Toutes les photos sont de Simon Hadley

Ce que j'ai appris en essayant de devenir footballeur pro en Europe

Je pense qu'il faut être un peu plus fort et rapide pour être footballeur professionnel au Royaume-Uni.

par Helal Al Baarini; propos rapportés par Kevin EG Perry
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29 mai 2017, 7:00am

Toutes les photos sont de Simon Hadley

Cet article fait partie de la série « Nos Nouveaux Voisins », pour laquelle des jeunes réfugiés de toute l'Europe ont écrit sur les sujets qui leur tenaient à cœur. Cliquez ici pour en savoir plus.


Helal al Baarini a 21 ans et est originaire de Homs, en Syrie. Il a fui en Jordanie en 2012, avant d'arriver en Angleterre en février 2016.

Je suis un réfugié, mais je suis également un footballeur. Je joue pour l'équipe Bilston Town en ce moment, près de mon foyer, à Birmingham. Je joue milieu de terrain. Certains de mes coéquipiers m'appellent « Countinho » car j'ai le même style que lui. Je peux marquer des buts, mais je préfère créer des opportunités et faire des passes décisives.

Je rêve de jouer en Angleterre depuis que je suis tout petit : je pense que la ligue 1 est la plus forte du monde. Je soutiens Liverpool, mais j'aimerais bien jouer pour n'importe quel club prêt à me donner ma chance.

Je viens d'Homs. Mon frère et moi avons fui la guerre syrienne en 2012 – nos parents voulaient que nous partions loin de la violence et des combats. À l'époque, je jouais pour Al-Karamah SC, un des plus gros clubs du pays et un des plus vieux d'Asie. J'ai rejoint Al-Karamah quand j'avais sept ans, et j'y ai joué dans l'équipe des moins de 17 ans. Avant que je ne quitte la Syrie, j'ai même gagné la coupe du meilleur joueur de moins de 17 ans. La vie était belle avant que la guerre n'éclate. Ça a été très compliqué pour nous de quitter le pays, mais la guerre a détruit tout ce que nous aimons, tout ce que nous connaissons. On ne pouvait même plus marcher normalement dans les rues.

Helal, qui joue pour le club Bilston Town FC, s'échauffe avant un match contre Wolverhampton Casuals FC. Toutes les photos sont de Simon Hadley.

Quand nous sommes partis, j'avais 16 ans et mon frère en avait 18. On a pris un bus pour Amman, la capitale de la Jordanie, car mon frère avait un ami qui vivait là-bas. On a passé quatre ans sur place : on mangeait, on dormait et on vivait tous dans la même pièce. J'ai trouvé un job et je travaillais dur pour mettre de l'argent de côté, mais tout coûtait tellement cher en Jordanie. Nous n'avions jamais d'argent, c'était très compliqué. Tous les jours, j'allais m'entraîner ; histoire d'économiser un peu, je ne prenais pas le bus et je faisais les 13 kilomètres qui me séparaient de la salle de sport à pied.

Les deux ou trois premiers mois, je m'entraînais tout seul, mais, au bout d'un moment, le club Al-Faisaly SC, un des plus gros clubs de Jordanie, a fait passer des épreuves pour recruter de nouveaux joueurs. Après la première séance, ils m'ont invité à rejoindre le club et j'ai accepté. Alors que je jouais avec eux, l'équipe nationale syrienne m'a contacté pour me demander de venir jouer avec eux, mais je leur ai dit que je ne pouvais pas retourner en Syrie. Je pourrais juste me joindre à eux s'ils venaient jouer à l'étranger, en Jordanie ou au Liban par exemple. Au final, j'ai joué deux matches avec l'équipe nationale de Syrie contre l'équipe nationale du Liban. Notre équipe a également essayé de participer dans une compétition en Palestine, mais l'entrée au pays nous a été refusée à cause de nos passeports syriens : l'équipe est rentrée en Syrie et moi en Jordanie. J'ai joué avec le club Al-Faisaly pendant un an et demi, puis j'ai rejoint l'équipe de Dar Al-Dawa.

L'année dernière, les Nations Unies ont aidé ma famille à venir en Angleterre. Mes parents et ma petite sœur sont venus nous rejoindre en Jordanie, mon frère et moi, puis nous sommes tous allés en Angleterre. Mon père est mécanicien, mais récemment, il n'a pas pu travailler car il a eu une crise cardiaque. Ma mère est infirmière mais elle ne travaille pas non plus pour l'instant, car elle ne parle pas très bien anglais. Ils sont tous les deux en train d'apprendre l'anglais en ce moment. Mon frère étudie l'informatique à l'Université de Birmingham City et ma sœur, qui a 13 ans, est à l'école. Moi, j'étudie l'anglais et je suis en train de passer mon diplôme. J'hésite entre faire une année à l'étranger et faire des études pour devenir coach sportif.


Quand je suis arrivé en Angleterre, j'ai joué pour le club Continental Star – mais je suis parti pour pouvoir jouer avec Bilston Town. Il y a quelques mois, j'ai eu la chance de faire des essais pour Birmingham City. L'assistant social qui s'occupe de mon cas les a appelés et leur a dit que j'étais footballeur, donc ils m'ont autorisé à m'entraîner avec eux. J'ai adoré l'expérience, et ils étaient contents aussi, mais ils ne m'ont pas fait signer parce qu'ils avaient déjà recruté des joueurs à mon poste. J'aimerais pouvoir refaire des essais pour un gros club : je sais que je peux faire mes preuves s'ils m'en laissent la chance.

Bien que les règles restent les mêmes, il y a beaucoup de différences entre le football en Syrie et en Angleterre. En Syrie, si vous avez moins de 20 ans et que le coach vous apprécie, il va vous faire signer pour une période de cinq ans et vous serez payés environ 250 £ par mois. Vous ne pouvez pas quitter le club avant la fin de cette période, et tout le monde est payé pareil. Quand je jouais au Liban avec l'équipe nationale de Syrie, le manager d'un des plus gros clubs de foot syriens m'a proposé de signer avec eux à nouveau. J'ai refusé, car je jouais déjà avec Al-Faisaly en Jordanie et je n'avais aucune envie de retourner en Syrie.

Quand je suis arrivé à Birmingham City, j'ai eu l'impression de mettre les pieds dans un monde nouveau. La pelouse, les vestiaires, tout était différent. En Syrie, on ne jouait pas sur de la vraie herbe mais sur une pelouse artificielle. Je pense qu'il faut être un peu plus fort et rapide pour être footballeur professionnel en Angleterre. Dans mon pays, les joueurs ne signent pas des contrats de 10 ou 25 millions de livres, même s'ils sont très bons.


Les consignes d'hygiène et de sécurité sont également très différentes entre l'Orient et l'Occident. Une fois, alors que je jouais en Jordanie, un des joueurs est mort en plein match. J'étais sur le terrain quand c'est arrivé : il s'est cogné la tête très fort et a avalé sa langue, un peu comme Fernando Torres il y a quelques mois. Malheureusement, notre joueur a eu moins de chance que Torres : l'ambulance est arrivée en retard et n'avait pas apporté d'oxygène, il a donc succombé à ses blessures.

En Angleterre, les gens ont été très accueillants et encourageants avec ma famille et moi-même, ce que j'ai grandement apprécié : je me suis fait beaucoup d'amis dans l'équipe et à l'école. Je me sens en sécurité et, au final, c'est tout ce que les Syriens cherchent : vivre quelque part où ils peuvent être en sécurité, comme tout le monde. À Birmingham, on vit dans un quartier qui s'appelle Handsworth et qui est très différent de la Syrie, tant dans la culture que le langage. Mais tout le monde nous a donné un coup de main. Lorsque je suis arrivé ici pour la première fois, je ne parlais pas anglais. Depuis, ça a changé, et je peux tenir une conversation.

La guerre en Syrie a tout détruit pour nous. Elle a détruit les bâtiments, les villes, nos rêves. J'espère pouvoir retourner en Syrie un jour, mais je pense que ça va prendre beaucoup de temps. Même si j'espère pouvoir rejouer au football là-bas, mon but est de jouer ici et de devenir un joueur professionnel en Angleterre. J'espère avoir la chance de pouvoir prouver au monde ce dont je suis capable.

Pour signer la pétition de l'UNHCR qui vise à assurer la sécurité des réfugiés, cliquez ici.

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