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Crime

Arrestation d'un groupe néofasciste italien qui prévoyait des attaques pour Noël

Les membres de « l’avant-garde d’Ordre Nouveau », sont soupçonnés d'avoir prévu des actions coordonnées sur le métro de Rome, des hommes politiques et des tribunaux.
24.12.14
Image via Arma dei Carabinieri

La police italienne a arrêté un groupe d'aspirants terroristes d'extrême-droite. Ils prévoyaient des attentats — dont certains pendant les fêtes de fin d'année — contre des politiques, la police, des magistrats et des migrants.

Quatorze personnes ont été arrêtées et 48 autres mises en examen à travers le pays. Toutes sont, de près ou de loin, liées à ce complot,et sont membres d'un groupe néofasciste qui s'est donné comme nom « L'avant-garde d'Ordre Nouveau ». Ce groupe s'est constitué sur le modèle du mouvement d'extrême droite Ordre Nouveau, à l'origine de nombreuses violences politiques pendant des décennies en Italie, surtout dans les années 1970, et qui a inspiré une flopée d'extrémistes.

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Les membres de l'avant-garde d'Ordre Nouveau ont été inculpés pour tentative d'acte terroriste, tentative de renversement de la démocratie, et instigation de violence raciste — notamment via Facebook.

Ce coup de filet sur ce nouveau groupe — dirigé par Stefano Manni, un ancien policier de 48 ans qui diffuse depuis longtemps une propagande raciste — a soldé 18 mois d'enquête de la police. Des mises sur écoute et des infiltrations ont mené à bien cette opération nommée « aigle noir ».

La police a agi après que le groupe a commencé à amasser des armes dont certaines avaient été enfouies après la Seconde Guerre mondiale, a déclaré Mario Parente, un général italien qui dirige une cellule antiterroriste, lundi après les arrestations.

« Nous pensons que nous sommes intervenus avant que l'organisation ne mette son plan en marche » a ajouté Fausto Cardella, le procureur de l'affaire. « Les plans étaient en place et nous ne pouvions pas courir le risque d'attendre qu'ils se concrétisent. »

« Pour faire bouger les gens, les discours ne suffisent pas. On a besoin de bombes. »

Le groupe avait une stratégie double d'après les procureurs. D'un côté, il projetait des actions violentes, avec pour but « de déstabiliser l'ordre public et l'État, » et de l'autre, « infiltrer le système à travers des élections et la mise en place d'un nouveau parti politique. »

Le groupe avait notamment prévu d'attaquer le métro romain, de s'en prendre à des politiques se déplaçant sans gardes du corps, des commissariats et des tribunaux, et à Equitalia, l'agence étatique de collecte de l'impôt. Ils avaient aussi prévu d'assassiner un ex-membre du groupe soupçonné de collaborer avec les forces de l'ordre.

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Le leader du groupe a aussi appelé à attaquer un certain nombre de politiques dont le président italien Giorgio Napolitano. « C'est le moment idéal pour mettre le feu à Napolitano et à sa garde rapprochée, » aurait écrit Manni dans un post Facebook. « La libération de l'Italie commence ici. »

Cécile Kyenge, la première ministre noire d'Italie était une autre des cibles.

Dans les communications interceptées, les membres du groupe évoquent des détails stratégiques, comme le genre de sac à dos à utiliser pour attaquer un métro, ainsi que des plans pour mettre en place de grandes actions coordonnées, car « les médias ne parleraient pas de quelques bombes qui exploseraient à Equitalia, » a déclaré l'un des membres du groupe quand il était sur écoute.

Ces derniers mois, la tension est montée d'un cran en Italie et les discours anti-migrants ont pris de l'ampleur, tandis que le chômage, déjà important, a lui atteint des sommets.

Dans l'un des coups de fil interceptés par les forces de l'ordre, on entend le leader du groupe s'adresser à une femme en charge du recrutement de nouveaux membres. Il lui explique la meilleure manière d'exploiter les peurs et l'exaspération des gens en matière d'immigration ; Manni accuse aussi le gouvernement de mettre en place des mesures pour les migrants qui « mettent en danger la sécurité publique ».

« Bientôt, les gens vont vraiment commencer à s'armer et réagir à la moindre chose, » dit-il. « On va arriver à un point où quelqu'un verra un Congolais et le tuera sans qu'il n'ait rien fait. »

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« Pour faire bouger les gens, les discours ne suffisent pas. On a besoin de bombes, » dit aussi une femme dans les enregistrements.

L'Italie a un long passé d'assassinats et d'attentats politiques. C'est particulièrement vrai des années 1980, une période à laquelle les membres de l'avant-garde d'Ordre Nouveau font référence avec nostalgie.

Dans l'un des coups de fil intercepté, un des membres du groupe parle de l'attaque à la bombe de la gare de Bologne en 1980, qui a causé la mort de 85 personnes, comme d'une « oeuvre d'art ».

La même personne appelle à plus d'attaques ciblées, sur des bâtiments institutionnels, et entend que ces attaques soient réalisées simultanément. « Un matin, à 8 heures 20, 500 personnes appuieront en même temps sur 500 boutons, » peut-on l'entendre dire dans un coup de fil à un autre membre du groupe. « La seule façon de vraiment déstabiliser, c'est de frapper des cibles spécifiques, et pas seulement des gares. »

Suivez Alice Speri sur Twitter: @alicesperi