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Drogue

LSD, coke et weed : comment les drogues influencent notre façon de bosser

J'ai essayé tout un tas de substances au bureau, dans un pur souci scientifique.

Saviez-vous que les banquiers adoraient la cocaïne ? Il y a de grandes chances que oui, puisque c’est devenu un cliché bien connu : on a tous en tête l’image de ces grands méchants de la société moderne sniffant des traces gargantuesques sur une cuvette de marbre, tout en pariant sur notre avenir et en comparant la qualité de leurs costards. De terribles individus, en somme.

Si ce cliché est quelque peu exagéré, il contient tout de même une part de vérité. « La cocaïne te rend insensible et capable de bosser à la vitesse de l’éclair », explique Phillipe, gestionnaire de portefeuilles au sein d’une grande banque européenne. « Tu réalises soudain tout ce que tu as à faire et tu commences enfin à avancer. »

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J’ai travaillé pendant un an au plus bas échelon d’une structure bancaire –j’ai nommé le centre d’appels. Loin du mythe des escrocs défoncés du quartier d’affaires, une quantité surprenante de débiles du service client – tels que moi – prennent de la coke afin de supporter leur journée de travail.

Mais peut-être que ce n’est qu’une question d’ambition; peut-être que c’est le métier qui veut ça. L’un de mes supérieurs hiérarchiques semblait être chevronné. C’était un homme petit et chauve, si intense qu’il était difficile de dire à quel point il était imbibé de cocaïne (un bon 30 %, je pense). Il m’est arrivé d’entendre par hasard des tintements de clés sur la cuvette des WC et des reniflements révélateurs. Certains avaient plus de tact – ils utilisaient des cartes et tiraient la chasse d’eau quand ils sniffaient.

La plupart de mes collègues prenaient de la drogue pour répondre au caractère exigeant de l’industrie. Quant à moi, c’était par ennui, par haine du boulot et par intérêt pour les expérimentations stupides. À cette fin, j’ai essayé plusieurs autres substances entre 9 et 17 heures, dont je décris les effets ci-dessous (SPOILER : prendre de la drogue au boulot, c’est nul. Mis à part les risques évidents pour la santé, le prix élevé et le fait que l’open space ne soit pas l’endroit le plus propice à l’élargissement de la conscience, être pris en flagrant délit est le meilleur moyen de se retrouver au chômage.)

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LE MODAFINIL

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Une plaquette de modafinil (Photo : Hannah Ewens)

C’est la drogue favorite des étudiants. Relativement bon marché, le modafinil peut se trouver facilement sur Internet. Il rend lucide et ne provoque aucun effet secondaire, contrairement aux amphétamines et à la cocaïne de qualité merdique. Beaucoup lui prêtent des effets positifs sur l’humeur, la connaissance et (bizarrement) l’ouïe. Si jamais vous êtes au beau milieu d’une discussion ennuyeuse avec des étrangers, sachez qu’il y a toute une flopée d’inconditionnels du modafinil sur Reddit qui vous fileront des infos sur les doses, les noms de marque et autres choses bonnes à savoir.

Il paraît que le modafinil n’entraîne pas d’effets secondaires, mais c’est surtout parce qu’aucune étude des effets à long terme n’a été réalisée jusqu’à présent. Pour ma part, j’ai eu une étrange sensation de froid ainsi que des nausées passagères – mais c’est peut-être en partie parce que j’ai oublié de déjeuner. Le point positif, c’est que ça m’a donné envie de m’investir sérieusement dans mon travail.

LES AMPHÉTAMINES SUR ORDONNANCE (LA RITALINE)
La Ritaline n’est rien de plus que de la coke pour enfants. Elle est plus sûre, moins chère et bien plus discrète, puisqu’il n’y a pas besoin de s’enfermer dans les toilettes toutes les demi-heures. Les effets secondaires peuvent impliquer des maux de tête, une instabilité et une conscience pénible de la rapidité des battements du cœur. Après en avoir pris au travail, j’ai pu sauter d’appel en appel avec frénésie. Par contre, je me suis aussi surpris à discuter avec Lynne* de ses « petits-fils ingrats », ou à rechercher les statistiques des matchs pour des clubs de football de ligue inférieure dont je n’avais jamais entendu parler auparavant.

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LE LSD

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(Photo : Troy Farah)

Le microdosage – la pratique qui consiste à prendre de petites quantités de psychotropes – n’est pas nouveau sur le lieu de travail. Utilisé par divers scientifiques dans les années 1960, l’acide a contribué à un éventail d’avancées humaines. Francis Crick attribue son Prix Nobel pour sa découverte de la structure de l’ADN à la drogue. Le LSD a été utilisé comme thérapie par l’élite d’Hollywood et une récente découverte a ravivé son potentiel une nouvelle fois. À un seuil plus bas, la drogue fournit un effet stimulant moins nocif physiquement que les amphétamines traditionnelles. Dans la Silicon Valley, il est populaire car il permet d’améliorer la perspicacité et de résoudre des problèmes.

Un jour, j’ai avalé un morceau de comprimé (à peine 25 microgrammes) avant d’aller au boulot, en espérant que ça développerait ma clarté d’esprit. À peine arrivé, j’ai été convoqué à une réunion de brainstorming pour discuter des moyens d’améliorer le centre d’appels. Je me suis surpris à articuler de solides plans pour améliorer l’efficacité et réduire les temps d’attente des appels. J’ai passé le reste de la journée de bonne humeur ; j’ai été capable de me concentrer et d’être très performant.

Ceci dit, ça aurait pu très mal se passer. Albert Hoffman n’a pas intitulé son livre LSD mon enfant terrible pour rien. Les effets des psychotropes varient complètement d’une personne à l’autre. Étant donné que j’ai pris une dose infime, j’ai pu tenir le coup. En revanche, j’aurais préféré être dehors au soleil plutôt que dans une salle de réunion pour discuter de l’efficacité d’un centre d’appels.

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LE VALIUM
Être le représentant d’une banque et de toutes les choses merdiques qu’elle fait peut avoir un impact négatif. Les sédatifs ont vraiment adouci mon irritation lorsqu’on m’a dit d’aller me faire voir, et m’a permis d’accomplir mes tâches de façon calme et sereine. Cependant, le danger réside dans sa discrétion : il suffit d’en prendre plus de cinq jours d’affilée pour développer une dépendance et le sevrage peut provoquer un éventail de symptômes contradictoires, comme une anxiété et une irritabilité accrues. Après en avoir pris au boulot, j’ai somnolé la moitié de la journée et j’ai loupé mon arrêt de bus plusieurs fois en rentrant chez moi.

LA WEED
Ça, c’était une putain de mauvaise idée. J’ai avalé une capsule d’huile de haschich environ 45 minutes avant d’aller déjeuner afin de pouvoir profiter pleinement de la défonce pendant ma pause. Et c’est ce que j’ai fait. Ensuite, je suis allé au supermarché pour me réapprovisionner en barres chocolatées – j’en ai mâché pendant une heure avant de retourner au boulot, content de moi et exempt de toute odeur.

Alors que je retournais à l’environnement climatisé du centre, j’ai réalisé que j’étais vraiment défoncé et paranoïaque. L’un de mes collègues m’a pris à part et m’a réprimandé pour mon apparence (selon lui, on aurait dit que quelqu’un avait coloré en rouge le blanc de mes yeux). J’ai été à peu près capable de faire mon travail, mais je ne veux plus jamais me remettre dans cet état d’anxiété.

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LA COCAÏNE
La concentration est améliorée, la fatigue est vaincue et parler ne demande aucun effort. En revanche, j’ai eu beaucoup plus de mal que d’habitude à garder mon sang-froid face à des clients chiants. Les pauses pour en reprendre sont loin de passer inaperçues quand vous êtes scotché à votre téléphone, avec des historiques d’activité strictes et des supérieurs hiérarchiques insistants. Les signes sont évidents. Le prix est élevé. Les risques sur la santé aussi. Et surtout, on se dit toujours qu’on ferait probablement mieux avec un peu plus de coke.

Encore une fois, prendre de la drogue au boulot représente un terrible gâchis et c’est le meilleur moyen de raccourcir votre espérance de vie. Travailler pour vivre est déjà assez chiant comme ça ; ne laissez pas le week-end déborder sur la semaine et empirer les choses.

*Les noms ont été changés

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