Le Royaume-Uni ferme la porte aux mineurs isolés étrangers

Alors que 3 000 mineurs isolés devaient être accueillis dans le pays, le gouvernement britannique a décidé de suspendre les arrivées après avoir accueilli seulement 350 mineurs.

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13 Février 2017, 1:50pm

ASSOCIATED PRESS

Le gouvernement britannique a déclaré la semaine dernière mettre en pause le programme d'accueil des réfugiés mineurs isolés. Les Britanniques qui sont arrivés dans le pays grâce à des programmes similaire dans le passé ont accusé le gouvernement de faute morale.

Lord Alfred Dubs est un ancien enfant réfugié, qui a gagné l'Angleterre en 1939 pour fuir la persécution nazie en Tchécoslovaquie. Actuellement membre de la Chambre des Lords, Dubs a été l'architecte de ce qu'on appelle l' « Amendement Dubs ». Cet amendement avait été annoncé l'année dernière alors que l'inquiétude grandissait sur le sort des enfants réfugiés, en pleine crise des migrants.

Selon cet accord, le Royaume-Uni accepterait d'ouvrir ses portes à certains des 90 000 enfants isolés présents dans les campements de la Grèce, de l'Italie et de la France. Aucun chiffre exact n'avait donné, mais les défenseurs du projet et les autorités locales chargées de trouver un foyer aux enfants s'étaient accordés sur l'accueil de 3 000 mineurs.

Mais cette semaine le gouvernement britannique a annoncé que le programme serait interrompu après un transfert imminent de 150 personnes. Au total, seulement 350 mineurs auront pu entrer au Royaume-Uni grâce à cet amendement.

Lord Alfred Dubs a dit à VICE News que la décision du gouvernement était « effroyable ».

« On a prôné une position très humanitaire, mais on est en train de l'abandonner », a-t-il dit. « C'est une démarche rétrograde — on ne peut pas négliger l'horrible détresse des enfants réfugiés isolés. »

Selon la Secrétaire de l'Intérieur, Amber Rudd, la décision du gouvernement a été prise après que les autorités françaises ont regretté que le programme serve de « levier » et encourage l'afflux d'enfants mineurs vers l'Europe. De plus, le ministre britannique de l'Immigration, Robert Goodwill, a assuré que le Royaume-Uni n'avait la capacité d'accueillir que 400 mineurs isolés.

Mais Lord Dubs n'est pas convaincu par ces excuses, a-t-il dit, et croit que le gouvernement aurait pu trouver davantage de places pour recevoir plus d'enfants. « Ils utilisent l'excuse que cela encourage les passeurs. Mais je pense que si on abandonne les moyens légaux d'entrer en Angleterre, les passeurs s'en donneront à coeur joie. » Il croit que le sentiment anti-migrant survenu à la veille du Brexit a joué un rôle sur la décision du gouvernement. « Mais je crois encore que l'opinion publique est du côté des enfants réfugiés », a-t-il insisté.

Né à Prague en 1932, Dubs était l'un des 669 enfants majoritairement juifs qui ont fui la Tchécoslovaquie, occupée par les Nazis, grâce aux efforts du courtier Nicholas Winton, surnommé le « Schindler britannique ». Dubs est arrivé à Londres alors qu'il n'avait que 6 ans. Il a finalement eu une illustre carrière politique.

Son sauvetage faisait partie du Kindertransport, un programme remarquable qui a sauvé près de 10 000 enfants juifs des massacres nazis peu avant le début de la Seconde guerre mondiale. Ces enfants avaient alors été placés dans des foyers et d'autres structures d'accueil de partout au Royaume-Uni.

Brent Leslie, un célèbre spécialiste en immunologie, a également fui l'Allemagne et la persécution nazie lorsqu'il avait 13 ans, grâce au premier Kinderstransport, en 1938. Il a dit à VICE News être « absolument outré » par la décision du gouvernement d'en finir avec l'amendement Dubs.

Selon lui, au moment du Kidertransport, le gouvernement britannique a dû être poussé par des groupes de la société civile pour accepter les enfants réfugiés, dont l'arrivée était dénoncée par les tabloids.

« Mais ils avaient finalement cédé », a-t-il dit. « Ils ont permis l'entrée de tous les enfants. C'était un acte de générosité incroyable, et qui était sans précédent dans le monde. »

Il a dit que l'actuel gouvernement britannique, poussé par un fort sentiment anti-migrants de l'opinion publique, n'arrivait pas à être à la hauteur de l'héritage du Kindertransport. « Je sens qu'on perd nos valeurs morales et notre sens de la compassion, et cela m'angoisse », a-t-il dit.

« Je ne connais personne, qui est venue par le Kindertransport, qui n'a pas contribué à la vie du pays. Plusieurs d'entre eux se sont même illustrés au cours de leur vie », a-t-il dit avant de citer l'exemple du célèbre peintre Frank Auerbach. Brent, lui-même professeur d'honneur à l'université de Londres, est à l'origine d'importantes avancées dans le domaine de l'immunologie. « Je n'arrive pas à imaginer pourquoi des enfants syriens ne pourraient pas apporter une contribution similaire. »

La décision d'en finir avec l' « amendement Dubs » a créé une vague de condamnations émanant d'hommes politiques et de leaders de mouvements civiques. Selon l'archevêque de Canterbury, Jastin Welby, à la tête de l'Église Anglicane, le Royaume-Uni est connu pour « accueillir ceux qui sont dans le besoin, surtout les plus vulnérables » et a appelé le gouvernement à revenir sur sa décision. Le leader des libéraux-démocrates, Tim Farron, a accusé le gouvernement de « trahir les valeurs britanniques ». Malgré la levée de boucliers, la Première ministre Theresa May a dit que le gouvernement avait pris la bonne décision concernant les réfugiés.


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