© Mars Films

Voici les affiches non retenues pour « L’amour est une fête »

Trop décalés, trop osés, trop éloignés de l’univers du film… Pour Vice, le réalisateur Cédric Anger et Frédéric Tingaud, responsable de la création du studio Le Cercle Noir, décryptent les visuels qu’ils ont finalement refusés.

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sept. 12 2018, 7:55am

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« Très vite, on a décidé que l’affiche du film devait rappeler les posters des films de la fin des années 70 », explique d’entrée de jeu Cédric Anger, réalisateur de L’amour est une fête. Justement, le film plonge Guillaume Canet et Gilles Lelouche dans le milieu du cinéma porno des Seventies. A l’époque, beaucoup d’affiches étaient dessinées – et pas seulement dans le X. C’était notamment le cas pour les blockbusters du moment, comme La Grande bouffe, Un moment d’égarement ou Que les gros salaires lèvent le doigt. La tendance s'est un peu perdue, mais c’est celle qui a été choisie par Cédric Anger et Frédéric Tingaud, responsable de la création au studio Le Cercle Noir, pour refléter l’esprit du film : léger, pop et joyeux.

Il a fallu, ensuite, en inventer des dizaines et n’en choisir qu’une. Pour VICE, le cinéaste et le responsable de création décryptent les visuels qu’ils n’ont finalement pas été retenus. Après des heures de discussions, de sacrées prises de tête et même quelques regrets.

Cédric Anger : Cette affiche est très belle. Le gros plan sur les lèvres évoque bien l’idée de sensualité, mais dans une version brûlante, charnelle, qui ne correspondait pas assez au titre L’amour est une fête. Mon désir premier était une affiche évoquant la légèreté des films de l’âge d’or du porno. Et puis, je voulais qu’elle soit dessinée, comme ça a été le cas lorsque la loi X a interdit l’usage de photo sur les affiches de films pornos.

Frédéric Tingaud : Nos références sont clairement les affiches des années 70. En la matière, la plus belle reste pour nous l’affiche américaine d’ Emmanuelle. Ce projet s’en inspire, car nous voulions exprimer l’extase sans être vulgaire. Nous avons beaucoup travaillé la forme, car nous souhaitions que les spectateurs identifient sans hésitation l’époque dans laquelle le film se situe. Nous avons notamment essayé de reproduire les textures typiques de ces années, qui ont disparu avec l’arrivée du numérique. D’où le choix d’une trame très visible, quelque part entre le Pop Art, l’affiche de Serpico et les encarts publicitaires, souvent en noir et blanc, que l’on trouvait dans la presse. J’aimais l’idée d’un double zoom, à la fois sur le visage d’une femme et dans l’affiche même, rendant visible la matière imprimée.

Cédric Anger : J’aime beaucoup cette affiche. Elle est dans les tons que nous souhaitions : orange et violet, très à la mode à la fin des années 70. Elle a un côté très vintage, très série Z clandestine, ce qui n’était pas pour me déplaire. Cette affiche a été longtemps dans la balance mais finalement, ce gros X symbolisant la censure m’a paru trop négatif. Et trop éloigné de l’idée de légèreté initialement souhaitée.

Frédéric Tingaud : Le concept était de se jouer de l’idée (odieuse) de censure, avec cette fille qui se dévoile malgré l’interdiction, dans un geste de provocation amusée. Nous cherchions également à mettre en scène de façon graphique un symbole fort et identifiable, à l’image – toutes proportions gardées ! –, des affiches de l’immense Saul Bass.

Cédric Anger : Très belle affiche, là encore ! Et je dois dire que les propositions que nous avons eues étaient fort séduisantes. J’aime la typo très 70’s, qui rappelle celle de Providence d’Alain Resnais ou du Messager de Joseph Losey. Et cette perche de preneur de son, sur les lèvres grandes ouvertes de la fille, m’amusait beaucoup. Mais si la typo fait très 70's, l’impression générale évoquait trop les années 80 : la peau, la blancheur un peu glacée, les lunettes noires… Tout cela me faisait davantage penser aux directions artistiques de publicitaires et réalisateurs de clips de la décennie suivante, comme Jean-Paul Goude ou Jean-Baptiste Mondino.

Frédéric Tingaud : Ici, l’idée était de faire une version un peu plus « trash » d’ Emmanuelle. L’Amour est une Fête se déroulant dans le milieu du X des années 80, c’était un prétexte idéal pour utiliser une femme tout droit sortie d'une affiche de Patrick Nagel ou d'un clip de New Wave londonienne. De plus l'association Perchman / Actrice mimant un début de fellation était, pour nous, un visuel fort qui aurait pu marquer les esprits, comme l'avait fait cette fameuse affiche d’ Emmanuelle.

Ce projet, ainsi que l’affiche 6, ont été réalisés par l’un de nos directeurs artistiques, Patrick Connan, qui est également illustrateur, notamment pour des galeries américaines.

Cédric Anger : C'est l'une des rares propositions dont je n’étais pas fan. Avec ces jambes écartées, elle m’évoquait trop l’affiche des Infidèles. Et puis, je trouvais le code couleur trop sucré, trop « glace vanille-fraise ». J’aimais bien l’idée de la caméra au milieu des cuisses, mais une affiche est une impression avant d’être une idée. Et l’impression ne me paraissait pas assez séduisante.

Frédéric Tingaud : Tout le monde a conscience du caractère phallique de l’appareil photo ou de la caméra. L’idée de notre directeur artistique était d’associer sexe et cinéma, mais dans une version ludique, d’où le choix d’une mise en page élégante dans des couleurs acidulées.

Cédric Anger : C’est une très belle affiche, parfaitement dans le style de l’époque. Elle me fait songer à certaines affiches d’alors, comme celle de Yannick Bellon pour L’amour violé, de Zulawski. Évidemment, son défaut est de ne pas être très joyeuse, ni légère. Malgré le rose, le rapport au corps féminin est froid, dur. Elle dégage une impression de crudité qui ne correspond pas au message que nous souhaitions faire passer.

Frédéric Tingaud : Nous avions également en tête la très belle affiche d’Identification d’une Femme d’Antonioni. Notre idée était de symboliser l’univers du porno par le biais d’un corps féminin nu et dans ce qu’on suppose être un moment de jouissance.

Le concept étant assez simple, nous avons, là encore, travaillé la forme pour évoquer l’époque : la typographie du titre, le choix de textes décentrés laissant un grand vide, le cadre noir, la couleur rose et le traitement brut de la photo, comme une sérigraphie en bichromie.

Cédric Anger : J’adore cette affiche ! Elle est graphiquement très réussie, utilise une symbolique qui aurait tout pour être vulgaire : le triangle « sexe féminin », le champagne coincé entre les jambe, mais qui ne l’est pas. C’est tout à fait ce qu’on a essayé de faire dans le film : trouver la beauté là où on pense qu’il n’y en a pas. Et puis, j’aimais beaucoup son côté pochette de 33 tours, avec ce maquillage très Ziggy Stardust.

Mais sa lisibilité n’était pas assez immédiate : elle n’a pas la simplicité et la grâce de l’affiche que nous avons finalement retenue. Et puis, le choix d’une affiche n’est pas le seul fait du metteur en scène. Il en faut une qui mette tout le monde d’accord, du distributeur à son équipe, des producteurs au réalisateur, et celle-ci ne faisait pas l’unanimité. Mais c’était mon affiche préférée numéro 2.

Frédéric Tingaud : Avec ce visuel, nous souhaitions mixer plusieurs univers : celui des pin-up des années 50, des affiches illustrées des années 80 et de la pop des années 80 - le tout, agencé de la façon la plus minimaliste, graphique et épurée possible. Évidemment, le triangle symbolise le sexe féminin, le champagne et les étoiles, le luxe et la décadence. Et finalement le petit rappel à la pop culture avec le maquillage de Bowie sur l'album Aladdin Sane.

L'amour est une fête, réalisé par Cédric Anger, en salle le 19 septembre.

Cet article est sponsorisé par Mars films. Le sponsor n'est pas intervenu dans l'élaboration de cet article, réalisé par la rédaction en toute indépendance éditoriale.

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