Violences au Burundi : de nouvelles victimes et des accusations de complot
Les violences de ce jeudi ont fait au moins quatre morts, une des victimes aurait été brûlée vivante, alors qu’un journal Belge publie des accusations de complot démenties par le gouvernement du Burundi.
Ce jeudi, le Burundi était de nouveau en proie à des violences qui ont fait au moins quatre morts, selon l'AFP et la Croix-Rouge. Selon Reuters, une des victimes aurait été brulée vivante. La dernière victime, âgée de 15 ans, aurait été tuée par un policier, rapporte le porte-parole de la police, cité par FranceTV Info. Des affrontements ont eu lieu, notamment dans la capitale Bujumbura, entre des opposants au président Pierre Nkurunziza, qui souhaite briguer un troisième mandat, considéré comme illégal par l'opposition, et ses partisans, dont les groupes Imbonerakure (jeunes militants pour le parti présidentiel), qualifiés par l'ONU de « milice », le groupe récusant ce terme.
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Ce mercredi, l'opposant et candidat à l'élection présidentielle, Audifax Ndabitoreye, a été arrêté quelques heures. Pierre Nkurunziza a, quant à lui, confirmé ce mercredi, dans un communiqué, qu'il souhaitait briguer un troisième mandat, autorisé par la Cour constitutionnelle, mais que ce mandat serait le « dernier ».En moins d'un mois, près de 40 000 réfugiés ont fui le Burundi et plus d'une dizaine de personnes sont mortes dans les violences. VICE News était dans les rues de Bujumbura et sa région ce mercredi et ce jeudi où les manifestants, les Imbonerakure et la police se sont affrontés, l'armée a souvent dû s'interposer entre les lignes.
Vers 8h 30 ce jeudi, les jeunes manifestants de la zone Muyira dans la commune de Kanyosha rural (un quartier limitrophe de Bujumbura) scandent des slogans contre la police. «Nous sommes contre la 3ème candidature du président Nkurunziza et cette police qui nous tue au lieu de nous protéger», explique un des manifestants, une grosse pierre dans les mains pour barricader la principale route qui relie cette zone à la capitale. Les chansons improvisées de ces manifestants sont ponctuées de sifflets assourdissants. «Nous allons envahir le palais présidentiel pour que le président Nkurunziza arrête de violer la loi », lancent-ils en agitant des branchages.
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Presque toute la commune de Kanyosha rural, en périphérie de la capitale, est en ébullition. Les manifestants veulent descendre à tout prix de leurs collines pour épauler leurs confrères à Musaga et Kanyosha. Les militaires tentent de les en empêcher. Les enfants ne se sont pas présentés à l'école pour passer le concours national donnant accès à l'enseignement secondaire.Aux environs de 11h, une personne est morte et neuf autres blessées dans la commune urbaine de Cibitoke, au nord de Bujumbura, suite à l'explosion d'une grenade. Cela s'est produit lors des affrontements entre les manifestants et les policiers appuyés par les Imbonerakure. Un des Imbonerakure accusé de lancer cette grenade est mortellement battu, sa maison détruite par les manifestants.Dans la commune urbaine de Nyakabiga III à la 10ème avenue, vers le centre de la capitale, un homme a été brûlé vif à l'aide d'un pneu. « Il venait d'être déposé par l'agent des services secrets burundais appelé Kazungu et nous l'avons soupçonné d'être un Imbonerakure venu pour épauler la police », nous raconte un manifestant, brandissant une pancarte sur laquelle est écrite « Non au 3ème mandat » et FREE RPA, la principale radio privée fermée par le pouvoir en place.
À Nyakabiga, où les manifestants brandissent des pancartes sur lesquelles on peut lire "No au 3ème mandat, No a la dictature". Photo par Dieudonné Hakizimana.
Ce jeudi toujours, le quotidien belge La Libre Belgique a publié un article évoquant un « complot » du président Nkurunziza et de son bras droit le général Adolphe Nshimirimana. C'est l'avocat Bernard Maingain qui a contacté le quotidien belge pour lui indiquer qu'il avait eu accès aux témoignages de deux « proches du général qui travaillent dans les services de renseignement ». Ces propos transmis au Conseil de sécurité de l'Onu détailleraient un possible complot présidentiel visant à armer des milices en vue de déstabiliser certaines régions du pays. VICE News a contacté Me Bernard Maingain, qui confirme ces allégations portées contre le camp présidentiel. « Le but de ce complot est de ranimer la poudrière du débat ethnique pour créer un consensus majoritaire favorable au président Nkurunziza, » a-t-il précisé. « On m'a fait part de détails sur des quartiers tutsis de Bujumbura susceptibles d'être attaqués dans ce but. » Contactée par VICE News ce jeudi, la présidence burundaise nie ces allégations en bloc. « L'article fait partie d'une série de publications diffamatoires, » a déclaré Jean-Claude Karerwa Ndenzako, l'un des porte-parole de la présidence, qui a également accusé l'avocat Bernard Maingain d'être allié à l'opposition burundaise.
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Sur le pont de la rivière Ntahangwa, le boulevard du 28 novembre. Les manifestants ont brûlé des pneus pour bloquer la circulation. Photo par Dieudonné Hakizimana.
La veille, la journée de mercredi a été caractérisée par des tensions entre les manifestants et les membres de la jeunesse affiliée au Cndd-fdd, le parti au pouvoir au Burundi depuis 2005.Vers 10h dans la commune urbaine de Kanyosha, au sud de la capitale, ces jeunes et les manifestants se regardaient en chiens de faïence. «Nous voulons enlever toutes les barricades érigées par ces manifestants parce que nous avons besoin de vaquer tranquillement à nos activités quotidiennes », raconte une jeune Imbonerakure de la 6ème avenue, visiblement furieux. À côté de lui, d'autres jeunes Imbonerakure. «Nous allons en découdre avec ces manifestants qui paralysent toute la ville », menace un Imbonerakure, un gourdin dans les mains.De l'autre côté de la rue, un groupe des jeunes manifestants est armé de pierres. «Vous ne pouvez pas nous empêcher de manifester notre colère parce que votre parti a violé les Accords d'Arusha et la Constitution, les principaux instruments juridiques qui guident le Burundi », lancent des manifestants en ramassant des pierres pour se défendre une fois attaqués. Ces jeunes accusent l'administrateur de la commune urbaine de Kanyosha (dans l'ensemble urbain de Bujumbura) d'avoir distribué dans la matinée de ce mercredi une dizaine de grenades et des pistolets aux Imbonerakure.Lors de cet échange verbal entre les Imbonerakure et les jeunes manifestants, quelques policiers se sont rangés du côté de ces jeunes du parti au pouvoir. L'armée présente sur les lieux se veut neutre en essayant de calmer la situation. Elle parvient à éviter la confrontation. Les journalistes qui tentent de prendre des images sont brutalisés par ces jeunes Imbonerakure et sont obligés de rebrousser chemin. «Ils voulaient m'attraper et me tabasser et j'ai essayé de courir très vite pour sauver ma vie », raconte Cédric-Soledad Urakeza du journal Iwacu, en montrant une blessure au niveau de la jambe gauche, blessé par une pierre lancée par ces jeunes.
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Vers midi, les manifestants cassent les vitres de la permanence du Cndd-fdd dans la commune urbaine de Kanyosha. Les Imbonerakure ne parviennent pas à les attraper. «Qu'ils nous remettent au moins le drapeau de notre parti qu'ils ont volé », insiste un autre jeune Imbonerakure. Quelques minutes après, nous entendons quatre explosions dans le quartier Kajiji de cette même commune urbaine de Kanyosha près du lac Tanganyika. «Ce sont neuf grenades que les Imbonerakure viennent de lancer, blessant trois personnes dont un enfant », fait savoir un des manifestants, en accusant Abraham Aoudou Bampoye, administrateur de la commune urbaine de Kanyosha d'avoir distribué ces armes. Ce dernier a nié cette accusation. Peu après, une ambulance de la Croix Rouge arrive sur les lieux pour évacuer les blessés.Dans les montagnes surplombant la capitale, sept Imbonerakure dont six hommes et une femme sont arrêtés par les manifestants. Ils portent des marques de blessures partout sur leur corps. «Ils voulaient lancer des grenades parmi nous et ils ont été vite identifiés et tabassés», affirme un des manifestants, des traces de sang sur son pantalon de couleur noire. Et d'ajouter que ces Imbonerakure auraient succombé à la vindicte populaire n'eût été l'intervention militaire.Le même jour, dans la commune urbaine de Kinama, au nord de la capitale, des jeunes tentent de manifester très tôt le matin. Des Imbonerakure en compagnie de policiers les surprennent. Sept manifestants sont arrêtés avec deux pneus qu'ils voulaient brûler. « Ils sont conduits au chef-lieu de la commune Kinama, allez les voir », nous orientent les manifestants qui sont en colère. Ils estiment que le droit de manifester n'est pas reconnu par le pouvoir de Bujumbura.Au même moment, toutes les avenues des communes urbaines de Bwiza et Nyakabiga sont bloquées par les manifestants. Des tirs à balles réelles se font entendre dans différents quartiers. Les forces de l'ordre font face aux manifestants qui continuent à scander des slogans hostiles au président Pierre Nkurunziza dont la candidature pour un 3ème mandat vient d'être validée par la Cour constitutionnelle.Matthieu Jublin a participé à la rédaction de cet article. @MatthieuJublin
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