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Crime

Des manifestants à Moscou pour réclamer la paix en Ukraine

L’opinion publique pourrait se retourner contre Vladimir Poutine si l’on apprenait que des Russes étaient morts au combat en Ukraine.
12.10.14
Photo AP/Pavel Golovkin

Des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Moscou dimanche pour demander la fin de la guerre entre la Russie et l'Ukraine. Les manifestants brandissaient des panneaux où il était inscrit des messages contre la guerre, et certains étaient même vêtus de jaune et de bleu, les couleurs du drapeau ukrainien.

Il s'agit de la seconde manifestation de ce type cette année, et la plus grande manifestation d'opposition depuis que le président russe Vladimir Poutine est revenu au pouvoir en 2012. La police estime que 5 000 personnes étaient présentes, tandis que les chef d'opposition revendiquent 100 000 manifestants.

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« Ce défilé ci est plus important que le dernier, en mars », a déclaré Boris Nesterov, l'un d'entre eux, à Bloomberg. « Ce n'est pas à nous de dire pourquoi, mais tout, de la météo à la frustration grandissante du peuple peuvent être à l'origine de cette participation ».

La police rapporte avoir confisqué des pancartes considérées comme excessivement critiques de Vladimir Poutine, et de petits groupes de contre-manifestants étaient présents sur le parcours.

Cette marche pour la paix fait suite à un arrêt précaire des combats entre le gouvernement ukrainien et les séparatistes pro-russes dans l'est de l'Ukraine. Les dirigeants ukrainiens et les chefs d'État occidentaux accusent la Russie de soutenir les rebelles - une allégation que le gouvernement russe et les médias locaux continuent de nier.

« Cette manifestation a pour but de montrer qu'il y a un certain nombre de gens opposés à la guerre qui ne pensent pas que la plupart des Ukrainiens sont des fascistes », a déclaré Mikhail Garder, 28 ans, au Washington Post. « Ça, le gouvernement le sait. Le peuple, non ».

Beaucoup des doléances des manifestants se sont cristallisées sur l'emprise du gouvernement sur les médias d'État, et notamment sur la façon dont ils présentent la crise en Ukraine. Sarah Mendelson, directrice de l'initiative pour les droits de l'homme au centre d'études stratégiques et internationales a dit à VICE News que Vladimir Poutine avait fait de l'information son « bras armé », et que la façon dont le gouvernement et les médias parlaient de l'Ukraine n'avait rien à voir avec la réalité . Elle affirme qu'il n'y a pas eu un seul reportage critique de la part des médias russes sur le conflit.

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« Je suis frappée de voir que les gens sont encore mobilisés, engagés, qu'ils se rassemblent un 21 septembre, au moment où je me disait que rien n'allait se passer », ajoute Sarah Mendelson. La côte de popularité du président russe a augmenté de façon constante et atteint presque 80% depuis l'escalade ukrainienne au printemps dernier.

Avec une approbation du peuple qui atteint des sommets, et une opposition diminuée, Sarah Mendelson pense qu'il n'y a pas beaucoup de place pour un changement dans un futur proche.

« Les choses peuvent changer rapidement en Russie », explique Sarah Mendelson. « Mais ce qui est plus compliqué c'est d'envisager des changements en la présence de Vladimir Poutine ».

Au-delà de l'importante participation de samedi, l'opposition semble renforcée par le retour de Mikhail Khodorkovski. Ancien magnat du pétrole, Mikhail Khodorkovski a passé une décennie en prison pour fraude fiscale, blanchiment d'argent et détournement de fonds, mais ses partisans affirment que son principal crime est de s'être opposé au Kremlin. Mikhail Khodorkovski a repris sa campagne « Open Russia », un mouvement destiné à rallier ses partisans pour les élections législatives de 2016.

« Une minorité peut peser si elle est organisé » a-t-il déclaré durant une cérémonie diffusée depuis Paris, où il vit en exil. Mikhail Khodorkovski a aussi déclaré au journal Le Monde ce weekend qu'il envisageait de diriger son pays.

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« Je ne serais pas intéressé par l'idée de devenir président de la Fédération de Russie, à un moment où le pays se développerait normalement » a-t-il confié au Monde. « Mais s'il apparaissait nécessaire de surmonter la crise et de conduire une réforme constitutionnelle, dont l'essentiel consiste à redistribuer le pouvoir présidentiel en faveur du système judiciaire, du Parlement et de la société civile, alors je serais prêt à assumer cette partie du travail ».

Joe Dresen, chercheur associé au centre Wilson de l'institut Kennan a dit à VICE News qu'il n'y avait que peu de chances que la nouvelle que Mikhail Khodorkovski revienne aux affaires aurait un impact limité sur le climat politique en Russie.

« Je ne pense pas que ce soit une quelconque menace pour Vladimir Poutine » a expliqué Dresen, ajoutant que Mikhail Khodorkovski avait obtenu sa légitimité pendant qu'il était en prison. « Je ne pense pas qu'il sera capable d'avoir de l'ascendance depuis l'extérieur de la Russie, mais ça ne veut pas dire qu'il ne puisse pas avoir d'influence à la marge ».

Des témoignages de pertes russes en Ukraine pourraient avoir plus d'impact sur le soutien des Russes à Vladimir Poutine. Selon Sarah Mendelson et Joe Dresen, l'opinion publique pourrait se retourner si l'on apprenait que des Russes étaient morts au combat en Ukraine.

D'après Sarah Mendelson, les sondages d'opinion lors des précédents conflits (dont la guerre de l'URSS contre l'Afghanistan et les deux guerres de Tchétchénie) ont montré que les Russes étaient très sensibles aux blessés, que cette préoccupation était plus importante que les autres questions soulevées par les conflits, comme les violations des droits de l'homme.

De la même manière, Joe Dresen explique que comme le gouvernement et les médias ont nié toute implication de la Russie en Ukraine, si des compte-rendus de morts fuitaient, cela pourrait sévèrement ébranler l'opinion que le public a de Vladimir Poutine. « Sur le long terme, la vérité fait éclater la crédibilité ».

D'après Joe Dresen, une économie qui se détériore serait un autre facteur qui pourrait nuire à la popularité de Vladimir Poutine. Il pense que même si les sanctions économiques n'ont qu'un impact limité sur le citoyen moyen, la hausse de l'inflation, du chômage, ou des prix du pétrole, fragilisent la popularité du président russe.

« Le soutien public grandissant dont Vladimir Poutine bénéficie empêche l'opposition de prendre la main, mais je ne pense pas que ce soutien soit dur comme fer, et le vent pourrait tourner rapidement » conclut-il.

Suivez Kayla Ruble sur Twitter: @RubleKB