Pourquoi le matriarcat est une bien meilleure société

Il est grand temps que les femmes dirigent le monde.

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14 Mai 2019, 7:14am

Dans la mythologie grecque, les Amazones étaient des femmes guerrières qui refusaient de vivre avec leurs homologues masculins. Afin d’assurer leur descendance, elles rendaient visite une fois par an aux hommes de la tribu voisine, les Gargaréens, afin d’avoir des rapports sexuels avec eux. Une fois qu’elles avaient eu ce qu'elles voulaient, elles se débarrassaient de leur amant comme d'un vieux mouchoir et retournaient dans leur patrie – enceintes, avec un peu de chance. Neuf mois plus tard, elles gardaient les filles et confiaient les garçons à leur père. Ou bien elles les laissaient mourir quelque part en haut d’une colline.

C’est un peu l’idée qu’on se fait du matriarcat. Mais pour les anthropologues, il n’est pas le pendant symétrique du patriarcat et surtout, il ne désigne pas un monde où les femmes dominent les hommes. En termes simples, une société matriarcale est une société où les femmes ne sont pas désavantagées par leur condition de femmes, où le pouvoir est partagé entre les sexes et où les mères sont placées au centre de la culture. Et croyez-le ou non, il en existe encore un certain nombre dans le monde aujourd'hui.

Heide Göttner-Abendroth est la principale autorité mondiale en la matière. En 1986, elle a fondé l'Académie internationale de la recherche moderne sur le matriarcat. Selon elle, une société matriarcale opère à quatre niveaux : économique, social, politique et culturel.

Sur le plan économique, toute transmission de richesse se fait par filiation maternelle. Les femmes partagent tout et la matriarche d'un groupe est responsable de la distribution des ressources au sein du clan. Sur le plan social, ces groupes placent la maternité au centre de leurs préoccupations. Les enfants sont ensuite élevés collectivement par toutes les femmes du groupe. Les femmes ne sont pas exclues de la politique ; hommes et femmes prennent collectivement les décisions liées au groupe. Et culturellement, ces groupes vénèrent les divinités féminines et considèrent le monde naturel comme féminin.

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La société matrilinéaire de Shillong, dans le Meghalaya, en Inde. Photo : Getty

Mais qu'en est-il du sexe ? Dans les sociétés patriarcales, la transmission de la richesse passe par le lignage masculin. Afin de s'assurer que le pouvoir et la richesse se transmettent directement du père au fils, la sexualité et le système reproductif des femmes sont strictement contrôlés pour assurer une progéniture légitime, et la sexualité de la femme est considérée comme un tabou.

Dans la société matriarcale, le lignage masculin n’existe pas, et comme les enfants sont élevés collectivement par toutes les femmes du groupe, peu importe qui est leur père biologique. Donc, comme vous pouvez l'imaginer, les attitudes envers les femmes qui aiment le sexe sont très différentes des nôtres.

La tribu Mosuo vit dans les provinces du Yunnan et du Sichuan, au sud-ouest de la Chine. Elle est souvent considérée comme la dernière société matrilinéaire de Chine et remonte au moins à 750 avant J.-C. Elle est surnommée « nu kuo », qui signifie « Royaume des femmes ».

Les femmes mosuo ne se marient pas, prennent autant d'amants qu'elles le souhaitent et n'ont pas de mot pour « mari » ou « père ». Elles ne vivent pas avec leurs amants, mais les invitent à leur rendre visite la nuit. Leurs relations peuvent durer des années ou une seule nuit. La rupture est tout aussi facile – soit la femme cesse d’inviter son amant, soit il cesse de venir la voir. Quand une fille devient adolescente, sa mère lui donne la clé de sa propre chambre afin qu'elle puisse commencer à inviter ses amants – un rite d’initiation qui est certainement plus utile que de lire un dépliant ou d’enfiler un préservatif sur un concombre.

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La tribu Mosuo en Chine, aussi connue sous le nom de « Royaume des femmes ». Photo : Alamy

Les Khasi vivent dans le nord-est de l'Inde. Ils sont environ 1 million et pratiquent le matriarcat depuis des milliers d'années. « Kha-si » signifie « né d'une mère ». Les biens du clan passent de mère en fille, les enfants prennent le nom de leur mère et un homme marié vivra avec sa femme chez la mère de cette dernière. Le divorce est très simple : il suffit que les deux parties déclarent qu'elles ne veulent plus être ensemble. Ainsi, les femmes khasi auront un certain nombre de maris au cours de leur vie.

Bien que de nombreuses sociétés matriarcales soient anciennes, il existe des exemples plus récents. Dans le sud-est du Brésil, par exemple, la petite ville de Noiva do Cordeiro compte environ 300 habitants et les femmes dirigent tout. La ville a été fondée en 1 891 par Maria Senhorinha, une femme originaire de Lima qui a été exilée de sa maison et de l'église pour avoir quitté son mari pour son amant.

Taxée de pute et de femme adultère, Maria a fondé une communauté de femmes avec les travailleuses du sexe locales. Aujourd'hui, elles continuent de vivre en communauté et gagnent leur vie grâce à la vente de légumes et à l'artisanat, et plus grâce au sexe. Bien que certaines d'entre elles soient mariées, leurs maris travaillent loin de la ville.

Le village d'Alapine en Alabama est une société exclusivement féminine qui a été fondée en 1997. Alapine était l'une des nombreuses communautés lesbiennes qui ont vu le jour dans les années 1970 lorsqu'un groupe de femmes révolutionnaires a fondé un camp sur la plage à St Augustine en Floride. Aujourd'hui, Alapine s'étend sur environ 108 hectares et compte 17 femmes. Les habitantes cultivent la terre le jour et organisent régulièrement des activités communes, comme des lectures de poésie et des « cercles de pleine lune ». Le village est toujours à la recherche de nouvelles recrues pour gonfler ses rangs – du moment qu'elles n'ont pas de chromosome Y, cela va de soi.

Beyoncé a un jour chanté que les filles « dirigeaient le monde », et même si ce n'est pas encore tout à fait le cas, ces sociétés matriarcales prouvent bien que les femmes en sont capables et qu’elles le font dans certains endroits. Il est tout à fait possible de fonder des communautés autour des valeurs maternelles plutôt qu'autour du pouvoir et de la domination. De plus, lorsque les femmes sont aux commandes, la vie est plus belle et le sexe est mille fois meilleur.

Le Dr Kate Lister est historienne du sexe, auteure et conférencière à la Leeds Trinity University. Elle gère aussi le blog Whores of Yore. Suivez-la sur Twitter.

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