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Des zoophiles racontent leur sexualité

« A chaque fois que je laisse mon chien me pénétrer, il a l'air au comble du bonheur »

par Justin Lehmiller, PhD
23 Août 2018, 10:33am

Photo : Josh Edelson / AFP 

JOSH EDELSON / AFP

Cet article a été initalement publié sur Tonic US.

En 1948, Alfred Kinsey publie son premier texte sur les pratiques sexuelles des Américains qui va choquer le monde entier. À la surprise générale, il affirme que 8 % des hommes interrogés confient avoir eu des rapport sexuels avec des animaux. Oui, ça fait un homme sur 12.

Beaucoup en sont arrivés à la conclusion qu’il s’était concentré en priorité sur des zoophiles. Rien n’est moins sûr. Un sondage récent auprès de 4175 Américains nous a appris que 20 % des participants ont déjà fantasmé au moins une fois sur le sexe hommes-animaux. D’accord, il ne s’agit pas d’une étude très représentative. Pour autant, elle prouve bien que les fantasmes inter-espèces sont plus nombreux qu’on ne le croit. N’oublions pas que ce type de « bestialité » est prohibé dans 45 états sur les 50 du pays.

Place à LA question : qu’est-ce qui peut bien nous exciter dans le sexe animal ? Une nouvelle étude du Journal of Sex & Marital Therapy nous offre un début de réponse, grâce aux témoignages de 958 zoophiles assumés.

Tous recrutés sur Internet, les sondés se sont confiés sur la fréquence de leurs rapports, leur conception de la zoophilie, ainsi que leurs préférences et pratiques sexuelles. En moyenne, le nombre de parties de jambes/pattes en l’air est de 2 à 3 par semaine. Certains des participants ne couchent qu’avec des animaux, tandis que d’autres laissent aussi une place aux êtres humains. Comme l’annonçaient les précédentes études, le chien arrive n°1 des partenaires les plus populaires, suivi de près par le cheval. Ce duo de tête rassemble même 97% des suffrages.

Soit. Maintenant, pourquoi ces bêtes nous émoustillent-elles tant ? Leur odeur, déjà. Tenez-vous bien : 89% des sondés affirment attacher beaucoup d’importance au « parfum musqué » de leurs partenaires sexuels à poils et à queue. Soyons plus précis. La clé, c’est avant tout l’odeur et l’apparence des parties génitales. Pour citer l’un des intervenants, « plus c’est humide, poilu et odorant, plus ça m’excite. »

L’Empire des Sens, donc. Mais pas seulement ! Pour beaucoup, c’est la transgression des conventions sociales qui constitue l’attrait majeur de la zoophilie. Cette dose de frisson supplémentaire est propre aux activités taboues (avec ou sans animaux), d’où leur succès. Une participante raconte : « Ce qui m’attire chez les animaux, c’est le tabou qui les entoure. Par exemple, leur pénis ou leur vagin fonctionne comme le nôtre, mais ils ont des particularités qui renouvellent l’intérêt du rapport sexuel. J’aime beaucoup les sexes humains hein ! Je préfère ceux des animaux, c’est tout. Je ne saurais pas vous dire pourquoi, mais c’est comme ça. Du bon sexe bien sale entre humains, ça m’excitera toujours moins que les animaux. »

On peut donc tirer une conclusion de ces sondages : le sexe inter-espèces attire avant tout les amateurs de sensations fortes les plus radicaux, ceux qui placent la barre très haut en terme de sexe et de plaisir. La transgression et la promiscuité avec des créatures aux organes génitaux inédits sont tout ce qu’il leur faut pour repousser les limites.

Néanmoins, l’expérience personnelle a aussi son rôle à jouer. Certains sondés ont en effet évoqué des souvenirs de petite enfance, une visite à la ferme par exemple. Des moments marquants sans lesquels les animaux ne les attireraient pas plus que ça. Gardons-nous toutefois de toute psychologie de comptoir : difficile de mesurer la pertinence d’une telle explication, d’autant que cela dépend de chacun.

La vraie question, la voici : comment ces gens vivent-ils leur sexualité ? Pour 72 % des participants, elle ne pose aucun problème. 80 % affirment même avoir tout à gagner à coucher avec des animaux, surtout s’ils sont consentants.

Mais c’est quoi, un animal consentant ? Les sondés invoquent des indices variés, sonores (des aboiements, par exemple) ou visuels (un sourire, une frénésie inhabituelle). L’un d’eux développe : « Le langage du corps, c’est la base de la communication animale. Si votre attitude leur déplaît, ils vous le feront savoir par tous les moyens. »

Une autre ajoute : « Chaque fois que je laisse mon chien me pénétrer, il a l’air au comble du bonheur. Les chiens ne sont pas comme nous, ils ont appris à dédramatiser le sexe. C’est l’envie et l’émotion qui priment. »

Beaucoup de gens opposent à ce type de propos notre incapacité à comprendre nos amis les bêtes, et, donc, à jauger leur consentement. Sans l’assurance du consentement, la zoophilie pose problème. Pour d’autres, tout ceci n’est qu’une vaste hypocrisie : a-t-on déjà entendu parler de consentement animal chez les chasseurs, les bouchers, les fourreurs, ou même les propriétaires ?

Justin Lehmiller est chercheur à l’Institut Kinsey et tient le blog Sex and Psychology. Son dernier ouvrage s’intitule Tell Me What You Want. Suivez-le sur Twitter.