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environnement

Ils souffrent d’écoanxiété, et c'est plutôt chiant

L’anxiété causée par les changements climatiques touche de plus en plus de jeunes dans le monde. Nos confrères de VICE Québec ont discuté avec ceux pour qui l’avenir est sans espoir.

par Marie Boule
16 Avril 2019, 7:05am

Depuis la montée du mouvement des jeunes pour le climat, c’est un thème qui revient sans cesse : l’anxiété que cause la dégradation de l’environnement, et ses conséquences sur la santé mentale et le quotidien des jeunes. En février, VICE avait assisté à la réunion d'un groupe de soutien, créé spécialement pour les gens qui souffrent d’écoanxiété. Pour mieux comprendre le phénomène, on a réuni d’autres personnes qui se sentent écoanxieuses, pour parler un peu plus de ce profond malaise.

Quand on demande aux personnes qu’on a rencontrées à quelle fréquence ils pensent au réchauffement climatique, elles n’hésitent pas : « Tous les jours », « Constamment », « Plusieurs fois par jour ». « C’est comme un bourdonnement permanent », explique Benjamin, 21 ans. « C’est pesant parce que c’est toujours là. »

Les chercheurs rapportent que les changements climatiques entraînent une profonde tristesse et de l'anxiété chez de plus en plus de gens, particulièrement chez les jeunes.

L' American Psychological Association a notamment publié un long rapport sur l’écoanxiété. En entrevue avec VICE, Susan Clayton, l’une des auteures de ce rapport parle d’un sentiment comparable au deuil : « Avec le nombre grandissant des impacts écologiques, ces problèmes de santé mentale ne vont qu’augmenter », explique la chercheuse.

« Depuis la nuit des temps, dans toutes les sociétés, on a eu peur de la fin du monde. Ben là, c’est vrai », lance Justine, 24 ans.

Pour tous, c’est le même constat : on n’a plus le temps de faire marche arrière, le réchauffement climatique va avoir des conséquences désastreuses. Impossible pour eux de penser à autre chose.

« Ça roule comme un hamster qui roule dans une roue », explique Laurent-Émile, 14 ans. « Ça vient vraiment me chercher, j’ai le goût de pleurer, et j’ai juste le goût de voir ma mère pour qu’elle me console. »

Christine, 28 ans, parle de tension permanente, de peur, de la sensation d’étouffer. Pour Emy, 38 ans, c’est de la frustration et beaucoup de colère : « Je rumine beaucoup, j’ai des pensées qui tournent sans arrêt, je n’arrive pas à me concentrer, c’est vraiment épuisant. »

La plupart d’entre eux parlent d’une culpabilité quasi quotidienne. Elle est présente lorsqu’ils vont faire leurs courses et que le moindre concombre est enveloppé dans du plastique, lorsqu’ils doivent prendre la voiture pour aller à l’université, ou simplement en regardant autour d’eux dans la rue : « Je vois une paille de plastique par terre et je m’imagine une tortue en train de la manger, et je me dis “merde”, je dois la prendre! » explique Léo, 16 ans. « Ça m’est arrivé une fois d’arriver en retard à l’école parce que j’avais ramassé trop de déchets dans la rue. Ça devient vraiment lourd. »

L’avenir leur paraît sombre, ils parlent de leur peur des guerres civiles, des situations apocalyptiques, de millions de morts et de réfugiés. Les autres humains aussi, font peur : « Les humains peuvent être beaux, aimants et bons, mais il y a aussi tellement de comportements terribles, de cruauté, que je ne crois pas que les humains vont bien se comporter à la fin. »

Malgré ce regard pessimiste sur l’avenir, tous s’accordent pour dire qu’une des solutions à cette écoanxiété, c’est l’action. Certains se sont joints à des groupes comme Pour le futur Montréal, La Planète s'invite au Parlement et Extinction Rebellion. Ils marchent chaque vendredi, organisent des soirées « open mic » pour parler des effets des changements climatiques sur la santé mentale et préparent des actions pour le climat. Mathilde et Zak, tous deux élèves du secondaire, ont créé le compte Instagram The Green People, par lequel ils proposent des défis pour encourager les gens à devenir plus écoresponsables. « J’ai un besoin urgent de participer et de faire tout ce que je peux pour sauver la Terre, explique Zak. Pour moi, l’écoanxiété, c’est aussi une source de motivation pour agir, ça réveille. »

« Quand j’étais plus jeune, je me disais : “Je veux conquérir le monde”, raconte Mathilde. Je trouve ça tellement plate de devoir le réparer avant. Mais je vais le faire, on va le faire, on n’a pas le choix. »

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