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Société

Des hommes expliquent pourquoi ils ne font pas de cunnilingus

« Je ne lèche pas le sexe de ma partenaire. Et je vais vous dire en détail exactement pourquoi. »

par Mish Barber Way
07 Décembre 2018, 8:52am

Photo via Flickr user PhilandPam

Il y a de ça un moment, j'ai publié une enquête pour trouver des hommes hétéros qui n'aimaient pas faire des minettes. Je pensais pouvoir en trouver au moins quelques-uns qui seraient d'accord pour en parler et leur donner ainsi une chance de s'expliquer. Cependant, je n'ai pas pu : aucun mec ne voulait admettre ses aversions à l'égard du sexe oral. À la place, j'ai reçu d'innombrables mails d'hommes en train de se vanter, du style « Si j'étais Popeye, les chattes seraient mes épinards. » D'accord.

J'ai jeté l'éponge et tourné alors mon attention vers des sexologues respectés afin d'avoir des réponses théoriques. Étonnamment, après la publication de l'article, j'ai reçu une avalanche de tweets et de mails d'hommes qui avaient lu le papier. « Je ne mange pas de chatte », m'écrivaient-ils. « Et je vais vous dire en détail exactement pourquoi. » Donc ça y est, nous les avons. De vraies raisons d'hommes en chair et en os expliquant pourquoi ils n'aiment vraiment pas pratiquer le cunnilingus.

Martin*, 27 ans

Je ne peux pas dire que j'ai consciemment décidé de ne pas pratiquer le sexe oral sur les femmes. J'ai essayé avec ma première petite amie lorsque nous sommes devenus sexuellement actifs. Ça ne m'a jamais vraiment plu. Je pense que le truc, c'est que personnellement je n’apprécie pas particulièrement le sexe oral, et je n'attends pas d'une femme qu'elle me fasse une pipe, jamais. C'est un peu drôle – la seule fille que je lèche régulièrement est ma petite amie, et c'est parce qu'elle aime vraiment faire des pipes. Elle a un jour évoqué le fait que je ne la léchais pas et qu'elle en avait envie, et que je ne l'avais jamais invitée à le faire, ce qu'elle trouvait bizarre. Honnêtement, même avec elle – et le sexe est génial – je n'aime pas descendre. Je l'ai fait, parce qu'elle me l'a demandé et que je ne suis pas un abruti complètement égoïste, mais ça ne m'a pas plu.

Comme je l'ai dit, je n'attends pas de fellations de la part de ma copine, jamais. Honnêtement, je ne les apprécie même pas vraiment. Je n'arrive jamais à jouir. Je finis habituellement par stopper la fille et avoir des rapports sexuels en bonne et due forme. En ce qui concerne les filles qui n'atteignent pas l'orgasme lors d'un rapport sexuel, je pense que de ce côté-là mes doigts fonctionnent plutôt bien et que le sexe oral n'est donc pas impératif. Ça n'a d'ailleurs jamais causé de conflit entre moi et les copines que j'ai eues. Je pense qu'on a toujours eu une vie sexuelle agréable et je m'assure qu'elles ressentent la même chose, même si il n'est jamais question de sexe oral.

Thomas, 31 ans

Aussi loin que je me souvienne, mes sens du goût et de l'odorat ont toujours été spéciaux, presque amplifiés. C'est peut-être dû à la chimiothérapie que j'ai subie étant enfant, mais je ne pourrai jamais en être certain. Quoi qu'il en soit, les sensations légèrement désagréables pour la plupart des gens sont extrêmement intolérables pour moi. J’ai déjà essayé de lécher des femmes auparavant, et c’est traumatisant pour nous deux. Pour moi, à cause de ma répulsion et pour ma partenaire parce que, de toute évidence, personne n’aime s'entendre dire que ses organes génitaux sont répugnants. De plus, je n'aime pas mettre en bouche d'autres choses que de la nourriture ou des boissons, alors des fluides gluants, je vous laisse imaginer. Il est beaucoup moins pénible pour tout le monde de simplement sauter cette étape. Je ne pense pas qu'il soit juste d'appeler ma réticence à pratiquer le sexe oral une « décision », mais en tout cas, je l'ai découvert à l'âge de 20 ans.

« Entre les jambes de certaines filles, c'est juste la mort venue sur terre sous l'aspect d'une effluve rance »

J'ai déjà rencontré quelqu'un sur Tinder qui souhaitait juste un plan cul, et elle a ouvert la conversation avec ce qu'elle pensait être une grosse mise en garde: « Je ne fais pas de pipes. » Bien sûr, j'étais soulagé, mais elle m'a dit que beaucoup d'hommes la ghostaient à ce moment-là de la conversation. Tant pis pour eux. Ça a été une excellente partenaire et nous nous sommes beaucoup amusés, on n'a jamais dû prendre le sexe de l'autre en bouche, ce qui nous arrangeait bien. Je ne pourrais jamais « m'attendre » à recevoir une pipe si je ne suis pas disposé à donner en retour. Si ma partenaire veut [me faire une fellation] parce qu'elle aime ça, c'est à elle de décider. Bon, je ne vais bien sûr pas me plaindre et je vais me récurer à fond avant que quoi que ce soit ne commence. Mais il est clair dès le départ qu'il n'y aura pas de sexe oral réciproque.

Dylan, 27 ans

Je ne lèche jamais une femme pour deux raisons. Premièrement, je ne trouve pas les vagins vraiment attrayants. J'aime beaucoup le corps féminin, mais les organes génitaux eux-mêmes, je ne les trouve pas attrayants du tout. En plus de ça, je n'en apprécie pas l'odeur et le goût. Ça ne me dérange pas, mais ça ne me donne pas envie, et ça ne m'excite pas. Je n'ai jamais compris pourquoi certains hommes disent qu'ils aiment ça. Et puis, j'ai très peur des MST. Je n'ai jamais de contact sexuel sans préservatif. Heureusement pour moi, je n'ai pas de problème parce que je suis dans une relation monogame depuis 2008 et que ma copine n'aime pas recevoir une minette. Sur ce point, je suis un gars chanceux. Je ne vais pas mentir. J'aime les fellations, c'est la meilleure chose du monde. Mais si une fille me dit qu'elle n'aime pas en faire, je l'accepte, parce que je ne veux surtout pas être hypocrite.

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Photo Cameron Whitman via Stocksy.

Basile, 34 ans

J'ai commencé à fréquenter une fille qui bossais avec moi et qui avait beaucoup de problèmes. À cette époque, je voulais juste baiser, je n'accordais pas d'importance au sexe oral. Elle m'a quitté après deux ans de relation et j'étais effondré. J'ai noyé mon chagrin dans l'alcool. Pendant cette période, j'étais un homme facile. Et il était hors de question que je lèche une meuf que je venais juste de lever dans un bar. Je ne peux pas savoir ses antécédents et les préservatifs pour la langue, ça n'existe pas. J'étais content d'avoir des relations sexuelles et je me suis toujours protégé. J'ai justifié mon manque de volonté de lécher des meufs par le fait que ça me faisait penser à rouler une pelle à une cuvette de WC. Les gens y font leurs besoins et ma bouche n’a aucune raison d’être là-bas.

« Mes amis m'ont convaincu de surmonter cette image de cuvette de WC et de le faire »

J'ai probablement passé une décennie sans faire un cunni à une fille. Ne vous méprenez pas, je comprends la chimie, la sueur et certaines réactions chimiques, mais entre les jambes de certaines filles, c'est juste la mort venue sur terre sous l'aspect d'une effluve rance. Mes amis m'ont convaincu de surmonter mes pensées de cuvette de WC et de le faire. Je sors avec une nouvelle fille depuis environ un mois et je m'assure de la lécher régulièrement. La vie, c'est une question de sacrifice et heureusement pour moi, elle a un bon goût de chair. Aucune odeur abominable, juste des effluves normales.

Jean-Christophe

Juste l'idée de le faire, ça n'est déjà vraiment pas mon truc, mais ça arrive rarement, en fait. Le seul moment où j'y pense parfois c'est quand je tombe par hasard sur une photo d'un mannequin. Mais je suis féministe, tout comme la plupart des gens de cette époque j'espère – ça signifie simplement l'égalité des droits pour les femmes. Je suis également un grand partisan de [l'idée] que la seule chose qui apporte le bonheur à long terme, c'est d'aider les autres. J'ai discuté ouvertement avec mes amis du fait de faire un cunni à une fille. L'un d'eux, qui adore, dit souvent que la meilleure chose qui lui soit arrivée, c'est quand il léchait une meuf et qu'elle a soulevé son dos du matelas. Il a décrit la scène comme l'opposé de la façon dont un chat fait le dos rond.

Je suppose qu'on peut comparer ça à une situation qui m'a apporté un étrange sentiment de virilité. J'ai eu une conversation avec un gars quand j'étais de sortie. Il avait récemment frappé un type et l'avait envoyé à l'hôpital. Bien que je n’ai aucune idée précise de ma capacité à me battre, la seule chose qui me différencie de mes potes c'est que j’ai appris les bases de la boxe pendant environ un an avec un ami de mon père. Je suis allé dans un lycée public pendant quatre ans, où j'ai appris qu'il y avait deux types de gars qui faisaient les durs : ceux qui faisaient les durs uniquement avec leurs potes et les autres, qui avaient vraiment confiance en leurs capacités.

Quoi qu'il en soit, revenons à mon interaction avec le gars. Je l'avais déjà vu deux fois. La première, c'était quand il était au bar avec dix de ses copains. Au lieu de ne pas le regarder dans les yeux comme mes amis, j’ai établi un contact visuel. Quand j'ai dépassé son groupe, j'ai souri et me suis marré sans aucune raison apparente, car je pense que les gens ont en général peur des gens un peu psycho – et je sais que je le suis. Puis, quand je l'ai revu la deuxième fois, cette fois-ci avec un seul de ses copains, là non plus je n'ai pas évité de passer directement devant eux, et je l'ai à nouveau regardé mais je n'ai rien fait pour le provoquer directement.

« Quand je pense à lécher des filles, le fait que j'ai un problème réactionnel me gêne un peu »

Après, j'étais dans un autre bar et il était avec son même pote. Il est venu à notre table de billard, a pris la queue (de billard) des mains de mes potes et a ensuite tiré un coup. Tout ça sans directement s'adresser à nous ou à moi, puis le mec s'est éloigné. Environ 15 minutes plus tard, je le croise lui et son pote alors que je marchais dans le couloir, à leur rencontre. Avant que nos chemins ne se croisent, je les ai fixés – je marche de toute façon comme si je pesais 30 kg de plus que ce que je ne pèse réellement, et cette situation ne m'a pas fait peur. Ne vous méprenez pas. Si je croisais deux gars dans une ruelle sombre, je sauterais par dessus la clôture, mais j'ai toujours pensé qu'on ne pouvait pas me faire si mal que ça. Je n'ai pas changé mon rythme de marche ni quoi que ce soit, et alors que j'étais encore à environ dix mètres d'eux, le mec s'en engouffré dans le fumoir sans aucun avertissement, laissant son compagnon passer devant moi avec un air bête.

Ça m'a donné une idée de la virilité, même si je sais que c'est assez stupide. Après avoir raconté la scène à mes potes, c'est à ce moment-là que celui qui aime faire des cunnis a raconté l’histoire de la fille qu'il avait fait se soulever du lit.

J'aime ce genre de situations, car ça me permet de piger des choses sur moi-même. Beaucoup de mecs ne savent pas qu'ils sont cons, alors ils deviennent encore plus cons. C'est le dernier genre de personne que je veux être. Si on ne peut pas être honnête avec soi-même, avec qui pourrait-on ? C'est pour cette raison que toute cette histoire de cunnilingus m'intéresse. Je pense que tout le monde devrait essayer d’avoir plus confiance en lui, mais même si je n’ai jamais été frappé ou quoi que ce soit, les rares occasions où j’ai été mêlé à des bagarres, je suis devenu fou. Même s'il ne s'agit que des mecs qui frappent dans le vide. Vous seriez surpris de voir combien de gars paniquent quand vous leur donnez une bonne grosse patate.

Mais je pense que recevoir un coup de poing dans la tête, si on y réfléchit vraiment, ça vous donne un sens d'humilité et de confiance en l'avenir. Donc, quand je pense à lécher des filles, le fait d'avoir un problème réactionnel me gêne un peu. Je ne suis certainement pas contre, ni contre les gens qui le font, mais écrire ce mail m'a permis de comprendre à quel point c'est con de ne pas le faire. Ce n'est pas comme si c'était vraiment différent que la baise. D'ailleurs, écrire ceci me donne un peu envie d'être dans le feu de l'action avec une meuf pour voir si je le ferais ou comment je me sentirais par rapport à ça. Petit, je suis allé une fois devant la classe et je suis devenu tout nerveux. Plus tard, je me suis forcé à faire des exposés, les plus longs possibles. Ce qui n'était absolument pas normal pour moi (j'étais vraiment paresseux a l'école). J'ai aussi fait la même chose avec les bagarres – d'où l'entraînement de boxe. Je chie toujours dans mon froc avant de parler en public et avant de me battre, mais je me rends compte qu'une fois au cœur de la situation, je suis beaucoup plus calme.

Alors peut-être que je vais faire la même chose avec le cunni : entrer dans le feu de l'action et voir ce que je ressens. Par contre, imaginer les gens du public tout nus ne m'a jamais aidé, dans aucune situation.

* Tous les noms ont été changés.

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