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D’anciens détenus racontent leur évasion de prison

« Les autres détenus ont attaqué les gardiens. De nature plus calme, j’ai volé une glace et je suis allé me balader au soleil. »

par Nick Chester; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
29 Mars 2019, 9:28am

Représentation d'une cellule de prison moderne dans la prison d'Inveraray, en Écosse. Photo: Susie Kearley/Alamy Stock Photo

Il est difficile, de par sa conception, de s’échapper d’une prison. Alors, comment tant de gens y parviennent-ils ?

Au Royaume-Uni, il y a eu 13 évasions de prison et 139 soustractions à la justice rien qu'en 2017-2018, les premières nécessitant de surmonter des contraintes ou des barrières physiques, les dernières impliquant une évasion sans qu'il soit nécessaire de frapper, couper ou creuser qui ou quoique ce soit.

Pour savoir comment les détenus planifient et orchestrent les évasions de prison, j'ai parlé à trois évadés : le contrebandier d'héroïne réformé David McMillan, le gangster slovène John Steele et l'ancien trafiquant de weed Scott White.

John Steele

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John joue de la guitare en prison. Photo : John Steele

Lorsque j’étais incarcéré à la HMP Barlinnie [une prison au nord-est de Glasgow, en Écosse, ndlr], j’ai planifié une évasion avec mon frère Jim et notre ami Archie. Dans une pièce au dernier étage, au plafond, il y avait une grille en métal qui servait à réguler la température de l'eau. Nous avons décidé de nous en servir pour sortir sur le toit et nous échapper. Le problème, c’est que nous étions tous les trois considérés comme des prisonniers à haut risque et que, par conséquent, aucune cellule ne nous avait été assignée au rez-de-chaussée, de peur que nous creusions un tunnel, ni au dernier étage, de peur que nous nous échappions par le toit. Jim et moi étions donc au deuxième étage, Archie au troisième. Nous étions déjà soupçonnés d'avoir participé à une tentative d'évasion dans une autre prison et nous savions que les gardiens ne nous laisseraient pas monter au dernier étage tous ensemble.

Heureusement, il y avait une pièce à un autre étage qui était reliée à la pièce avec la grille via un conduit rempli de tuyaux, ce qui me permettait de me faufiler jusqu'au dernier étage. Jim et Andy m'ont tiré d'en haut et nous avons traversé un trou dans la grille, qui avait déjà été découpé par d'autres détenus avec une scie à métaux que nous avions introduite clandestinement. Nous nous sommes retrouvés dans un espace entre le plafond et le toit. Il y avait une porte menant au toit, que j'ai réussi à ouvrir.

Nous avions tout organisé : des amis nous attendaient devant la prison avec une voiture et des cordes. Ils ont réussi à entrer dans un jardin utilisé par les gardes, qui jouxte la prison. Là, ils ont attaché une extrémité de la corde autour d’un poteau. Une fois sur le toit, je leur ai lancé une bobine de ruban : je tenais une extrémité, l’autre était reliée à la corde. Nous avons ensuite descendu la corde en rappel, avant de sauter dans la voiture et de nous échapper.

Les autorités pensaient que nous avions corrompu des agents de la prison et ont promis de nous protéger si nous les balancions. Le fait qu'ils soient si convaincus que nous n'aurions pas pu sortir sans l'intervention d'un agent corrompu est la preuve que nous avons planifié cette évasion à la perfection.

David McMillan

David McMillan prison escapee
Photo publiée avec l'aimable autorisation de David McMillan

J'ai décidé de m'évader non seulement pour recouvrer ma liberté, mais aussi pour éviter une quasi-fatalité : l'exécution. Incarcéré à Bangkok, j'arrivais au terme d’un procès de deux ans. Mon avocat m'a dit qu’il prendrait fin dans deux semaines et que je serais condamné à mort. Je devais agir vite.

Peu après minuit, j'ai coupé les barreaux de ma cellule. Un ami m'avait envoyé quatre scies à métaux dissimulées dans un parchemin religieux, dans un colis de provisions. Je me suis servi du ruban de lin de la structure de mon matelas comme d’une corde et me suis glissé sous les barreaux. Puis j’ai rampé jusqu’à l’atelier, pris quelques outils et construit deux échelles à l’aide de cadres en bois, des tiges de bambou et de ruban adhésif.

J’ai dû surmonter six murs intérieurs et traverser un égout à ciel ouvert, le tout sans me faire attraper. L'aube commençait à se lever alors que j’essayais de grimper sur le fil électrique. Je suis sorti du fossé où je suis tombé, je me suis nettoyé et je me suis habillé en civil. J'ai ensuite pris un taxi pour me rendre à un appartement voisin, où un ami avait caché un faux passeport et des cartes bancaires.

À l’aéroport, je n’ai pas pu retirer au distributeur avec l’une des cartes. Ma destination devait donc coûter moins de 500 euros. Les portes de l'avion se sont refermées juste à temps, lorsque les agents de la prison de Bangkok sont arrivés à l'aéroport pour me chercher. Deux heures plus tard, une fois en sécurité à Singapour, j'ai changé de passeport, je me suis installé dans un hôtel et j’ai aussitôt filé à la piscine sur le toit. C'était la meilleure nage de ma vie.

Scott White

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Scott White (au milieu) et ses camarades de prison. Photo publiée avec l'aimable autorisation de Scott White

En 1988, j'ai été condamné à quatre ans de prison dans une prison du Koweït. Deux ans plus tard, l’Irak envahissait le Koweït, il y avait des émeutes au sein de la prison et nous en avons profité pour tous nous enfuir. Le jour de l'invasion, je me suis réveillé au son du silence, ce qui était inhabituel. « Que se passe-t-il », ai-je demandé à mon compagnon de cellule, Ali. « Les Irakiens ont envahi le pays », a-t-il répondu. J'ai allumé la radio pour entendre un journaliste raconter comment 100 000 soldats irakiens avaient franchi la frontière.

La route principale par laquelle ils étaient arrivés se trouvait à moins de 2 km de la prison, ce qui m’inquiétait quelque peu. La tension dans la prison était palpable jusqu'à ce qu'un prisonnier ouvre grand la porte de notre bloc. Peu de temps après, les prisonniers du bloc se sont rendus de l’autre côté de la prison, où étaient emprisonnés les prisonniers politiques, et les ont libérés. C'est là que les membres du « Koweït 17 », une cellule terroriste tenue responsable du bombardement de l'ambassade américaine au Koweït, étaient confinés. Dès leur libération, ils ont attaqué les gardes. De nature plus calme, je suis entré par effraction dans le magasin de la prison, j’ai volé une glace et je suis allé me balader au soleil, ce qui ne m'était pas arrivé depuis plus d'un an.

Les autres détenus ont détruit les archives, de sorte qu'il ne reste aucune trace des personnes incarcérées dans cet établissement. Les affrontements armés se sont poursuivis pendant que les gardes tentaient de contenir la révolte. Ils ont tué deux prisonniers, mais ont finalement pris la fuite. À ce moment-là, nous avons cassé un trou dans le mur de la prison et nous sommes échappés. Ali connaissait des gens qui vivaient à proximité, alors je l'ai accompagné chez eux. Plus tard, j’ai fait de l’auto-stop pour me rendre chez un ami. Mon excitation était à son maximum : une minute plus tôt, j’étais condamné à des années d’ennui ; une minute plus tard, j’étais au beau milieu d’une évasion de prison massive dans une zone de guerre.

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