Avec les photographes qui brisent les stéréotypes associés au peuple massaï
Photo : Sarah Waiswa
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Avec les photographes qui brisent les stéréotypes associés au peuple massaï

Vingt photographes d'Afrique de l'Est prouvent que la culture de la tribu ne se résume pas à des lances, des perles et des vêtements de couleurs vives.
23.11.17

Cet article a été initialement publié sur VICE Pays-Bas.

Le peuple massaï est un groupe ethnique d’Afrique de l'Est vivant principalement au nord de la Tanzanie et au sud du Kenya. Avec ses vêtements traditionnels de couleurs vives, ses bijoux élaborés et ses lances, la tribu est très populaire parmi les touristes occidentaux désireux de capturer l’« authenticité » du continent africain. La manière dont sont généralement représentés les Massaïs correspond à l'idée stéréotypée selon laquelle le continent serait dépourvu de technologie moderne, où hommes et femmes vivraient dans des huttes de boue et passeraient leurs journées à chanter et chasser des animaux sauvages.

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Le livre My Maasai vise à dépeindre correctement ce peuple. Il s'agit d'une collaboration entre les photographes est-africains Sarah Waiswa, Mohammed Altoum et Joel Lukhovi, le photographe hollandais Jan Hoek et l'écrivain kenyan Karanja Nzisa. « Les représentations de ce groupe tribal se manifestent presque toujours par des guerriers et des femmes topless qui, cachées derrière un essaim de mouches avec leurs petits sur les genoux, peinent à regarder l'objectif de l’appareil photo, écrit Karanja Nzisa dans l’introduction. [Les Massaïs] doivent être photographiés de manière sincère pour le présent comme pour la postérité. »

Le livre présente le travail de 20 jeunes photographes invités à capturer des portraits uniques du groupe ethnique dans le style visuel de leur choix. Chaque photo est accompagnée d’un commentaire du photographe expliquant pourquoi il a choisi de représenter les Massaïs de cette façon. Le résultat comprend un large éventail de travaux – qu’il s’agisse de photos inspirées par des déesses légendaires ou de regards sur la façon dont la mode et l'architecture massaïs ont évolué au fil des années. « Le temps est venu pour les habitants de cette terre merveilleuse de reconstruire ce récit, écrit Nzisa, et de montrer, à travers leurs propres photos, leur vision des Massaïs modernes. »

La série My Maasai sera exposée au Lagos Photo Festival, au Nigeria, du 24 novembre au 15 décembre 2017.

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Plus de photos ci-dessous.

Photo de Mohamed Altoum, originaire de Khartoum, au Soudan

Photos de Mohamed Altoum, originaire de Khartoum, au Soudan

Mohamed Altoum, photographe de 33 ans, est né et a grandi à Khartoum, au Soudan. Il s'intéresse à la façon dont les migrants urbains s'identifient à la maison qu'ils ont laissée derrière eux, et comment ils réconcilient leur envie de revenir avec le désir de trouver leur place au sein d’une grande ville. Mohamed a capturé ce conflit à travers les yeux d'une femme massaï vivant à Nairobi.

Photos de Sarah Waiswa, originaire de Nairobi, au Kenya

Sarah Waiswa, 36 ans, est une photographe kenyane née en Ouganda. Après avoir entendu la légende d'une divinité féminine ayant existé avant que la religion moderne n'atteigne l'Afrique, Sarah a voulu comprendre comment une société si profondément patriarcale pouvait avoir une histoire aussi contraire à cela. Elle a découvert que rien ou presque n'avait été documenté au sujet de cette divinité censée apporter du bétail du ciel à la terre. Sarah est donc retournée dans le village massaï où elle avait entendu cette histoire et a organisé une séance photo inspirée par la déesse, dans un endroit où les femmes ont des opportunités plus que limitées.

Autoportrait de Godlisten Meshack, originaire d’Arusha, en Tanzanie

Godlisten Meshack, 26 ans, vient d’Arusha, au nord de la Tanzanie. Peu importe à quel point il s'identifie à sa culture, il essaie toujours de se distancier de l'image occidentale traditionnelle du Massaï. Avec l'aide d'un étudiant en stylisme néerlandais, il a combiné des éléments de la mode occidentale et des vêtements traditionnels Maasaï pour symboliser ce conflit intérieur.

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Photo de Kelvin Kiarie, originaire de Nairobi, au Kenya

Avec ce travail, Kelvin Kiarie, 21 ans, dépeint ses cauchemars d’un monde dystopique envahi par des vampires massaïs assoiffés de sang humain – l'idée étant que leur régime habituel à base de sang cru de vache mélangé à du lait ne suffirait plus. En mêlant des images habilement composées et une esthétique effrayante, Kelvin tente de transmettre cette peur absurde et irrationnelle à son public.

Photos de Waithereo Wambui, originaire de Nairobi, au Kenya

Waithereo Wambui, 20 ans, trouve que les visages des femmes massaïs lui rappellent ceux des mannequins qu'elle a vu défiler sur des podiums et poser dans des magazines de mode : pommettes hautes, mâchoires anguleuses, yeux intenses et regards intrépides. En s'inspirant de son icône Victoria Beckham, elle combine l’esthétique de la mode moderne et les couleurs vives des vêtements traditionnels massaïs, créant ainsi un look hybride qu'elle appelle « Rock star Maasai ».

Photo de June Odiembo, originaire de Nairobi, au Kenya

Après qu'une amie massaï est venue lui rendre visite, June Odiembo, 22 ans, s'est rendu compte qu'il devait être difficile d'être gay dans une société qui n'accepte pas votre sexualité. June se consacre désormais à accroître la visibilité des groupes marginalisés de la communauté massaï.

Photos de Malcolm Nduati, originaire de Nairobi, au Kenya

À l'école, Malcolm Nduati, 18 ans, était un véritable tyran – il était particulièrement cruel envers ses camarades massaïs. Ses amis et lui leur ont même trouvé un surnom : « Ndaghuo », qui peut se traduire par « stupides » ou « incapables ». Puis la performance d'un jeune rappeur massaï à son église locale l’a époustouflé. Malcom est aussi un artiste de hip-hop, et le fait de découvrir qu'il y avait des Massaïs dans le divertissement grand public a changé sa façon de voir. Au cours de la dernière année, il a travaillé avec d'autres rappeurs issus de cette communauté – à la fois sur des projets musicaux et photographiques.

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Photos de Ruth Moige, originaire de Nairobi, au Kenya

Ayant grandi à Ongata Rongai, une enclave massaï située juste à l'extérieur de Nairobi, Ruth Moige, 21 ans, est tombée amoureuse de cette culture à un âge précoce. Avec ce travail, elle souhaite toutefois mettre l’accent sur la beauté des enfants de la tribu plutôt que sur sa richesse culturelle.

Photos de Joel Lukhovi, originaire de Nairobi, au Kenya

Ce travail de Joel Lukhovi, 30 ans, est un excellent exemple de ce qui se passe quand une passion pour la photographie rencontre une formation en ingénierie. Il voit la beauté là où beaucoup ne la verraient pas – dans la texture d'un mur, les motifs d'un toit ou l'asymétrie d’une clôture de brindilles. Joel a vécu et travaillé parmi les Massaïs, et il utilise son travail pour étudier ce que l'architecture et l'espace signifient pour la communauté.

Photos de John Obiero, originaire de Homa Bay, au Kenya

John Obiero, 24 ans, documente les changements dans l'architecture massaï. Il est convaincu que cette évolution est rendue possible par de nombreux facteurs – comme un changement dans la situation économique ou la disparition de matériaux de construction autrefois disponibles localement, par exemple. Quelle que soit la raison, John a remarqué que les maisons massaïs avaient bel et bien changé depuis la dernière fois qu'il a visité un village lors d'un voyage scolaire et qu'il a vu l'intérieur d'une manyatta traditionnelle.