Descente vertigineuse dans un trou de forage en Antarctique

Des scientifiques ont fait descendre des caméras dans un minuscule tunnel au niveau de la barrière de Ross, afin d'étudier les effets du changement climatique à 300 mètres sous la glace.

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31 Janvier 2018, 11:22am

Image : Craig Stevens, CC BY-ND

Le recul des calottes glaciaires est l'un des phénomènes les plus visibles du changement climatique d'origine anthropique. Les scientifiques observent ce phénomène depuis des décennies grâce aux études de terrain, et en avaient une vision très nette bien avant le concours des images satellites. Aujourd'hui, des programmes de recherche tels que l'Aotearoa New Zealand Ross Ice Shelf reviennent à une approche très concrète des phénomènes climatiques en étudiant ces environnements extrêmes in situ.

D'une taille similaire à celle de la France, la barrière de Ross est la plus grande barrière de glace de l'Atlantique. Pourtant, personne ne sait ce qui se trame vraiment sous la surface de ce glacier plat colossal. Alors, naturellement, les scientifiques du programme Ross Ice Shelf – une collaboration entre plusieurs universités et instituts de recherche néo-zélandais – a creusé un trou de forage de 300 mètres de profondeur a passé plusieurs mois à le sonder de bas en haut pour tenter de comprendre comment la partie basse de la barrière réagissait au réchauffementdes océans.

Nous disposons à présent d'images vertigineuses prises à près d'un demi-kilomètre de profondeur dans les abîmes glacés de la barrière. De quoi donner quelques sueurs froides aux chercheurs qui portent des lunettes et se sont penchés au-dessus du toboggan infernal.

L'équipe a partagé ses résultats préliminaires dans un article publié dans The Conversation ; les chercheurs précisent que "ces nouvelles données indiquent un réchauffement de l'océan, par rapport aux données collectées en profondeur dans les années 1970."

Nous ne pouvons pas, pour le moment, affirmer avec certitude que la "durée de vie" de la barrière de Ross sera affectée par le changement climatique, selon les chercheurs. Bien qu'il s'agisse de la barrière de glace la plus colossale et la plus stable de tout l'Antarctique, elle a connu des taux de fonte inhabituellement élevés au cours des dernières années. Parce que ces plates-formes de glace agissent comme des contreforts naturels, contenant la glace amoncelée plus loin dans les terres, leur intégrité est cruciale pour retenir "les vannes" du continent qui pourrait être affecté par des vagues successives de fonte glaciaire. Si la barrière de Ross se trouvait affaiblie, comme cela a été le cas avec la plate-forme glaciaire de Larsen en Antarctique, cela pourrait accélérer la montée des océans sur toute la planète.

L'article de l'équipe de recherche est publiée quelques jours seulement après l'insinuation du président Trump, à l'occasion d'une récente interview avec Piers Morgan, selon laquelle l'épaisseur de la calotte glaciaire atteindrait actuellement des "records". Sur le long terme, il se produit pourtant le phénomène inverse. C'est d'ailleurs cette terrible réalité qui a motivé les scientifiques à étudier la fonte des glaces polaires et son effet sur l'environnement. À ce titre, cette descente sous la barrière de Ross ne constitue qu'un effort parmi tant d'autres pour quantifier les mécanismes climatiques en cours et en évaluer les risques pour l'avenir.