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Tech by VICE

Le sexe oral favorise la diffusion d'une souche de chaude-pisse incurable

On a enfin trouvé un phénomène plus déprimant que le réchauffement climatique.

par Ed Cara
11 Juillet 2017, 7:00am

Image : Flickr/Mats Edenius

La vaste majorité d'entre nous a été élevée dans un monde capable de faire la misère aux bactéries pathogènes, et par extension aux infections qui profitent d'une blessure ouverte ou d'un système immunitaire affaibli. Hélas, comme nous nous y attendions depuis plusieurs dizaines d'années, nous devons aujourd'hui affronter des bactéries qui résistent allègrement à nos antibiotiques chéris.

Toutes les bactéries n'ont pas appris à résister aux antibiotiques, heureusement, et toutes ne le font pas à un rythme similaire. Il n'en est pas moins que nous approchons le point de non-retour, le moment où plus aucune combinaison d'antibiotiques ne parviendra à soigner certaines infections. Parmi la liste des bactéries ultra-résistantes, on trouvé la responsable d'une des infections sexuellement transmissibles les plus communes : la gonorrhée, connue également sous le doux nom de "chaude-pisse". Selon une série de nouveaux rapports de l'Organisation mondiale de la santé, la situation est encore pire que ce que l'on craignait. Et les experts affirment que la pratique du sexe oral favorise la diffusion de la maladie.

Des chercheurs ont analysé les données de surveillance épidémiologique de 2009 à 2014 récoltées dans 77 pays différents, et ont découvert des cas de chaude-pisse résistante aux antibiotiques... à peu près partout. Par exemple, dans 97% des pays surveillés, ils ont trouvé des germes de gonorrhées immuns à la ciprofloxacine, un antibiotique à large spectre.

Ce n'est guère une surprise dans la mesure où les médecins savent déjà que de nombreux médicaments largement utilisés, dont la pénicilline, ne fonctionnent plus contre la bactéries à l'origine de l'IST, Neisseria gonorrhoeae. Ce phénomène alarmant a incité les organismes de santé à recommander un traitement combinant un antibiotique standard, l'azithromycine, à une autre classe d'antibiotiques (habituellement utilisée en dernier recours), les céphalosporines à spectre étendu, ou CSE.

Pourtant, dans 81% des pays étudiés, les chercheurs de l'OMS ont noté une résistance accrue à l'azithromycine, et pour 66% d'entre eux, une résistance accrue aux CSE. Pire, trois cas (en France, au Japon et en Espagne) d'une résistance complète à toute forme de médicament ont été rapportés par la communauté médicale. "Ces cas correspondent probablement à la partie émergée de l'iceberg, dans la mesure où les systèmes de diagnostic et d'enregistrement d'infections incurables sont absents dans les pays les plus pauvres, là où la gonorrhée est la plus commune", explique Teodora Wi, médecin au sein du département de reproduction humaine de l'OMS, dans un communiqué de presse.

La perspective d'une épidémie de chaude-pisse est terrifiante. Si la maladie n'est pas mortelle dans l'immense majorité des cas, un grand nombre de personnes infectées (les femmes notamment) n'ont que peu ou pas de symptômes. La maladie peut ainsi passer inaperçue pendant des mois ; lorsqu'elle n'est pas traitée, elle peut provoquer des lésions génitales et une inflammation pouvant conduire à la stérilité chez les deux sexes. Enfin, elle favorise le développement d'autres infections sexuellement transmissibles, comme le VIH, et peut être transmise de la mère à l'enfant au cours de la grossesse - elle augmente le risque de fausse-couche et de cécité chez l'enfant.

En 2015, pas moins de 400 000 nouveaux cas de gonorrhée ont été enregistrés aux États-Unis, un nombre de cas en nette augmentation que les médecins pensent due à la diffusion de souches résistantes aux antibiotiques. Dans le monde, on dénombre 78 millions de nouvelles infections chaque année. Or, la résistance aux antibiotiques n'est pas la seule cause du grand retour de la chaude-pisse : les experts de l'OMS expliquent que l'usage des préservatifs est de moins en moins systématiques, tandis que les gens voyagent de plus en plus et négligent d'effectuer des tests de dépistage régulièrement. Parce que nous ne disposons pas de nouveaux traitements efficaces à l'heure actuelle, la super-gonorrhée risque de devenir extrêmement commune.

Dans une interview à la BBC, Wi précise que l'utilisation systématique des antibiotiques pour traiter des affections mineures participerait également à la résistance de la gonorrhée, car N. gonorrhoeae et ses cousins inoffensifs peuvent vivre dans la gorge des malheureuses personnes infectées (la bactérie peut ainsi se transmettre par l'intermédiaire d'un cunnilingus ou d'une fellation). "Lorsque vous utilisez des antibiotiques pour traiter un mal de gorge tout ce qu'il y a de plus courant, ils affectent les espèces de Neisseria présentes au niveau de la gorge, ce qui augmente la résistance de bactéries qui ne sont pas responsables du mal de gorge en question", explique-t-elle. Ces souches de bactéries résistantes se répandent ensuite via des rapports sexuels (dont des rapports oraux) non protégés.

Les chercheurs de l'OMS notent que trois nouveaux médicaments contre la chaude-pisse sont actuellement testés dans le cadre d'essais cliniques, mais un seul est actuellement en phase III et éligible à une autorisation de mise sur le marché dans les années à venir. Dans le même temps, des scientifiques tentent de nouvelles combinaisons de médicaments ; une équipe a même entrepris de tester un rince-bouche capable de stopper les infections à gonorrhée. Mais tous ces efforts sont entravés par le manque de financement et les intérêts des entreprises pharmaceutiques : il est difficile de faire du profit sur de nouveaux antibiotiques, car contrairement au dernier médicament pour le coeur en vogue, ils ne sont pas utilisés tout au lonf de la vie dans le cadre d'une maladie chronique.

Ce qui est sûr, c'est que les choses vont aller beaucoup plus mal avant d'aller un peu mieux. En attendant, nous n'avons plus qu'à trouver un moyen d'érotiser la sacro-sainte digue dentaire, afin de faire des cunnilingus en toute sécurité.

Cet article est initialement paru sur Tonic.