La politique du frigo vide, nouvelle forme de protestation au Venezuela

Les Vénézuéliens critiquent la politique de leur gouvernement en exposant le contenu de leur frigo sur les réseaux sociaux, preuve que le pays souffre de pénuries alimentaires.
31 mai 2016, 6:00am

Le Venezuela a la dalle.

Et le pays de la révolution bolivarienne est en train de payer l'addition salée d'une économie au bord du précipice. Avec une inflation officielle à 180,5 % en 2015 (un record) qui ne fait qu'empirer – jusqu'à 481 % prévus cette année selon le FMI – le Venezuela peut se vanter d'avoir des points communs avec les États-Unis. Problème, on parle des States dans les années 1930 période Grande Dépression. Comme les prix du pétrole ont drastiquement baissé et que la politique monétaire du gouvernement vire au « yolo », les ingrédients de base – type farine ou riz – sont devenus inaccessibles pour le Vénézuélien moyen.

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#NeverasvaciasenVenezuela hasta cuándo tanta miseria... pic.twitter.com/jN2XEb1cJd

— Kenerly Escalante (@kaec86) May 22, 2016

Sans surprise, il y a la queue pour acheter du pain, des cas répétés de pillages et même des chats qui servent parfois de repas. La réponse des politiques aux pénuries alimentaires n'est pas des plus adéquate : Francisco Rangel, gouverneur de l'état de Bolivar, s'est pris pour Marie Antoinette et a proposé à ses compatriotes de remplacer les œufs par des cailloux. Du coup, le peuple vénézuélien, a décidé de protester contre le président Nicolas Maduro dans la rue mais aussi sur les réseaux sociaux

Pour dénoncer les pénuries et montrer au monde l'inefficacité de leur gouvernement, les Vénézuéliens se sont « réunis » sur les réseaux sociaux sous le hashtag #NeverasVaciasEnVenezuela, qu'on peut traduire par « Les frigidaires vides du Venezuela », posant à côté de leur frigo délesté de toutes denrées alimentaires.

#NeverasVaciasEnVenezuela pic.twitter.com/nL3H57UEA3 — Myteks Media Labs (@myteks) May 22, 2016

Le résultat ? Des photos qui parviennent sans peine à véhiculer le désespoir de toute une nation confrontée à une réalité économique insupportable ; aujourd'hui, un repas coûte aussi cher que le prix de trois repas avant inflation. Selon Fusion, ces protestations en ligne ont commencé après que le photographe de Reuters, Carlos Garcia Rawlins, ait publié une série de clichés intitulés « Les frigos vides du Venezuela » montrant des images des pénuries et de misère humaine en général.

#NeverasvaciasenVenezuela hasta cuándo tanta miseria... pic.twitter.com/jN2XEb1cJd

— Kenerly Escalante (@kaec86) May 22, 2016

En s'appropriant le nom du travail de Garcia Rawlins, les Vénézuéliens ont trouvé un nouveau langage qui leur permet aussi de critiquer carrément le gouvernement avec des légendes comme : « Voici mon pathétique frigo, produit du socialisme au XXIe siècle » ou « Voici à quoi ressemble l'intérieur du frigo familial grâce à Maduro. »

Attaquer les politiques à coup de hashtag et de frigos ? On est à l'opposé du « food porn ». C'est d'ailleurs bien plus que ça. Alors que le gouvernement s'accroche au pouvoir et lance des mesures d'urgence ubuesques – impression en masse de billets de banque notamment – le Venezuela fait part de son mécontentement. Et si l'Histoire a bien prouvé un truc, c'est que quand le peuple commence à avoir faim, il se passe toujours un truc.