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Pitié, les groupes, ne prenez pas la pochette de votre disque à la légère

Même si vous n'êtes qu'une bande de bites qui tabasse un garage-punk ultra-basique, vous devez faire un effort. Sérieux.
20.10.14

Il y a quelques jours, le groupe metal suédois At The Gates a dévoilé la pochette de son prochain album, At War With Reality, leur premier disque depuis 20 ans et la suite du classique Slaughter Of The Soul. Dans un article à propos de cette pochette, un contributeur de MetalSucks a écrit : « Je trouve ça vraiment difficile d'etre excité par une pochette de disque de nos jours, sachant que le plus grand format dans lequel je verrai cette pochette, c'est dans l'encadré de cet article, après quoi elle deviendra juste une miniature dans la bibliothèque iTunes de mon téléphone. »

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Le pire truc que vous pourriez faire, là, tout de suite, c'est de prendre cette remarque au pide de la lettre. L'artwork d'un disque est quelque chose d'ultra important. Alors ok, peut-être que faire tout un foin autour de la divulgation _de votre pochette d'album est un poil embarrassant (même si, dans l'absolu, ça reste plus intéressant que de balancer une de ces putains de _lyrics-videos) mais il n'empêche que la pochette d'un disque est, que vous le vouliez ou non, un élément priordial.

Commençons par l'évidence : l'artwork de votre disque montre à vos fans à quel point votre nouvel album est différent des précédents. Des groupes comme Judas Priest ou The Killers se contentent d'enchaîner des pochettes similaires pour, justement, bien faire comprendre à leur public qu'ils ne changent pas. Personne ne veut que Judas Priest fasse un album prog-rock ou dubstep. Mais pour les groupes dont le son est en constante évolution, la pochette est un message. Elle indique aux fans que leur groupe préféré a opéré un changement dans son esthétique visuelle, et donc sonore. La pochette de Costin Chioreanu pour l'album d'At The Gates en est un parfait exemple —noire et froide, bien loin des flammes oranges qu'on pouvait voir sur leur album précédent. Même chose chez Muse. Les maîtres du rock Kouglof ont totalement changé d'esthétique au fil des années. Chaque pochette essaye de se rapprocher au plus près du son de leurs disque, de l'ombre-sur-béton d'Absolution au néon arc-en-ciel de The 2nd Law. Le groupe vous fait comprendre que vous n'allez pas réentendre deux fois le même album.

Au cas où vous auriez été dans le coma ces dix dernières années, les gens, enfin surtout les fans sérieux de musique underground (qui a dit les relous ?), se mettent de nouveau à acheter des vinyles. Ok, ça concerne surtout une minorité de hipsters (si vous tenez vraiment à ce terme qui ne veut plus rien dire à force de l'utiliser pour tout le monde et n'importe qui) mais le résultat est là : le vinyle est en train de redevenir un médium musical important. Et outre le fait que pas mal de monde vous bassinera forcément sur le son « incomparable » et « tellement plus chaud » du vinyle, une des raisons pour lesquelles ce format intéresse de nouveau le public depuis quelques années, c'est la pochette. Même si la plupart des gens ne l'écouteront jamais (on sait que la plupart d'entre vous n'achète des vinyles que pour pouvoir les ranger sur une étagère, mais en même temps on ne va pas vous en vouloir : qui a le temps de se poser pour écouter de gros morceaux de plastique qu'il faut retourner toutes les 20 minutes ? À part les chômeurs et les graphistes qui vivent à plus de 100 bornes d'une métropole ?), le fait de posséder un disque dont la pochette défonce reste une véritable satisfaction. Un autre détail que vous pouvez prendre en considération : vous savez qui adore les vinyles ? Les DJs et les journalistes. Envoyez votre album en vinyle à un critique musical et si la pochette lui tape un minimum dans l'oeil, il vous donnera certainement une seconde chance et une chronique à peu près décente (minimum un 6/10), même si votre disque est moisi. Par contre, si la pochette est pourrie, votre disque finira assurément sur l'étagère, au coin à droite, avec les 50 autres reçus au cours de la semaine.

Enfin, le plus important : les meilleurs groupes et musiciens ont su établir, tout au long de leur parcours, une image forte et cohérente, qui n'a jamais été incarnée aussi clairement et efficacement que par leurs pochettes de disque. Plus qu'un logo, un T-shirt, une affiche ou une photo de presse, la pochette d'un disque vous donne d'emblée une idée précise sur le son et l'identité d'un groupe. Tous les meilleurs groupes ont su gérer ça. Le Wu-Tang, Motorhead, Joy Division, Godflesh, The Clash, Celtic Frost : les exemples ne manquent pas. Tous ces mecs ont réussi à projeter des images dans votre esprit, avant même que vous les écoutiez. Même si vous n'êtes qu'une bande de bites qui tabasse un garage-punk ultra-basique (ouais, c'est de vous que je parle, FIDLAR), vous devez faire un effort. Ce sera toujours payant. Toujours.

D'autant plus que les groupes avec de bonnes pochettes finiront par éclipser le votre si vous n'êtes pas en mesure de lutter. Il y a des hordes de musiciens, pas forcément plus finauds que vous, qui attendent leur tour et qui se feront un plaisir de vous mettre à l'amende parce qu'ils se seront payés un artiste réglo, qu'ils auront appris à utiliser Photoshop correctement ou qu'ils auront juste eu une idée hyper simple mais efficace à 100 %. Peu importe si ce visuel apparaît uniquement en taille minuscule sur iTunes – s'il est cool, les gens y prêteront attention, ne vous inquiétez pas pour ça. Ils l'utiliseront en fond d'écran, achèteront le vinyle pour pouvoir le contempler dans le confort de leur salon ou en feront des posters qu'ils accrocheront dans leur chambre (s'ils ont 15 ans ou qu'ils gèrent un association d'étudiants, mais là n'est pas le problème).

Vous ne pouvez pas juger un livre à sa couverture, mais si un bon livre a une chouette couverture alors son pouvoir est décuplé par 1000. Vous pouvez toujours prétendre que c'est la musique qui prime, et que si l'album est suffisamment bon, l'artwork n'a aucune importance. Eh bien, soit. Bonne chance avec ce type de raisonnement. Si la pochette de votre groupe est détaillée, originale et en relation directe avec ce que vous faites, elle élèvera votre musique à un autre niveau. Si elle ne possède aucune de ces trois qualités, on ne se souviendra sûrement pas de vous, et si votre album est voué à tomber dans l'oubli, on peut légitimement se demander si vous avez réellement intérêt à le sortir, pas vrai ?