Périlleuse mission de sauvetage au pôle Sud

Deux avions canadiens se sont retrouvés au beau milieu d’une périlleuse mission de sauvetage en Antarctique, où deux employés d’une station scientifique étaient tombés malades.

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22 Juin 2016, 7:45pm

Un avion Twin Otter s'envole du pôle Sud lors d'une mission de sauvetage en 2003. (Photo de Jason Medley, NSF)

Deux avions canadiens se sont retrouvés au beau milieu d'une périlleuse mission de sauvetage en Antarctique, où deux employés d'une station scientifique sont tombés malades.

Ce mercredi, un des avions préposé au sauvetage a atterri à Rothera, une station d'étude britannique, située sur la péninsule Antarctique, après avoir récupéré au pôle Sud deux employés qui avaient besoin d'une assistance médicale urgente.

Position de la station de recherche de Rothera.

La National Science Fondation (NSF) qui gère la station du pôle Sud n'a pas précisé qui étaient les employés, ni de quoi ils souffraient, mais a indiqué que la mission était un succès pour le moment. Les deux individus sont sur le point de se faire soigner. Le porte-parole de la NSF, Peter West, a indiqué à VICE News que le cas des employés avait dans un premier temps été étudié à distance, puis qu'il avait été décidé de les évacuer plutôt que de les laisser à la station (où il y a pourtant un médecin et un assistant médical).

« Nous avons établi que le niveau de traitement médical que l'on peut offrir à la station n'était pas suffisant pour traiter les deux patients, » a dit West.

Problème, nous sommes en plein milieu de l'hiver antarctique — une période à laquelle les avions ne volent normalement pas jusqu'au pôle Sud.

La station a alors fait appel à l'entreprise de Calgary (Canada), Kenn Borek Air, qui avait déjà réalisé deux missions de sauvetage au pôle Sud en 2001 et en 2003. Kenn Borek, dont la devise est « Partout, Tout le temps, Universel », a fourni deux avions Twin Otter qui peuvent voler à des températures très basses et surtout atterrir sur des skis. Le carburant utilisé dans ces avions doit être chauffé avant que les avions puissent s'envoler.

Un scientifique profite de l'hiver antarctique devant l'IceCub Lab de la station Amundsen-Scott du pôle Sud. La lueur verte est une aurore australe. Au-dessus, c'est la Voie lactée. (Photo de Sven Lidstrom)

Le 14 juin, les deux avions ont quitté Calgary pour cette mission intercontinentale « très dépendante des conditions météo ».

Le 20 juin, les deux avions ont atterri à Rothera, où ils ont été équipés de skis afin de pouvoir atterrir sur la neige. Ensuite, un des deux avions a décollé le 21 juin en direction du pôle Sud, et ce, dans le noir complet (alors que l'autre appareil restait en soutien).

Au cours de ce vol de 10 heures et de 2 500 kilomètres, l'avion s'est trouvé à un point de non retour : avec seulement assez de carburant pour faire un aller, le pilote a dû prendre la décision de continuer et faire atterrir l'avion, ou de retourner à Rothera et de faire patienter un peu plus les deux malades.

Finalement, le pilote et le copilote ont décidé de continuer. L'avion a pu atterrir sur une piste de ski balisée par des torches enflammées.

48 personnes vivent et travaillent dans cette base scientifique — 39 hommes et 9 femmes — sans compter ceux qui ont été secourus.

Les deux personnes évacuées font partie du personnel auxiliaire employé par Lockheed Martin Antarctic, qui fournit à la station la nourriture, l'informatique, la maintenance, le médecin et d'autres services. West n'a pas précisé où les malades étaient désormais traités, en raison du secret médical.

D'après le site d'offres d'emploi de Lockheed Martin Antarctic, tous les candidats doivent se plier à de « stricts examens dentaires et physiques, un test psychologique, une vérification des antécédents judiciaires et un test de drogues, » pour travailler là-bas pendant l'hiver.

Si certains employés de la station s'occupent de la maintenance, d'autres mènent des expérimentations scientifiques sur le changement climatique, les trous noirs, l'énergie noire, la matière noire et l'histoire de l'univers.

Photo de Bill Henriksen, National Science Foundation

Dans la station il y a deux radiotélescopes « qui permettent d'étudier l'histoire ancienne de l'univers, notamment l'étude de l'énergie noire et de la matière noire qui composent le cosmos, » explique la NSF. Il y a aussi l'Ice Cube Neutrino Observatory « qui permet d'observer des particules subatomiques, produites par les phénomène cosmiques les plus rares et violents, comme les trous noirs. »

La première fois qu'un avion a été envoyé au pôle Sud au milieu de l'hiver antarctique pour une mission de sauvetage, c'était en 2001. C'est la même entreprise de Calgary qui avait mené la mission.

L'avion avait permis d'évacuer le docteur américain Ronald Shemenski, âgé de 59 ans à l'époque. Il souffrait d'une pancréatite, qui peut être fatale dans certains cas si on n'opère pas.

« Ce qu'on m'avait dit c'est que je pouvais personnellement prendre le risque [de ne pas me faire évacuer], mais que je ne pouvais pas faire courir le risque à 49 personnes de passer l'hiver sans médecin sur la base, » a dit Shemenski à CTV News. « Je suis le seul médecin et il n'y a personne pour me remplacer. On a donc décidé de m'évacuer. Je n'étais pas d'accord, mais c'était leur décision. »

Au cours de cette mission, des avions cargo Hercules de l'armée américaine devaient se charger initialement de l'évacuation, mais il faisait en réalité trop froid pour qu'ils puissent s'y rendre — d'où l'idée de faire appel aux avions canadiens. Les employés de la base du pôle Sud avaient construit une piste d'atterrissage en neige et avaient fait bruler des débris avec de l'essence pour baliser la piste.

Le vol de ce mercredi a eu lieu encore plus tard dans l'hiver que celui de 2001, a indiqué West. Il faisait donc encore plus froid et plus sombre pour les pilotes.

Photo de Bill Spindler, US Antarctic Program, National Science Foundation


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Cet article a d'abord été publié sur la version anglophone de VICE News.