plutôt encourageants, voire carrément superlatifs. Le groupe G-Squad ayant pour qualité principale la sympathie, je l'ai assez rapidement démasqué.
- Leur niveau de langage. S'il vous plait, on parle du Guide Michelin. On attend des inspecteurs du Michelin, fierté nationale, qu'ils aient un langage vertical, droit, précis, austère et soutenu. Au contraire de cela, on avait l'impression d'entendre parler cinq ados sortant du Flunch de Montargis. On a même eu droit à un "il a tabassé". Ce n'était pas ce qu'on attendait d'eux. Le groupe G-Squad, jeune (dans la tête) et urbain, utilisait complètement ce registre de langage.
- Un membre à l'accent britannique : rappelons-nous que le leader du groupe G-Squad s'appelait Chris Keller. Bien qu'ayant eu un accent plutôt francilien tout au long de sa carrière, il n'est pas impossible que pour ce nouveau défi professionnel il ait décidé d'assumer pleinement qu'il était un vrai américain, au même titre que Johnny Halliday ou Kev Adams.
-> G-SQUAD ELIMINE DE TOP CHEF ! 

FRANCK
Son plat : « Volaille rôtie dans l'esprit de famille »
- En vrai : un poulet en deux services. Le premier : coffre poché puis rôti, sucrine braisée, oignons et mousse pomme de terre raifort. Le second : ailerons, gras de cuisse, bouillon de pain torréfié, toast de farce à gratin.
- La classe intégrale pour ce choix de recette. Simple is the new compliqué : proposer un poulet du dimanche revisité au jury Michelin, c'est signer un contrat avec obligation de perfection. Cuisson, compositions, découpage, textures, gout, sauces, accompagnement doivent être irréprochable. Et le pire, c'est que Franck y arrive.
- Phrase magnifique et prémonitoire : « Je suis pas là pour faire la dinette. C'est fini la mascarade. Fini le cinéma, fini le pâté, faut y aller, faut envoyer du bois. »
- J'avais dit pour rire lors du précédent épisode qu'Etchebest avait posé sa démission, mais on y est vraiment. Franck n'attend même plus la fin des phrases de son coach et trace tout droit. C'est dur à voir. Etchebest n'a plus qu'à nettoyer le plan de travail de Franck et dire, nostalgique, que ce candidat lui ressemble. C'est ce que je dis quand un 2000 claque un top tweet pendant que je galère à glaner trois likes.
- La magie de sa recette, c'est sa finesse, son ascèse, sa beauté. Aucun geste technique en soi ne vous échappe. Il poche le poulet. Le fait doucement croustiller dans la poêle. Les foies, le cognac. Pas d'exotisme, pas de postulat compliqué. Franck s'habille d'une tradition vieille de cent cinquante ans sans paraître une seule fois déguisé. C'est toujours émouvant quand la cuisine ressuscite quelque chose, quand elle reproduit dans ses gestes actuels ceux des générations disparues, leurs habitudes, nos habitudes, leurs saveurs, nos saveurs. Franck est un bon, y'a rien à dire.

L'avis de G-Squad
Au visuel, il est tout simplement dithyrambique : « ça me fait faire wouaou » (titre de leur premier single) « une assiette d'une grande modernité, y'a vraiment du travail », « le candidat a du un peu tabasser », « je pleure de joie quand je vois ça » (brève de backroom et titre de leur deuxième single), « ça fait voyager, c'est une assiette capable de parler à beaucoup de monde ». Wow.
A la dégustation, l'enthousiasme est le même : « on atteint la promesse au niveau gustatif », « finalement, on prend un plaisir avec un produit qu'on peut trouver sans avoir à se ruiner », « on est complètement dans le coeur du sujet », « la question que je me pose, c'est est-ce qu'on a le droit de terminer ces assiettes ? », « chaque élément apporte une couche de plus de saveurs dans l'assiette ».
-> 4 POINTS POUR FRANCK

BONUS MULTIMEDIA : une magnifique recette vintage de poularde de Bresse à la Briarde


JULIEN
Son plat : Cabillaud confit à l'huile d'olive, brunoise de cèpes, velouté de cresson, pizza soufflée au tarama.
Sarran en fait un peu des caisses à l'évocation du plat de Julien, comme s'il s'agissait du plat le plus punk de la terre. Cela reste du cabillaud.
- Julien manque beaucoup de confiance en lui et ne cesse de dénigrer son physique : « Je veux proposer un plat qui me ressemble, en la personne du cabillaud ».
- Belle pizza soufflée, pâte à pizza ultrafine cerclée et posée sur support chaud à 300 degrés.
- Dans cet épisode de Top Chef, comme s'il était temps, chaque candidat parvient à se définir, à identifier clairement sa cuisine, son style, son étendard. Pour Julien, ça sera l'usage de produits populaires et bas de gamme pour faire des plats haut de gamme. Il le confirme un nouvelle fois. A ce rythme, il nous fera des cromesquis de canigou en finale et ça sera très bon.
- Je trouve le plat un peu terne. Presque monochrome. Seule touche de couleur: le velouté de cresson, dont la gamme chromatique avait été pénalisée dans l'épreuve précédente pour Jeff ! DEUX POIDS DEUX MESURES, MESSIEURS SQUAD ?
- Les inspecteurs du guide se versent le velouté de cresson comme des porcasses. Ça fait des chichis sur le dressage, mais fait couler son velouté de cresson en spirales débilos. J'ai peur de ce jury mais pas pour les bonnes raisons.

L'avis de G-Squad
Au visuel :  « visuellement appétissant » (brève de backroom), « le contraste entre le nacré du poisson et cette sauce verte est assez remarquable », « joli visuel qui donne envie de déguster le plat ».
A la dégustation :  « C'est très bon, le poisson est parfaitement cuisiné », « la cuisson est magnifique » (leur 3e single, très joyeux), « L'ensemble et maîtrisé mais ça manque un peu de texture, de croquant, de mâche », « il manque peut-être un élément pour amener un plat intéressant », « ça manque un peu de punch ».
-> 2 POINTS POUR JULIEN

BONUS MULTIMEDIA : Midi en France, Bretagne, cirés et jeunisme à son paroxysme, avec ce pavé de vieille confit à l'huile de citron.

JEREMIE
Son plat : « Ballade romantique dauphinoise en compagnie de députés sur le point de se laisser tenter par l'aventure Jacques Cheminade, sur les bords du lac du Bourget, un soir de Printemps, après un repas animé au cours duquel chacun a senti monter en lui une certaine envie de cosmos ou en tout cas d'immensité intérieure (Innen Unermesslichkeit) que seul Cheminade peut symboliser à leur sens - hormis une sieste définitive précipitée par de grandes poignées de cachetons avalés à la va-vite, en baragouinant des formules aux accents mystiques qui ne veulent rien dire. »
- En vrai : Ballotine de volaille, bisque d'écrevisses, butternut en deux textures et noix.
- Jérémie décapite tranquillement 60 écrevisses en parlant, zéro bisou, zéro caresses, rien. 
- Cuisson basse température en ballottine, 56 degrés pendant une trentaine de minute (une fois un gars l'a fait à 57 degrés, le truc était immangeable), puis snacke ses ballotines dans un beurre noisette, à peine, pour dorer, puis les laisse tirer à part (brève de backroom).
- J'aurais tenté du 56,5 degré car le coeur est un chouilla cru mais Jérémie prend le risque au lieu de faire une grosse retouche bien crade au chalumeau.
- Lorsque j'étais au collège, un garçon de seconde a snacké mes ballotines en voulant tirer un coup-franc au foot : pire souvenir. J'ai depuis cette voix aiguë si caractéristique.

L'avis de G-Squad
Sur le visuel :
« c'est une assiette lisible avec un dressage moderne : il y a une belle promesse », « on a tout de suite la promesse du moelleux et du croquant. »
A la dégustation : « On est dans le Dauphiné, la noix, la volaille, l'écrevisse » « j'aime beaucoup le jeu des textures : un moelleux, un fondant, un croquant » « beaucoup de travail, c est vraiment une belle réalisation », « petit bémol sur la cuisson de la volaille qui est limite à cœur, vous auriez du faire une retouche bien crade au chalumeau, mais après tout je ne suis que chanteur de pop, après vous faites comme vous sentez ».
-> 3 POINTS POUR JEREMIE


BONUS MULTIMEDIA : 24 coups francs sensationnels



GIACINTA

Si vous connaissez comme moi l'issue de cet épisode, vous ressentez déjà la petite nostalgie qui m'anime aussi en écrivant ces lignes. Suivre et chroniquer ChiattaGiacinta™ aura été une expérience exigeante et folle, et je vais savourer chaque mot écrit, en sachant que ce seront parmi les derniers la concernant pour cette série de Munchies.

Son plat : « Tarte emblématique (???) aux racines, espuma panais tonka, céleri givré. »
- En vrai : « Sablé à l'oignon, céleri rôti, carottes blanches farcies de crème de chèvre noisette, sorbet au céleri jus de citron, espuma mousse de panais, mousse de tonka ». Mais pour une fois, restez sur le premier nom : tarte emblématique correspond beaucoup mieux à ce qu'a fait Giacinta, surtout que le terme n'existe pas, cette tarte non plus, c'est parfait.
- Je ne me remet pas de ce terme de Tarte Emblématique. C'est du génie. Hâte de goûter son Gateau Judicieux, son délicieux Riz Bavard et sa Soupe Perplexe.
- Giacinta réinvente la cuisine à toute vitesse, et comme si j'arrivais en roulades à Pôle Emploi réinvente immédiatement la pâte sablée, en virant le sucre pour du dextrose et en remplaçant la vulgaire farine par farine, poudre d'amande, amidon de maïs, levure, sable, gravillons de 5, gravillons de 10, tout le fond de catalogue Lafarge.
- De manière assez surprenante : le résultat est un peu sec.
- Cela reste jouable pour la pâte si elle est sortie du four délicatement. Mais c'est sous-estimer l'inventivité de Giacinta, qui retire sa plaque silicone du four comme un magicien tire les nappes, d'un bon coup sec bien relou. La pâte est fendue. Un des sablés reste intact, Giacinta envoie un grand coup de tête sur la plaque pour l'achever.
- De loin, regardant ce petit manège et tandis que le médecin de plateau soigne Giacinta, Hélène Darroze pleure en silence. De grosses larmes roulent sur ses joues.

- Comme Julien pour le canigou, Giacinta a trouvé son truc : LES GLACES. On est tous contents de cette nouvelle, parce que ça matche bien d'imaginer Giacinta quitter les cuisines pour devenir glacière d'élite : 
1. Clin d'œil amusant vis à vis de sa glace de noix. Elle devrait même jouer ce clin d'œil à fond en appelant sa franchise « moule de noix », ça montrerait en plus un peu d'autodérision.
2. Elle éviterait, du coup, de faire d'autres plats que des glaces.
3. Seul petit bémol : elle continuera de faire des glaces. Le truc de Giacinta, c'est de faire des glaces à tout : champagne, poireaux, céleri, pneus neige, PS4, cheveux, tout.
4. Autre petit bémol que je me permet de faire : toutes ses glaces ne tiennent pas en glace, et finissent par être appelés granités. « Ah, je vais sortir de ma cellule une bonne gl...euh, un bon granité ! Texture parmesan ! »

L'avis de G-Squad
Sur le visuel :  
« c'est pas euh...des choses qu'on a l'habitude de voir », « y'a une prise de risque », « il intrigue, parce qu'on sait pas si c'est un dessert, une entrée...on a envie de plonger dedans pour savoir ». « Si dans un restaurant je reçois ça a table, je vais interpeller le serveur pour être sur qu'il s'est pas trompé ».
Quel restaurant ? Vous voulez dire chez Babette, le truc à Puteaux ? Vous oseriez interpeller une serveuse en larmes ? Vous êtes un monstre.
A la dégustation : « Malheureusement la pâte est sucrée, du coup on tombe dans le dessert »,« belle prise de risque », « ça laisse pas indifférent », « En fait quand je le mange j'ai l'impression de manger un dessert intéressant. En plat, c'est pas ce que j'aurais préféré »
L'autocritique de Giacinta : « J'ai inventé un dessert ! ». En arrière-plan, Hélène descend du blanc à la bouteille.
-> 1 POINT POUR GIACINTA

BONUS MULTIMEDIA : impossible de passer à côté de cet épisode du génialissime « Nathan For You », qui pour sauver un glacier lui propose de concevoir une glace au caca.

Deuxième Epreuve : Avec Pierre Gagnaire

La mission : revisiter un plat populaire avec la complicité et la tutelle de l'immense Pierre Gagnaire, élu « plus grand chef étoilé du monde » en 2005 par ses pairs, génie du goût, sympathique, télégénique, souriant, avec un petit twist d'oncle bourré (sobre) qui en fait un excellent client pour Top Chef.

C'est à Pierre Gagnaire que je dois le plus gros fou rire de cette saison, lorsqu'il a expliqué l'épreuve aux candidats en prenant pour support de création une blanquette de veau.
- Pierre Gagnaire reconstitue la blanquette, tout en s'en foutant un peu. Les candidats, impressionnés par le génie du maître, n'en perdent pas une miette.
- Le maître mélange la blanquette avec de la crème fouettée, puis se met à ajouter des ingrédients un peu random.
- Sentant le truc partir un peu en sucette (ça arrive aux meilleurs), Gagnaire rassure tout le monde : « La restauration trois étoiles c'est pas forcément chichiteux ! ».
- Gagnaire continue d'accumuler des objets sur sa blanquette. Certains des candidats, qui avaient commencé les yeux écarquillés, commencent à douter grave.


- « Voilààààà je rajoute de la laitue, de l'enoki...des gnocchis...du quinoa...un jaune d'oeuf...deux trois pass navigo...des spaghettis et un peu de carottes, et du gruyère. Et voilà ! »


- Giacinta : « on comprend pas ou il va, mais ce qu'il arrive à sortir c'est fou ». Ah ça, c'est un blanquette emblématique, c'est sûr.

Chacun des quatre demi-finalistes se voit désigner un plat qu'il va devoir revisiter : 
FRANCK : MOULES FRITES
JULIEN : ENDIVES AU JAMBON
GIACINTA : RATATOUILLE
JEREMIE : BRANDADE DE MORUE

Jérémie est en terre inconnue. Il ne connait pas la brandade (juste rencontrée une ou deux fois en soirée comme ça, sans forcément se parler) et c'est chaud, car il doit reproduire les caractéristiques profondes d'un plat qu'il ne peut goûter qu'ici, dans une certaine interprétation. 

JULIEN (endives au jambon)


Son plat : 
Endives en deux textures, soupe de jambon, brunoise de jambon et chips de pomme de terre.
- Julien commence à peine le plat que Gagnaire arrive et, sans s'enquérir de la recette, commence à lui hacher ses endives. C'est très sympa de sa part, mais Julien ne voulait pas qu'elles soient coupées. Il laisse faire. 
- Très beau plat, et pourtant je hais les endives, mais sa soupe de jambon infusé fait super envie. Le problème des endives, c'est qu'elles obligent à rajouter des choses extrêmement savoureuses pour les manger, ce qui est à la base mauvais signe pour un ingrédient.
- Julien annonce à Gagnaire vouloir déstructurer la béchamel, ce qui fait immédiatement plier de rire le maître et durera tout au long de l'épreuve.
- Régulièrement, Gagnaire demande à Julien où en est la béchamel déstructurée. « Je ne sais toujours pas comment faire », avoue Julien. Gagnaire meurt littéralement de rire et enlace le candidat belge trois secondes de trop pour que ça ne soit pas socialement hyper gênant.
- Relance de Gagnaire sur la béchamel. « Je ne sais toujours pas chef ! ». Pété de rire, Gagnaire lui masse les deltoïdes.
- Finalement Julien entend ce que je crie à travers l'écran, la bouche pleine de pizza, et opte pour le siphon afin de rendre la bech' un peu aérienne.
- Je suis endivophobe donc je ne peux pas juger ce plat, mais il a l'air très malin.

L'avis de Gagnaire
Sur le visu : « Très beau », « C'est propre, c'est net, on sent que c'est maîtrisé », « Il manque un peu de gras pour faire vivre ça »
A la dégustation : « C'est excellent », « C'est un tout petit peu trop salé, mais j'en reprend », « Sa béchamel en texture est parfaite » (brève de backroom), « Plutôt très satisfait. »
-> 4 POINTS POUR JULIEN

FRANCK (moules frites)

Son plat : Moules marinières façon asiatique, pommes de terres glacées et bouillon gingembre, coriandre citronnelle.
- Encore une merveille pour le plat de Franck qui me fait vraiment envie avec ce remix thaï de la moule.
- Vin blanc pour la licence marinière, mais aussi citronnelle, gingembre, coriandre, rien que le bouillon en soi a l'air zinzin.
- Gagnaire veut cependant retrouver l'esprit croustillant des frites, et n'a de cesse de le rappeler à Franck.

- Franck, écoutez-moi bien. En trois briques. Moules, pommes, allumettes.
- ...
- Pommes ALLUMETTES. Pommes Allumettes ?
- Pommes à quéquette, papa !

- Finalement Franck se lance dans quelques chips pour faire plaisir à Gagnaire, sans trop de convictions.
- Lorsque Franck lance ses « voilààààà bébé ! », je fonds comme une groupie.
- Beau moment père/fils lorsque Gagnaire ébarbe les moules avec Franck. Une définition des rôles assez salutaire, puisque dans cette saison de Top Chef tout le monde s'est appelé « papa », et on était perdu pour désigner qui doit payer la pension alimentaire de David. Jérémie étant le papa des candidats, Franck le papa de Jérémie, Gagnaire le papa de Franck, tout est en ordre.

L'avis de Gagnaire
Sur le visu : « Là où il s'est planté, on est dans un plat trop sophistiqué, trop sage, ce n'est pas assez canaille »
A la dégustation : « C'est délicieux », « Les pommes de terre sont très bonnes, mais on n'est pas dans la pomme frite. », « Le gout est parfait, y'a rien à dire. », « Y'a un vrai travail de cuisine. », « J'en ai pour la soirée, je me régale »
-> 3 POINTS POUR FRANCK

GIACINTA (ratatouille)

Son plat : Caviar d'aubergine et oignons compotés, courgettes marinées au citron et sorbet tomate-poivron.
- Giacinta décide de décomposer la ratatouille. C'est un plat de chez moi et je vais profiter de cet instant pour ne pas hurler au crime, comme un italien le ferait si j'éternuais sur une carbo. La cuisine est libre et vivante. Giacinta fait ce qu'elle veut, c'est une artiste. Elle décide de servir tous les ingrédients de la ratatouille séparés ? Qu'il en soit ainsi. J'ai confiance en la recette originale.
- Giacinta veut servir une crêpe en nous faisant boire un verre d'oeuf, avaler des cuillères de farine, siffler une bouteille de lait et jouer à Just Dance juste après pour mélanger le tout ? Soit. Si c'est bon, ça marche.
- Bien évidemment ça ne fonctionne pas. Certes, les légumes seront bons séparément (génie culinaire italien, je ne vais pas me répéter), mais ce n'est pas une recette.
- Giacinta manque de carboniser ses oignons, ce qui aurait foutu en l'air encore plus son plat, mais Jérémie la sauve, et Gagnaire finit les oignons. SI Giacinta était passée, le scandale aurait été bien plus grand que le moule de noix-gate.
- Gagnaire demande dès le début qu'il y ait une ratatouille dans ce plat ! Alors Giacinta réalise une ratatouille en brunoise, canellonée dans une aubergine carbonisée.
- Giacinta FAIT UNE GLACE, enthousiasmée par les derniers retours positifs du Michelin. Cette fois-çi, au poivron. La glace sort en poudre, non liée, mais Gagnaire trouve que c'est un granité de génie et propose d'embaucher Giacinta. C'est un peu comme si vous deviez réaliser un gâteau dont vous ratez complètement la cuisson, qu'un type débarque, boit la pâte, et vous embauche comme préparateur de smoothies.
- Le plat final ressemble à l'intérieur de l'estomac d'une chèvre qu'on viendrait de disséquer pour la science.

L'avis de Gagnaire
Sur le visu : (silence de vingt secondes ) « je suis pas enthousiasmé, mais je suis pas non plus négatif ».
A la dégustation : « Ce qui est exceptionnel c'est son petit granité de poivrons. Plus qu'excellent, délicieux ! », « L'oignon, c'est bon, la courgette, très bon, l'aubergine est très bien aussi, mais on ne retrouve pas un gout de ratatouille. », « On est dans un plat qui a des éléments qui sont ceux d'une ratatouille, mais ce sont des antipasti. », « Cette jeune femme a du talent, c'est très bon. Meilleurs smoothies. »
Cela me rappelle la fois où lors d'une exhibition, j'ai mis un point à Yannick Noah à la volée en tapant avec le bois de la raquette, annulant toute course à la balle qui est tombée à la verticale, morte et irrattrapable.
-> 2 POINTS POUR GIACINTA

JEREMIE (brandade de morue)

Son plat : « brandade de morue et céleri rave en deux textures, brunoise de pomme granny, noix de Grenoble, chips de peau de cabillaud »
- Exercice quasiment impossible pour Jérémie, qui doit réinterpréter un plat qu'il ne connait pas. C'est comme si je vous demandais maintenant d'imiter mon copain de VTT Jérôme.
- Tronçonne le cabillaud, le poche un peu, fait une jolie effilochée avec un peu de morue, pommes de terres écrasée, Gagnaire apprécie sans lui filer le moindre coup de main.
- Gagnaire indique à Jérémie que la brandade peut servir de base à des recettes très variées.
- Jérémie interprète cette phrase comme "On s'en fout de la brandade". Du coup, il crée une recette qu'il pose sur la brandade.
- Du coup, Jérémie réalise une belle alliance pomme/céleri/noix (très ducassienne aussi), mais posée sur un plat B, le résultat, on va pas se mentir, est pas folichon du tout.
- Attention de ne pas vouloir SYSTÉMATIQUEMENT nous mettre des trucs de Grenoble dans chaque recette, Jérémie. A ce rythme tu va devenir le Alexis du Dauphiné.

L'avis de Gagnaire
Sur le visu : « Il aurait dû faire quelque chose de plus ramassé, plus chaleureux », « Je suis pas sûr qu'on ait forcément envie »
A la dégustation : « La peau du poisson: c'est une fausse bonne idée. C'est pas très bon en fait. », « La brandade est pas très équilibrée et elle est pauvre, maigre en bouche, que ça manque de longueur en bouche, d'onctuosité, de subtilité ! », « La pomme verte : l'idée est bonne. », « La base est très bonne; il suffisait de se donner un petit peu de mal pour aller plus loin. »
-> 1 POINT POUR JEREMIE*

RESULTAT FINAL APRES LES DEUX EPREUVES 
-> FRANCK QUALIFIE EN DEMIE FINALE, 7 POINTS
JULIEN, 5 POINTS, EN DERNIERE CHANCE
JEREMIE, 4 POINTS, EN DERNIERE CHANCE
GIACINTA : CF. EPISODES PRECEDENTS

Epreuve de la dernière chance : Pimp my Poireau

Je vais passer rapidement sur cette épreuve, dans laquelle chacun a fait ce qu'il a pu avec son poireau, on est tous dans la même galère et je ne vais pas juger. J'avais vraiment confiance dans le poireau de Jérémie, qu'il nous a montré à plusieurs reprise dans l'émission, et qui m'a systématiquement fasciné. Sûrement le plus beau poireau, avec celui de Maximilien bien sûr.

C'est Darroze qui a précipité la chute de Giacinta, sans vraiment le savoir, en croyant bien faire : elle lui a prêté, le temps d'une épreuve, le crucifix de sa grand-mère. A mon avis, ce n'était pas tant pour lui porter bonheur que pour adoucir l'extrême onction. Darroze était complètement prête à voir partir Giacinta, à deux doigts de poser des pièces sur ses paupières. Tout le monde le savait: il était temps de partir.
Mais la protection de Giacinta venait plus de la magie noire africaine que de tout autre culte. Ainsi, les deux forces se sont annulées, et comme dans les films de science fiction, le champs de force protecteur de la navette s'est brusquement éteint. Feu à volonté.

JULIEN
Son plat : Friture de blanc de poireau, fines tranches de poireau poêlé, jeune poireau cru, st jacques et vinaigrette.
- De belles idées mais le plat au final ne brille pas par son inventivité.
-> JULIEN SAUVE, QUALIFIE EN DEMI-FINALE

JEREMIE
Son plat : Bisque d'écrevisses (encore !), purée de pommes de terres au romarin, embeurrée de poireaux, racines frites (idée géniale).
- Utilise la totalité du produit jusqu'aux racines frites, plat risqué, audacieux, et original.
-> JEREMIE COUP DE COEUR, QUALIFIE EN DEMI-FINALE

GIACINTA
Son plat : Poireau grillé, noix torréfiées, crème de cèpes, confit de citron.
- Jolie conservation du poireau entier, plat simple et pur à l'italienne, beau dernier plat pour Giacinta, mais manque de liant. De recette, quoi.
-> GIACINTA ELIMINEE

GIACINTA ELIMINEE. ELIMINEE.

Un des meilleurs personnages de Top Chef s'en va. Extraordinaire candidate qui restera dans les annales, cuisinière qu'on oubliera, Giacinta avait tout du bon client, pour la production, pour vous, pour moi, pour Twitter, pour des français bêtes et méchants fatigués de leur journée et cherchant l'Italienne à vanner pour se détendre. Elle va me manquer, et je vous avoue que je suis un peu déprimé.
Une chance extraordinaire (la ChiattaGiacinta™), des gaffes mémorables, le tout dans une attitude variant de l'égo surdimensionné au down le plus total, un langage fleuri et coloré de néologismes toujours étonnants, c'était ça Giacinta.
Et à défaut du talent, Giacinta symbolisera l'audace. Car venir participer à Top Chef, dans une langue qui n'est pas sa langue maternelle, sans trop savoir cuisiner, et parvenir en quarts : l'audace, c'est ça.
Et je ne cesserai de dire à ma fille pour ses projets futurs : sois douée comme Beyoncé, et vaillante comme Giacinta.
Tout rater, mais ne rien perdre !
A la semaine prochaine.

LES QUALIFIÉS - MON TOP PERSONNEL :
FRANCK PELUX 19/20 (+1)
JÉREMIE IZARN* 16.5/20 (-0.5)
JULIEN WAUTHIER 16/20 ( =)


Pour prolonger le plaisir en audio, dilatez-vous les membranes avec le débrief du dernier épisode dans « Spoiler Arrière » Top Chef Édition, le podcast d'Henry Michel.


Vous voulez plus de chair, plus de sang, plus d'action ? Retrouvez tous les épisodes d'Henry Michel regarde Top Chef sur notre page dédiée.



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