coupe du monde 2018

Des supporters de foot racontent les moments d’anthologie qu’ils ont loupés

« Quand l’Italie a marqué son but ultime contre l’Allemagne en demi-finale du Mondial 2006, j’étais en train de me faire casser la gueule. »
Photo de Moazzam Brohi via Flickr | CC By 2.0

Cet article a été initialement publié sur VICE UK.

Le temps de boire deux pintes et c’était fini. Deux pintes, c’est pas très long à écouler, si ? C’est tout juste bon pour un vague small-talk en afterwork ou des retrouvailles gênantes avec un ami perdu de vue ; deux pintes, c’est une courte interaction sociale, une rencontre fugace, ce carrefour où la nuit peut aussi bien finir sur un Netflix & Chill des familles que sur six pintes supplémentaires avant le proverbial grec englouti à l’arrière du noctilien.

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Et pourtant, le temps que j’avale ces deux pintes, l’Allemagne avait mis 5 buts dans la gueule du Brésil, instant décisif donc, dans l’un des résultats les plus mémorables de l’histoire de la Coupe du Monde : 7-1. David Luiz a joué le match de sa vie ce soir-là, avant que les caméras ne se braquent toutes sur ce vieux Brésilien moustachu que nul n’a oublié, le visage plein de bonté et trempé de larmes, un trophée en plastique à la main. Je vous raconte tout ça mais je ne m’en rappelle que très peu : le temps d’échanger deux phrases entre mes deux pintes, le match était déjà joué. Ce qui fut pour certains l’humiliation impitoyable d’un géant du football, n’a été pour moi qu’un putain de changement de score. Je n’avais plus qu’à replonger le nez dans ma pinte.

Le Mondial a commencé, et pour des raisons qui oscillent entre sublime et grotesque, vous avez sans doute déjà manqué au moins un moment d’anthologie, pour toujours, et vous vous sentez con. Dans l’espoir d’apaiser notre culpabilité commune, voici un florilège des témoignages que nous ont offert quelques crétins solidaires.

Diarrhée explosive

« Invité à regarder jouer Tottenham en carré VIP, mon frère a mangé des Saint-Jacques, sans savoir qu’il était allergique. Trop tard : il a dû passer le match enfermé aux toilettes. »

Le dodo de réparation

« En 2005, pour le miracle Liverpool-Milan, j’avais 13 ans, j’étais dégoûté du match et j’avais sommeil alors je suis allé me coucher à la mi-temps. Le lendemain j’ai demandé le résultat à mon père, et, l’air de rien, il m’a dit que Liverpool avait gagné. La définition du seum. »

Lire ou suivre, il faut choisir…

« Mon cousin est supporter de Wimbledon, et quand Beckham a mis son but depuis le milieu de terrain en 96, il était en train de lire le programme du match. Assis genre 10 rangées au-dessus des cages, il a loupé l’action. »

Mauvais karma

« Cette année, pour la finale de la Ligue des Champions, j’étais dos à la télé, occupé à imiter la face de gland de Gareth Bale, du coup j’ai pas vu son retourné acrobatique contre Liverpool. »

The Bravery

« En 2005, j’ai raté la finale de la Ligue des Champions pour aller voir en concert ce groupe indie nul à chier, The Bravery… »

La violence, c’est mal

« Quand l’Italie a marqué son but ultime contre l’Allemagne en demi-finale du Mondial 2006, j’étais en train de me battre. »

Erasmus, tes grands morts

« En 2011, Arsenal met une branlée à Barcelone : 2-1. Je rate ça parce que j’héberge mon correspondant allemand. Moi je veux aller au stade et le laisser dans un pub pas loin, mais ma mère me fait bien comprendre que c’est mort. »

Pique-nique ta mère

« En 2010, j’ai raté le fameux but-qui-n’en-était-pas-un qu’a mis Franck Lampard à l’Allemagne. J’avais promis à ma copine qu’on irait pique-niquer, et j’ai raté la première mi-temps : je venais d’avoir 17 ans, et j’étais très fier d’avoir une meuf. Trop mignon hein ? Eh ben non, parce que maintenant, c’est mon ex. »

Quand ton corps te trahit…

« Pendant le Brésil-Allemagne du Mondial 2014, j’ai eu le malheur de vouloir aller aux toilettes, et j’ai loupé à peu près 12 buts. »

Deliver’où ?

« Le but que Mario Mandzukic a mis au Real en finale de la Ligue des Champions, l’an dernier, je l’ai loupé parce que j’attendais le livreur de pizza. »

Balles perdues

« Quand Michael Owen a marqué contre l’Argentine pendant la Coupe du Monde 98, j’étais au parc en train de jouer au foot. Mon pote insistait pour qu’on rentre regarder le match, mais moi je voulais qu’on continue de jouer. Et puis j’ai cédé, et quand on est arrivé, Owen venait de marquer. »

Un tout tout tout petit championnat

« Pour la finale du Mondial 2006, j’étais à un match de baseball, un petit championnat. Mais genre, tout petit le championnat, pas le niveau juste en-dessous de la Major League, plutôt quatre niveaux en-dessous quoi. C’était chiant à mourir, tout ce dont je me rappelle c’est le coup de boule de Zidane retransmis sur un des écrans géants du stade. »

La cuite

« Pendant les JO de Londres en 2012, j’ai raté le Super Saturday après m’être évanoui complètement bourré. »

La cuite saison 2

« En 2006, on était sorti toute la nuit pour revenir torchés comme jamais, du coup je me suis endormi devant un match de la Coupe du Monde. De toute façon c’était le Mexique qui jouait, pas un grand match. On a remis ça la veille de la finale, et là, sur les sept qu’on était dans la pièce, seuls mon frère et moi sommes restés éveillés pour voir la France perdre aux penalties. »

La cuite, le film

« Pour le premier match des Anglais au Mondial 2014, on a fait la tournée des bars et je me suis mis une grosse race : j’ai bien mis 20 minutes à admettre que non, Raheem Sterling n’avait pas mis un but à l’Italie. Du coup, vu que cet instant d’anthologie n’a jamais eu lieu, je crois qu’on peut dire que je l’ai loupé… »